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Dossier linguistique II
02 juin 2009
L'aut'journal


Les données de Statistique Canada étaient pourtant claires: le nombre de francophones diminue au Canada, au Québec et sur l'île de Montréal. Dans ce dernier cas, il glisse sous la barre des 50%. Mais les données démographiques et linguistiques étant une question éminemment politique, les éditorialistes et les chroniqueurs des journaux fédéralistes ont trituré les chiffres pour leur faire dire le contraire de ce qu'ils disaient et jeter la confusion au sein de la population. Le grand mérite du mathématicien Charles Castonguay, qui s'intéresse depuis des décennies à ces questions, est de démasquer les démagogues et nous présenter la situation réelle du français à Montréal, au Québec et au Canada.

Sommaire du dossier:

Le mathématicien de la langue : portrait de Charles Castonguay
Le français, langue de travail des francotropes
L’anglais, langue commune du travail à Montréal
Bouchard-Taylor dans le champ
Langue: papotage et attentisme
Vers un Québec de plus en plus anglais?
Le statut défaillant du français
Réplique à M. Paillé
Savoir compter
Mettre la langue à l'abri de la partisanerie
Les jeunes et l’anglais
Avenir du français
La dégringolade du français en 2006



Le mathématicien de la langue

Une entrevue sous forme de portrait avec le professeur Charles Castonguay, ardent défenseur de la langue française

Cet article est paru à l'origine dans le numéro 208 de l'aut'journal, soit en avril 2002.

Par Ginette Leroux

Charles Castonguay est professeur titulaire au département de mathématiques et de statistique de l'Université d'Ottawa. Ardent défenseur de la langue française, critique des démographes Henripin et compagnie qu'il accuse de vouloir « faire dire n'importe quoi aux chiffres », le mémoire qu'il présente à la Commission des États généraux du français, la Commission Larose, tenue en août dernier en fait preuve.

« L'avenir du français au Québec ne sera assuré que lorsque les transferts linguistiques à Montréal se répartiront au prorata des populations de langue française et de langue anglaise. Si l'on ne se donne pas les moyens de réaliser cet objectif, on se leurre. Le poids des francophones baissera jusqu'à un niveau tel que l'actuelle politique sera remise en question, à la faveur d'un bilinguisme dont on connaît l'issue », voilà en résumé son plaidoyer.

Publié ce mois-ci (en avril 2002 - ndlr) conjointement par l'aut'journal et les Éditions Trois-Pistoles, Larose n'est pas Larousse réunit ses chroniques parues dans l'aut'journal sur la question.

Un anglophone originaire d'Ottawa

Comment Charles Castonguay, un anglophone originaire d'Ottawa, en est-il venu à épouser la cause linguistique québécoise ? Une énigme que son histoire personnelle nous aide à déchiffrer. C'est suite à la prise du pouvoir par le Parti québécois en 1976, après une décennie d'engagement actif au sein du PQ, que sa nouvelle identité se précise : d'anglo-ontarien, il devient anglo-francisé. En 1980, de retour à Hull, ses écrits deviennent plus universitaires, ses recherches plus fouillées, ses préoccupations plus ciblées.

« Québec veut probablement ce que je voudrais, avoue-t-il, la réconciliation du Canada français et du Canada anglais sur une base de partenariat d'égal à égal. » Un espoir qui s'amenuise au fil des années, croit-il, mais ce qui ne l'empêche pas de continuer à informer les Québécois souverainistes, les francophones hors Québec, les fédéralistes, même les anglophones, sur les dangers que court la langue française.

Il est alors en mesure de formuler sa propre perspective qu'il présente sur un ton ferme. Pour avoir une influence sur le cours des choses, il prend la parole par l'écrit et les conférences. Afin de mieux comprendre le chemin parcouru, il faut connaître l'homme derrière les idées.

Des origines mixtes

Charles Castonguay est anglophone. Son identité est claire. Pourtant, Castonguay n'est-il pas un patronyme francophone ? «Métissage, explique-t-il. C'est une chose assez courante dans les zones de contact entre le Canada français et le Canada anglais. »

Du côté maternel, ses grands-parents étaient des immigrants de langue allemande venus de la Prusse orientale. Son grand-père avait servi dans l'armée de Bismarck. Après la paix de 1871, appréhendant une autre guerre, il arrive au Canada et s'installe à Ottawa.

À cette époque, il y avait là une colonie allemande florissante qui considérait importante la transmission de sa culture à la génération née au Canada. Sa mère, née à Ottawa en 1900, est allée à la petite école allemande et a été élevée dans la religion luthérienne de son père, bien que sa mère fut catholique.

Mais avec la Première Guerre mondiale, la discrimination contre les Allemands s'est fait sentir à Ottawa. Cela s'est accentué avec la Deuxième grande guerre. Ainsi, les racines allemandes se sont estompées. Sa mère s'est anglicisée tout comme la communauté qui s'est dissoute. Elle ne lui a jamais transmis l'allemand. « C'est tout naturellement que ma famille du côté allemand s'est anglicisée, l'anglais et l'allemand étant des langues germaniques. J'étais donc anglophone, ma mère ne parlait pas français. »

Du côté paternel, son grand-père épouse une Irlandaise catholique. La mort prématurée du grand-père à 45 ans fait en sorte que la langue de la grand-mère s'impose à la maison. « Mon père a toujours parlé anglais avec ma grand-mère; ma mère et moi évidemment parlions anglais avec elle aussi; je ne l'ai jamais entendue parler français et je ne sais même pas si elle pouvait parler français », précise-t-il.

Les origines de Charles Castonguay sont décidément mixtes. « Je suis issu d'un mariage mixte, mon père aussi, et la famille de ma mère est passée de l'allemand à l'anglais. » L'anglais est sa langue maternelle. Suite à un « accommodement » entre ses parents, il fait son entrée à l'école francophone.

« Ma mère s'est convertie au catholicisme de façon à pouvoir épouser mon père. Je pense qu'il y a eu là un genre de négociation, probablement inconsciente, entre les deux conjoints. Elle avait cédé pour la religion, elle a aussi cédé pour l'école. »

Vivre à la frontière de deux mondes

« Le français, je l'ai reçu en tirant la langue pour recevoir l'hostie », dit-il en riant. Il apprend le français à l'école primaire séparée franco-ontarienne et catholique. On était en Ontario, mais la mentalité des francophones était indissociable de la culture canadienne-française du côté québécois de la rivière. « C'était un véritable cours d'immersion avant la lettre. On anglicisait la cour d'école, mais on parlait français dans les corridors et dans les salles de cours. »

Il prend ses premiers cours d'anglais au high school, une école secondaire confessionnelle fondée et dirigée par les Pères Oblats. Un mélange de laïcs et de prêtres assuraient les cours; ces derniers offraient les cours de français, de latin et de religion tandis que les laïcs donnaient les cours de chimie, de géographie et d'anglais.

Retour donc à l'anglais. Un vrai plaisir. Il se met alors à fréquenter la Ottawa Public Library et la Carnegie Library. « On lisait jusqu'à sept romans par semaine mon frère et moi. » Dans la communauté anglophone, même au Québec, l'incitation à la lecture est fortement liée au milieu scolaire. «Ça vient du protestantisme, dit-il. Luther voulait que chacun soit alphabétisé et puisse lire la Bible afin de développer un rapport personnel avec le Très-Haut. »

De là, les différentes sectes protestantes. « Quand j'écoute Bach, ses passions, ses cantates, c'est simple, c'est direct, c'est très luthérien », ajoute-t-il. Dans l'Église catholique, la hiérarchie fait loi, ce qui a eu pour effet de garder le peuple dans l'ignorance pour mieux encadrer et éventuellement mobiliser les fidèles.

Charles Castonguay a navigué entre deux mondes linguistiques et culturels : anglophone de sa mère et francophone de son père, et il est parvenu sans heurt à concilier les deux parties de lui-même.

Les études universitaires

Sur les conseils de son professeur James J. Gillespie, lui-même officier et pilote dans l'aviation britannique durant la Deuxième Guerre mondiale, il s'engage dans les Forces Armées canadiennes pour payer ses études universitaires.

Une fois le contrat signé, Charles Castonguay commence ses études de premier cycle à l'Université d'Ottawa. Les programmes étaient structurés de façon à ce que les anglophones puissent suivre une formation en anglais et les francophones en français. Leur contenu était riche en littérature de langue maternelle française ou anglaise, mais pauvre en enseignement de la langue seconde. Il opte pour l'anglais.

Le directeur du département de français le convoque à son bureau. «Pourquoi, avec un nom comme Castonguay, vous inscrivez-vous dans le programme anglais?», lui demande-t-il, outré. « Ici je suis libre, lui répond Charles sans sourciller, je ne suis plus à l'école secondaire; à l'université, on choisit son cours. »

Le directeur était rouge de colère. Il s'appelait Bernard Julien, le frère de Pauline. « Je ne le savais pas à l'époque, raconte Castonguay. Je pensais que c'était encore un de ces emmerdants d'oblats qui voulait faire de moi un militant pour la cause française. J'ai refusé. Du déjà vu à l'école élémentaire, puis au secondaire. Ça me paraissait conservateur, renfermé sur soi, rétrograde, sombre : je sentais qu'ils voulaient faire de nous une sorte de militants de remparts; ça ne m'intéressait strictement pas. »

Le genre de francophonie pratiqué à l'époque, notamment chez les minorités comme à Ottawa, n'était pas très emballant pour un jeune.

À la fin du bac, ses bonnes notes lui permettent d'obtenir un délai de service militaire pour faire sa maîtrise. Il n'en a pas été de même pour le doctorat. « Qu'est-ce qu'on peut faire avec un doctorat en mathématiques dans l'aviation? », se demandaient ses supérieurs. Dommage, parce qu'il avait été accepté à Berkeley. Il a donc fallu qu'il fasse ses trois années de service militaire avant d'entreprendre ses études doctorales.

La poésie, l'amour et la langue française

Au cours de la première année de service, il est affecté aux quartiers généraux à Ottawa comme mathématicien conseil. Se sentant désœuvré, il s'inscrit à un cours de littérature française. C'était en 1963, il avait 23 ans. « Mon prof André Renaud était fascinant. Il connaissait bien sa matière et il avait le don du verbe. Entre Rutebeuf et Rimbaud, j'ai intériorisé le français. C'est par la poésie qu'on entre vraiment dans une langue. »

Peu après, il rencontre Lise, celle qui allait devenir sa femme. Elle était originaire du vieux Hull, québécois et francophone. Sa vie se déroulait essentiellement du côté québécois de la rivière, celle de Charles du côté ontarien. Les chansons de Gilles Vigneault ont rapproché une fille de Hull et un gars d'Ottawa. La poésie et l'amour réunis ont dessiné son univers francophone.

Les bienfaits de la coercition

Il poursuit son service militaire au Collège militaire de Saint-Jean. Pour la première fois de sa vie, il se retrouve dans un milieu francophone et en pleine Révolution tranquille. Nous sommes en 1964-1965. Lise l'accompagne, elle enseigne au cégep. Quant à lui, il enseigne aux jeunes officiers. Les anglophones ont des professeurs anglais et les francophones des professeurs français. La langue de communication publique quotidienne est le français pendant la moitié du mois et l'anglais l'autre moitié du mois.

Le système coercitif fonctionne à merveille. « Si un officier élève était pris à parler une langue contraire à la langue du jour, soit en allant à son cours, à la cafétéria ou encore le soir en se promenant, il était puni, se rappelle-t-il. À 6h du matin, il devait courir autour des bâtiments, faire des push-up. Il n'y a pas une langue plus difficile à apprendre qu'une autre si la motivation est là, et la motivation peut prendre la forme d'une contrainte.»

Ses obligations acquittées envers l'armée, il reçoit une offre d'emploi de l'Université d'Ottawa qui, largement anglophone depuis sa création en 1953, cherche à répondre à une grande partie de sa clientèle maintenant francophone. La décision est prise : les jeunes mariés, parents d'un bébé, achètent une maison à Hull parce que «pour Lise, il n'était pas question d'habiter en Ontario ».

Pour avoir un poste permanent, un doctorat est essentiel. Il s'inscrit donc à l'Université McGill. Il oriente son choix vers la philosophie des mathématiques et l'épistémologie avec comme sujet de thèse : Meaning and existence in mathematics (Sens et existence en mathématiques). «J'ai décidé de réfléchir sur les mathématiques. Comment sait-on ce qu'on pense savoir ? Sait-on quoi que ce soit ? Quel est le fondement de la vérité en mathématiques ? »

Le thème de la vérité, ce désir de certitude, a toujours été omniprésent chez Charles Castonguay. « Chez d'autres personnes, c'est la soif de Dieu sous différentes formes ou encore l'amour ou l'expression artistique », précise-t-il. Nous sommes en 1968. Au Québec, ça bouge beaucoup à ce moment-là.

Une décennie d'implication active

Deux ans plus tard, c'est la Crise d'Octobre. « J'ai compris que si jamais un felquiste se présentait à la porte pour demander refuge, Lise l'abriterait. » À la même époque, René Lévesque se présente dans le comté de Laurier et tient une assemblée en anglais. « Il y avait plus de quatre cents personnes dans la salle, beaucoup d'atmosphère. Après quarante-cinq minutes, des gens au fond de la salle ont commencé à scander En français ! En français !, ce qui a été repris par la salle.

Écoutez, c'est une soirée d'information pour les anglophones, ça va se poursuivre en anglais, s'est exclamé René Lévesque. Tout le monde a applaudi. Il avait le don de manier les foules. J'étais parmi les trois ou quatre anglophones présents; tous les autres étaient des francophones. Mais la soirée s'est terminée en anglais. Ça m'avait beaucoup impressionné parce j'avais des hésitations sur le nationalisme québécois. »

La Loi des mesures de guerre imposée par Pierre E. Trudeau a été la goutte qui a fait déborder « son vase ». « Comme Canadien anglais, j'avais honte; je trouvais ça injuste. » Il prend alors conscience que le Canada anglais, loin de vouloir comprendre le Canada français, loin de vouloir une réconciliation, cherche plutôt par des moyens militaires à le briser. « Et Trudeau a été très explicite. Son objectif était de mettre fin au nationalisme canadien-français », ajoute-t-il.

Il est intéressant de constater le profil linguistique similaire entre Trudeau et Castonguay. L'un comme l'autre étaient issus d'un mariage mixte entre francophone et anglophone. « Pour Trudeau, le nationalisme canadien-français était celui que moi non plus je n'avais pas aimé quand j'étais jeune : style renfermé, dominé par le clergé, plutôt replié sur le passé. » Mais là s'arrête la ressemblance. « Trudeau simplifiait; je suppose que lui aussi cherchait sa vérité. Mais sa vérité, c'était lui-même. Il l'a vue dans le miroir, trop imbu de lui-même. »

Son idéal était plutôt Lester B. Pearson, un grand diplomate, selon lui. Il rappelle qu'il a mis sur pied la Commission Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme dont le mandat était de faire des recommandations de façon à ce que le Canada se développe sur la base d'un partenariat entre les deux peuples fondateurs, d'égal à égal. « C'était parfait pour moi. C'était une façon de réconcilier mes deux univers. »

Mais la situation politique du Québec l'enthousiasme. « Le volet social-démocrate du Parti québécois, le mouvement indépendantiste perçu comme un mouvement de libération, c'était emballant », déclare-t-il. Il devient membre du PQ. L'explosion culturelle, la chanson, le théâtre, le cinéma, le mouvement écologiste anglo-saxon (Small is beautiful), tout le pousse à s'impliquer de façon active. « C'est à ce moment-là que je suis né politiquement », reconnaît-il.

Son doctorat terminé en 1971, sa permanence est acquise à l'Université d'Ottawa en 1972. À trente ans, il est professeur agrégé. Les enfants sont alors d'âge scolaire. Avec sa femme, il participe à des comités d'école. C'est aussi l'époque des coopératives de consommation. Tous deux deviennent membres très actifs du club coopératif de consommation de Hull.

Ils s'impliquent à fond au sein de l'organisation du PQ. Ils impriment le journal du PQ chez eux pour informer les membres des enjeux, des débats. Aussi, ils assurent la formation des militants pour qu'il y ait une vraie qualité de vie démocratique en plus d'une participation aux débats politiques qui amènent le programme du PQ à se transformer. Ils sont idéalistes. « Bien que nous nous soyons heurtés à l'establishment, ce furent des années très formatrices », reconnaît-il.

Année charnière

1976 est pour lui une année charnière. Suite à la prise du pouvoir par le Parti québécois, à la fois satisfait mais aussi un peu refroidi par la politique partisane, il délaisse le parti. Les règles du jeu ont changé. Il oriente plutôt son action vers la Société nationale des Québécois (SNQ) et l'Association canadienne des francophones ontariens (ACFO). Il participe à des débats, prononce des conférences.

Son identité se précise, sa mutation se fait sentir. Il réalise qu'il s'est assimilé. D'où ses recherches approfondies et ses écrits-chocs sur les transferts linguistiques. Il devient spécialiste de la question, non seulement au Québec mais aussi au Canada.

« N'oublions pas que je suis parti d'Ottawa et que je suis rendu à Hull (Gatineau maintenant), ce n'est pas rien. Deux mondes différents : le Canada anglais et le Canada français; ce petit pont-là est très important, très significatif. »

Que réserve l'avenir ? Son vœu le plus cher est de passer le flambeau, former des jeunes capables de continuer le combat, d'animer le débat et, espère-t-il, assurer ainsi la postérité.


Par Charles Castongua, publié le 20 avril 2008

Oh! Que voilà de la belle ouvrage! Statistique Canada mérite un superbe bouquet de fleurs pour sa présentation le 4 mars dernier des résultats de 2006 sur la langue de travail. C’était la deuxième fois seulement qu’au recensement, on recueillait de l’information sur ce sujet capital. L’intérêt portait donc sur la façon dont les nouvelles données allaient se comparer à celles de 2001, tout particulièrement en ce qui a trait à la langue principale de travail des travailleurs allophones récemment arrivés au Québec.

Une évolution inquiétante

On se rappellera qu’au recensement de 2001, l’examen de la langue de travail des travailleurs immigrés en fonction de leur période d’immigration suggérait l’existence d’une évolution inquiétante. L’emploi de l’anglais comme langue principale de travail en 2001 était aussi fréquent que celui du français parmi la plus récente cohorte de travailleurs allophones, soit ceux arrivés en 1996-2001, tandis que l’usage du français était nettement prépondérant parmi ceux qui étaient arrivés depuis plus longtemps.

Par exemple, pour la cohorte arrivée en 1976-1985 l’usage principal du français au travail s’élevait à 55 % contre 28 % pour l’anglais, le reste étant réparti entre l’usage à parts égales du français et de l’anglais ou, beaucoup plus rarement, l’usage principal d’une tierce langue de travail.

Tout cela pouvait laisser craindre que le français soit en perte de vitesse vis-à-vis de l’anglais comme langue de travail des immigrés allophones au Québec et, notamment, dans la région de Montréal.

Renversement de tendance

Les analystes fédéraux ont fait ça comme des pros. Ils ne se sont pas contentés de souligner que l’usage principal du français au travail par les immigrés allophones est en hausse en 2006 comparativement à 2001. Ils ont aussi fait ressortir la raison fondamentale derrière cette bonne nouvelle. Les très nombreux allophones immigrés tout récemment au Québec comptent une plus forte proportion de francotropes.

Tout comme les héliotropes sont des plantes qui se tournent naturellement vers le soleil, les francotropes sont des allophones portés par l’histoire ou par des affinités linguistiques à utiliser le français plutôt que l’anglais. Nous les connaissons bien. Ce sont grosso modo les personnes de langue maternelle latine, indochinoise, arabe ou créole.

En effet, parmi la cohorte d’allophones immigrés au Québec en 1996-2001, le recensement de 2001 comptait 46 % de francotropes et 43 % de travailleurs ayant le français comme langue principale de travail. Et parmi la cohorte arrivée en 2001-2006, le recensement de 2006 compte 54 % de francotropes et 50 % de travailleurs qui emploient principalement le français au travail. La corrélation entre le poids des francotropes et l’usage du français au travail parmi une cohorte donnée est évidente.

Le document d’analyse de Statistique Canada n’utilise pas la notion de francotrope comme telle mais c’est tout comme. Il y est question de la forte croissance du nombre d’immigrants de langue arabe, espagnole et roumaine dans la cohorte 2001-2006. Et, plus précisément, de « 15 500 travailleurs immigrants récents de langue maternelle arabe dont 84 % déclaraient utiliser le plus souvent le français (seul ou avec une autre langue) au travail ». Rien qu’à voir, on voit bien.

Trois fois chapeau! donc. C’est seulement dommage que le 4 décembre dernier, au moment de dévoiler les données de 2006 sur la langue principale parlée à la maison, les gens de Statistique Canada n’aient pas fait preuve de la même transparence. Ils avaient alors omis de signaler que le même facteur, soit la proportion élevée de francotropes, explique aussi la majeure partie de la hausse du pouvoir d’assimilation du français comme langue d’usage au foyer parmi l’immigration allophone plus récente, comparativement à la plus ancienne. Ce qui leur a valu une volée de bois vert dans ma dernière chronique. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire!

La ministre est dans le champ

Par contre, ceux qui ne veulent pas voir ne verront jamais rien. Comme elle l’avait fait le 4 décembre à la diffusion des données de 2006 quant au pouvoir d’attraction élevé du français comme langue d’usage au foyer parmi la plus récente cohorte d’immigrés allophones, à la diffusion du 4 mars Christine St-Pierre a encore attribué à la Loi 101 la hausse du français comme langue principale de travail parmi les travailleurs allophones les plus récemment arrivés. « La Charte de la langue française fait son travail », s’est-elle rengorgée, au lieu de reconnaître que c’est plutôt la sélection des immigrants qui fait le travail.

Cette fois, prévenus par l’interprétation offerte par Statistique Canada, les journalistes n’ont pas été dupes. Ils ont tout de suite mis les pendules à l’heure en faisant état dans leurs reportages de la proportion élevée de personnes de langue arabe, espagnole et roumaine parmi les tout nouveaux arrivants. Ce qui a pas mal gâché l’ambiance de fête dont « Mam » Boucher comptait sans doute profiter en publiant dès le lendemain 5 mars son rapport sur l’évolution de la situation linguistique au Québec.

Va-et-vient entre les provinces

Statistique Canada a fait encore mieux. Après avoir relevé que de 43 % en 2001, l’usage principal du français au travail parmi la cohorte d’allophones immigrés en 1996-2001 est passé à 50 % en 2006, ses analystes n’ont pas laissé entendre de manière simpliste que « la Charte de la langue française fait son travail ».

Ils ont plutôt attiré l’attention sur le tamisage migratoire entre le Québec et le reste du Canada. Le va-et-vient entre les provinces fait en sorte qu’après cinq ans, les allophones de la cohorte 1996-2001 qui résidaient encore au Québec au recensement de 2006 sont davantage enclins à utiliser le français que ceux qui y étaient énumérés en 2001. Car les allophones portés à utiliser l’anglais ont tendance à quitter le Québec alors que les francotropes tendent à y rester.

Parmi une cohorte donnée, il serait par conséquent étonnant de constater, avec le passage du temps, autre chose qu’une hausse de l’usage du français au travail. Le même raisonnement vaut pour la part du français dans l’assimilation linguistique d’une cohorte donnée d’immigrés.

Une autre explication viendra facilement à l’esprit de ceux qui ont suivi les audiences de la commission Bouchard-Taylor. Certains Maghrébins, par exemple, immigrés en 1996-2001 mais qui n’avaient pas encore d’emploi au recensement de 2001 parce qu’ils ne connaissaient pas l’anglais, figurent sans doute maintenant parmi les travailleurs énumérés en 2006 du fait qu’ils ont réussi entre-temps à trouver du travail. Ainsi ils ont pu déclarer au recensement de 2006 qu’ils travaillaient en français alors que la question sur la langue de travail ne leur était même pas destinée en 2001.

La question de fond

Pour revenir au facteur qu’a fait ressortir Statistique Canada, le lien entre le poids des francotropes et l’usage principal du français au travail parmi la population immigrée se double d’un lien semblable entre le poids des francophones et la fréquence d’emploi du français comme langue principale de travail parmi la population non immigrée. Ce qui nous amène à poser la question de fond.

Au-delà du conditionnement démographique, quel est le statut du français vis-à-vis de l’anglais au travail? Quel serait le degré d’emploi du français dans le monde du travail au Québec s’il n’était pas paqueté de francophones et de francotropes, c’est-à-dire si les francophones ne formaient plus une aussi forte majorité de travailleurs non immigrés qu’en 2006 et si les cohortes d’immigrants n’étaient pas majoritairement francotropes?

Autrement dit, quelle serait la langue de travail commune au Québec s’il y avait, par exemple, autant de travailleurs anglophones que de francophones, et autant de travailleurs anglotropes que de francotropes?

Un début de réponse se cache quelque part dans la pile de documents dompés en vrac par « Mam » Boucher le 5 mars dernier. Cherche et trouve!


L’anglais, langue commune du travail à Montréal

Par Charles Castonguay, publié le 19 mai 2008.

Nos apparatchiks de la langue ont un penchant pour noyer le poisson. Au lieu d’examiner en profondeur la situation linguistique à Montréal, là où se joue l’avenir du français en Amérique, ils préfèrent nous servir des analyses à l’échelle du Québec. La majorité massivement francophone à l’extérieur de la métropole garantit aussitôt aux résultats un aspect plus rassurant.

Comment déjouer ce conditionnement démographique? Comment déterminer, notamment, le statut du français dans des situations de travail où francophones et anglophones seraient davantage à forces égales?

Une solution du moins partielle serait d’enquêter non pas tant sur la langue principale de travail que sur la langue qu’emploient les francophones pour communiquer avec des anglophones dans leur milieu de travail immédiat. Et sur la langue commune utilisée entre travailleurs francophones et allophones, de même qu’entre anglophones et allophones. Enquêter, quoi, sur le degré de réalisation de l’objectif premier de la Charte de la langue française, qui est on ne peut plus clair : « Le français doit devenir la langue commune de tous les Québécois ».

J’ai donc insisté là-dessus durant mon mandat de cinq ans au Comité de suivi de la situation linguistique à l’Office de la langue française. Qu’attend-on pour enquêter sur la langue commune au travail ou dans d’autres domaines d’activité publique? La réponse du directeur de la recherche, Pierre Bouchard : « Ce serait trop compliqué ».

Des informations d’intérêt capital 

Mais voilà qu’on nous présente les résultats d’une étude intitulée Langue de travail dans les grandes entreprises au Québec, qui offre quelques observations sur la langue de « convergence », ou langue commune, entre travailleurs de langues maternelles différentes. Ses résultats proviennent d’une enquête menée, elle, à l’hiver 2001-2002.

Les membres externes du comité ont aussitôt relevé l’intérêt capital de ces informations. Cela n’aura pas été finalement si « compliqué » pour les enquêteurs de poser, par exemple, la question suivante aux francophones : « Quelle langue utilisez-vous généralement lorsque vous vous adressez à vos collègues anglophones pour des questions de travail? ».

L’étude s’est retrouvée parmi la pile de documents « dompés » par « Mam » Boucher à l’occasion de la publication, le 5 mars dernier, de son bilan de la situation linguistique. Comme on le sait, la mafia en place à l’Office a « flushé » le Comité de suivi lors du processus de confection de ce premier bilan quinquennal. C’est Pierre Bouchard, à la retraite depuis 2006, qui en a rédigé à contrat la majeure partie.

Tenons-nous-en, pour l’instant, à l’étude en question. Elle montre que même à l’échelle du Québec dans son ensemble, les francophones sont aussi nombreux, dans les grandes entreprises, à employer l’anglais comme langue principale de communication avec leurs collègues, supérieurs ou subalternes anglophones dans leur environnement de travail immédiat, qu’à utiliser le français.

À la même échelle, le français devance certes l’anglais comme langue de travail commune entre francophones et allophones, mais l’anglais est la langue la plus souvent utilisée entre travailleurs anglophones et allophones.

50% des francophones utilisent principalement l’anglais

On n’y trouve qu’un seul petit tableau, partiel, sur la langue commune dans les grandes entreprises situées dans la région de Montréal. Il révèle qu’environ 50 % des francophones utilisent principalement l’anglais pour communiquer au travail avec leurs collègues ou supérieurs anglophones, contre quelque 40 % qui emploient le français comme langue commune dans les mêmes circonstances. Les 10 % restants affirment employer le français et l’anglais à parts égales.

Il n’y a rien sur la langue commune à Montréal entre travailleurs francophones et allophones, ni entre anglophones et allophones. Les résultats pour l’ensemble du Québec laissent toutefois déduire que dans ces cas de figure, l’anglais jouirait d’un statut au moins égal à celui du français en tant que langue de travail commune dans les grandes entreprises de la région métropolitaine.

Néanmoins, les auteurs, deux employés de l’Office et un contractuel, ont pris soin de bien noyer le poisson à l’échelle provinciale, de façon à conclure que « lors des contacts interlinguistiques, le français est plus la langue de convergence que l’anglais ».

La domination de l’anglais

Il faut noter que cette enquête ne visait que les entreprises privées de cent employés ou plus et, par surcroît, inscrites au processus de francisation défini par l’Office. Il s’agit donc de la crème de ce qui a été accompli en matière de francisation de la langue de travail depuis les lois 22 et 101, soit le milieu des années 1970.

Si l’on enquêtait sur les travailleurs de toutes les entreprises, de toutes tailles et inscrites ou non au processus de francisation, la domination de l’anglais comme langue commune dans le milieu de travail montréalais ressortirait nettement. Et davantage encore si l’on visait les entreprises situées dans l’île de Montréal où la composition linguistique de la population active avantage moins le français que dans l’ensemble de la grande région métropolitaine.

Soulignons aussi que les résultats de cette enquête ne sont nullement attribuables à l’incidence de la mondialisation sur la langue de travail à Montréal. Il ne s’agit pas d’observations sur la langue de communication avec des clients à l’extérieur du Québec mais bien sur la langue utilisée pour communiquer avec des personnes de langue différente dans l’entourage de travail immédiat de la personne interviewée.

Confirmé par d’autres études

Cette supériorité de l’anglais sur le français comme langue de travail commune à Montréal s’accorde parfaitement avec les études publiées en 2007 par Statistique Canada et l’Institut C.D. Howe, selon lesquelles l’anglais s’avère plus payant sur le marché du travail que le français pour les immigrés allophones au Québec. Le bilan Boucher-Bouchard fait comme si ces deux études n’existaient pas.

D’ailleurs, le bilan fait comme si la plus significative de toutes les études réalisées depuis cinq ans à l’Office même, qui porte sur les perceptions des résidants de l’île de Montréal quant au statut comparé du français et de l’anglais, n’existait pas non plus. L’étude en question conclut que l’anglais jouit aux yeux des Montréalais d’un statut supérieur. Attitude qui cadre parfaitement, elle aussi, avec les comportements que nous avons pu déduire en ce qui a trait à la langue commune du travail à Montréal. Cette étude demeure à ce jour inédite.

Comment noyer le poisson

Voyons maintenant ce qu’il reste, dans le bilan Boucher-Bouchard, des observations sur la langue de travail commune dans les grandes entreprises.

Le communiqué du 5 mars soutient que ce premier bilan quinquennal « permet de prendre la juste mesure de la place occupée par le français et les autres langues au Québec », pour ensuite aligner faussetés et fadaises. Pas un mot sur la langue commune, enjeu fondamental de la Charte.

La synthèse du bilan nous ment effrontément. On y affirme qu’une proportion « non négligeable » de travailleurs francophones « doit utiliser l’anglais en présence de personnes de langue anglaise ». Même si l’on ne s’en tient qu’à la situation dans l’ensemble du Québec, il s’agit en vérité, nous l’avons vu, de pas moins de la moitié des travailleurs francophones.

Quant au bilan au complet, ses auteurs noient allègrement le poisson. Ils ne reprennent que les tableaux les plus rassurants sur la langue de travail commune pour l’ensemble des grandes entreprises du Québec. Pas la moindre note sur les résultats de l’enquête pour celles qui sont situées dans la région de Montréal.


En somme, au lieu de nous donner la « juste mesure » de la place qu’occupent le français et l’anglais en tant que langue commune du travail, l’Office a pratiqué la dissimulation et le mensonge. Tout pour conforter les Québécois dans l’inaction.

Le triomphe de la langue de bois

Dès avant les dérapages de « Mam » Boucher, la réputation de l’Office avait été ternie par l’affaire de l’enquête inexistante sur la langue de service au centre-ville de Montréal. La même loi de l’omerta quant au statut réel du français à Montréal a abouti à un bilan douteux. Cinq autres années de perdues.

Vous souvient-il quand Louise Beaudoin et Nadia Assimopoulos nous endormaient avec « le français est la langue commune de la société québécoise »?

Il y a longtemps que la langue officielle du Québec est devenue la langue de bois.


Par Charles Castonguay, publié le 22 août 2008.

M. Bouchard et Taylor avaient posé dans leur document de consultation la question fondamentale : l’inquiétude pour la survie de la majorité francophone au Québec est-elle fondée? Ils se sont cependant contentés d’affirmer alors que « d’importants indices de francisation sont en hausse », sans offrir grand-chose d’autre à l’appui que des propos rassurants – mais faux – sur la stabilité du poids des francophones entre 1986 et 2001.

J’ai reconnu là la griffe jovialiste du démographe Victor Piché, seul contractuel nommé dans ce document. C’est pourquoi j’avais suggéré de rendre publics les rapports d’experts à mesure que les commissaires les recevraient, afin qu’on puisse juger de leur qualité. Pour toute réponse, on m’a confié que le démographe Michel Paillé travaillait aussi pour la commission. Je me suis alors résigné au pire.

La fausse piste

De fait, les médias ont monté en épingle une fuite étonnante. Dans leur rapport final, les commissaires allaient, semble-t-il, fustiger la majorité francophone pour un supposé blocage envers l’apprentissage de l’anglais. Quelle fausse piste! Le recensement de 2001 avait déjà compté plus de deux millions de Québécois francophones qui se déclaraient bilingues.

La nouvelle s’est néanmoins avérée. Paru le 22 mai dernier, le rapport Bouchard-Taylor sermonne rondement les « Québécois d’origine canadienne-française » dont la « mémoire écorchée » par le « long combat » pour sauver le français « risque de se retourner contre l’apprentissage de la langue anglaise. Or, l’anglais qu’il faut apprendre et parler aujourd’hui, ce n’est pas celui de Lord Durham [mais] celui qui permet d’accéder à toutes les connaissances et d’échanger avec tous les peuples de la terre […] Cette question mérite la plus grande attention : sinon, c’est une génération de jeunes Francophones qui risque d’être injustement pénalisée […] les Francophones québécois […] n’ont guère le choix de s’y engager, sous peine d’un énorme appauvrissement. »

En vérité, c’est là un discours de lords Durham qui s’ignorent. Mais passons sur la naïveté des commissaires quant aux visées impérialistes derrière l’actuelle offensive de l’anglais dans le monde. Sur quels faits concrets se fonde donc, au juste, cet échafaudage psychanalytique?

La bourde de Paillé

C’est Paillé qui a sonné l’alarme. Selon son rapport d’expert signé le 16 janvier 2008 mais publié seulement, lui aussi, le 22 mai, « L’examen [des] données [du recensement de 2006] selon la langue maternelle apporte des faits nouveaux. Du côté des Québécois de langue maternelle française, on note avec surprise une régression du bilinguisme […] le recul du bilinguisme chez les francophones est de 2,7 points dans l’île de Montréal et de 2,4 points dans la région métropolitaine […] Les données brutes […] ne permettent pas d’expliquer pourquoi ces changements sont survenus. Il faudra hélas attendre le prochain recensement, voire des enquêtes approfondies, pour savoir si le recensement de 2006 marque un point tournant. »

Foutaise. Lors de la diffusion des données de 2006, le 4 décembre 2007, Statistique Canada a consacré deux pages de son document d’analyse à avertir les utilisateurs qu’un courriel avait incité les francophones bilingues à se déclarer unilingues au recensement, afin de prévenir une réduction des services fédéraux en langue française. Le document précise que le regain douteux de l’unilinguisme français s’est manifesté jusque dans des provinces où le taux d’anglicisation des francophones poursuit pourtant sa tendance à la hausse.

De toute évidence, le recul du bilinguisme des francophones enregistré en 2006 tant au Québec qu’en Ontario et au Nouveau-Brunswick est un attrape-nigaud.

Les analystes Ghislaine Lapierre et Marc Rioux ont néanmoins relayé la bourde de Paillé dans un mémo aux commissaires daté du 27 février 2008. Ce n’est que beaucoup plus tard, soit le 24 avril, que Lapierre et Rioux ont ajouté à leur mémo une note pour saisir les commissaires du caractère suspect de l’information en cause. Ils y font enfin état de l’avertissement de Statistique Canada au sujet du sabotage des données sur le bilinguisme par un courriel subversif. Les commissaires n’auraient donc été mis au parfum qu’une fois terminée la rédaction de leur rapport final, le 30 mars.

Le poids des francophones en chute libre

La fausse alarme déclenchée par Paillé aura malheureusement détourné l’attention d’une autre évolution, celle-là authentique. Les médias l’avaient relevée dès la diffusion des données de 2006 : le poids des francophones au Québec est désormais en chute libre.

Voilà une vraie raison de s’inquiéter. Le poids des francophones détermine en grande mesure si la majorité québécoise restera apte à intégrer les immigrants.

C’est ce que Paillé aurait dû souligner à double trait. Pastichons, pour voir : « L’examen des données de 2006 selon la langue maternelle apporte des faits nouveaux. Du côté des Québécois de langue maternelle française, on note avec surprise une régression de leur pourcentage. Le recul du poids des francophones est de 3,4 points dans l’île de Montréal et de 2,6 points dans la région métropolitaine. Il faudra hélas attendre mon prochain contrat – euh, le prochain recensement – pour savoir si le recensement de 2006 marque un point tournant. »

Ça colle. Sauf qu’avec la hausse actuelle du niveau d’immigration, pas besoin d’attendre 2011 pour savoir ce qu’il en sera.

Un suivi rigoureux des données démontre d’ailleurs que la tendance à la baisse s’est installée depuis vingt ans déjà. Le poids des Québécois de langue maternelle française dans l’ensemble de la province, par exemple, a baissé de 0,5 point de pourcentage durant 1986-1991, de 0,4 en 1991-1996 ainsi qu’en 1996-2001 et de 1,8 entre 2001 et 2006. Dans la région métropolitaine de Montréal, les baisses correspondantes sont de 0,8 point, de 0,6, de 0,2 et de 2,6.

Autrement dit, si l’on soigne la comparabilité des données, le poids des francophones n’est jamais demeuré stable de 1986 à 2001, comme le prétendait le document de consultation Bouchard-Taylor.

Il n’a jamais connu non plus des hauts et des bas entre 1991 et 2006, comme le veut Paillé qui se limite dans son rapport à aligner machinalement des données, sans recul critique. Sans tenir compte du nombre d’allophones non énumérés qui fluctue d’un recensement à l’autre, ni du biais en faveur du français causé par les changements apportés au questionnaire en 2001, ni de l’inclusion dans la région métropolitaine de Montréal en 2006 de sept municipalités périphériques additionnelles, à 96 % francophones.

Le poids des francophones a encore moins évolué à la hausse entre 1986, 1991, 1996 ou 2001, comme l’ont déclaré à diverses reprises Jacques Henripin, Jack Jedwab, Victor Piché, Calvin Veltman ou Réjean Lachapelle, démolinguiste en chef à Statistique Canada, à l’occasion tantôt du référendum de 1995, tantôt de la commission Larose, tantôt des attaques de l’avocat Brent Tyler contre la loi 101.

L’astuce de Julius

À ce propos, pendant la campagne référendaire de 1995 l’avocat Julius Grey avait susurré un argument particulièrement ratoureux pour voter NON : « Les préoccupations linguistiques ne suffisent plus pour justifier la souveraineté […] à moins d’une chute dramatique dans le pourcentage de francophones à Montréal. »

Entrez, mais entrez donc dans ma cage à homards!

Si l’on attend que la chute du poids du français devienne « dramatique » aux yeux de Julius et consorts, il sera trop tard. Trop tard pour stopper le recul du français. Et trop tard pour revenir à la souveraineté.

À en juger par la manière dont leur document de consultation laissait entendre que les francophones n’ont pas à s’inquiéter, on se doutait bien que Bouchard et Taylor allaient se ranger dans le camp des négationnistes. Cela s’est aussi avéré. À leurs yeux, il ne faut pas s’en faire avec la chute abrupte du poids des francophones en 2006.

Ils brossent en effet dans leur rapport final un tableau de la situation linguistique qui, selon eux, « ne révèle pas de changements brusques, profonds ».

Toujours prompts à culpabiliser la majorité, ils précisent qu’il ne faut pas céder à un « état d’alarme », aux « paniques stériles » ou aux « visions catastrophistes ». Et surtout pas envisager de « mesures radicales » comme d’étendre la loi 101 au cégep.

À la diffusion des données de 2006 le 4 décembre dernier, les médias ont tout de suite vu plus juste qu’une commission qui a coûté des millions.

À suivre. 


Par Charles Castonguay, publié le 15 septembre 2008.

Dans leur document de consultation, les commissaires avaient abordé de front l’inquiétude de la majorité quant à la survie du français. Dans leur rapport final, par contre, ils affirment n’avoir ajouté ce thème à leur mandat qu’après qu’il eut fait « irruption » lors des premières audiences publiques tenues en septembre 2007 à Gatineau! Puis ils ferment la marmite, sans formuler la moindre recommandation apte à dissiper l’inquiétude des francophones.

Pour justifier l’inaction, les commissaires nous resservent le vieux truc du verre à moitié plein, à moitié vide. Leur rapport aligne une série de données rassurantes pour le français, dont plusieurs sont douteuses, suivie d’une série d’observations négatives d’égale longueur, mais n’offre aucune vision d’ensemble.

L’Office de la langue française avait employé la même tactique deux mois plus tôt. Son bilan Boucher-Bouchard présentait une logorrhée d’informations disparates, sans synthèse ni conclusion. Cela avait fait bondir avec raison les journalistes.

Les deux inquiétudes

Au fond, l’attitude des commissaires à l’égard de la question linguistique se nourrit d’idées fixes plutôt que d’une appréciation attentive des tendances récentes. D’une part, il n’y a pas lieu, selon eux, de partager le « sentiment profond d’inquiétude » de la majorité, « étant donné le poids démographique qu’elle représente et l’influence prépondérante qu’elle exerce sur les institutions ».

D’autre part : « Il existe une inquiétude chez les Anglo-Québécois, qui ont vu leur poids démographique et politique décroître progressivement depuis 40 ans. » Ils en rajoutent, même : « la décroissance de la population anglophone, en particulier depuis 1991, a favorisé un climat d’insécurité ».

Les Deux Solitudes se seraient ainsi muées en Deux Inquiétudes. Et deux inquiétudes, ça fait une certitude : « Il n’y a donc pas de solution en vue à court terme, mais, dans l’ensemble, il n’y a pas non plus de péril véritable. »

Cela fait à nos deux commissaires une si belle jambe, que de renvoyer dos à dos les appréhensions compréhensibles de la majorité et la propagande du Quebec Community Groups Network, organisme qui a pris la relève d’Alliance Québec en matière de chantage au martyre linguistique et à l’« exode » des anglophones.

Le poids de l’anglais

Réveille! L’une des deux grandes nouvelles apportées par le dernier recensement c’est, nous l’avons vu, que la perte de l’importance relative de la population de langue française, en marche depuis 1986, s’est singulièrement accélérée depuis 2001. L’autre, c’est que l’effectif aussi bien que le poids de la population de langue anglaise ont cessé de décroître.

En fait, durant la période 2001-2006, la population de langue d’usage anglaise a augmenté deux fois plus rapidement que celle de langue d’usage française. Si bien que dans la région de Montréal comme dans l’ensemble du Québec, la population anglophone est, n’en déplaise à MM. Bouchard et Taylor, plus nombreuse en 2006 qu’en 1991.

Bonnes et excellentes nouvelles pour l’anglais! Sur lesquelles les contractuels embauchés par les commissaires n’ont pas su attirer leur attention. Ici encore, voyons ce qu’aurait pu en dire mon ami Paillé : « L’examen des données de 2006 apporte des faits nouveaux. Du côté des Québécois de langue d’usage anglaise, on note avec surprise une stabilisation de leur poids. Entre 2001 et 2006, la population anglophone s’est accrue de 3,4 % dans l’île de Montréal et de 6,4 % dans la région métropolitaine. Il faudra, hélas, attendre le prochain recensement pour savoir si celui de 2006 marque un point tournant. »

Ça colle, sauf encore qu’il n’est pas besoin d’attendre 2011. Car l’anglais continuera d’exercer un pouvoir d’assimilation démesuré auprès d’une population immigrante en hausse constante, ce qui apportera un nombre toujours croissant de recrues additionnelles à la population de langue d’usage anglaise. Et le nombre d’anglophones qui quittent le Québec pour aller vivre dans une autre province a poursuivi en 2006 sa tendance à la baisse, que chaque recensement est venu confirmer depuis le référendum de 1980.

D’ailleurs, la stabilisation constatée en 2006 n’est pas vraiment une surprise non plus. À la suite du recensement de 2001, le démographe Marc Termote avait prévu, pour le demi-siècle à venir, une stabilisation du poids des anglophones au Québec, conjuguée à une baisse régulière du poids des francophones. Notons que Paillé a eu les résultats de Termote en main plus d’un an avant que « Mam » Boucher n’en permette la publication en mars dernier.

La réalité a dépassé la fiction : le recensement de 2006 révèle une baisse un peu plus rapide du poids des francophones que celle que Termote avait prévue. La raison en est simple. Par crainte d’être taxé de pessimisme, Termote avait faussé ses prévisions en faveur du français, en supposant que la population allophone se franciserait à un rythme tout à fait invraisemblable.

Des prémisses irrecevables

Foin, de toute façon, des prévisions autant que des faits. MM. Bouchard et Taylor préfèrent se hisser au-dessus de tout ça, dans la stratosphère des Grands Principes purs et durs. Or, la prémisse qui guide leur approche de la question linguistique est d’emblée irrecevable : « La langue représente un sujet plus épineux […] il en sera probablement toujours ainsi : la tranquillité linguistique ne sera jamais acquise ici; en ce sens, le Québec francophone est voué à vivre dans une tension permanente. »

C’est parfait pour un temporisateur comme Jean Charest, mais c’est aux antipodes de l’engagement de Camille Laurin. Et aussi de celui de Robert Bourassa. Si, dans les années 1970, la majorité s’était résignée à l’insécurité linguistique à perpétuité, jamais se serait-on efforcé, d’abord avec la loi 22, ensuite avec la loi 101, d’imposer le français comme langue de travail ou comme langue de scolarisation des enfants des nouveaux arrivants.

La majorité doit-elle, au nom d’un pareil principe mortifère, cesser d’aspirer à la sécurité linguistique? Et ne plus oser légiférer dans le but d’assurer la pérennité d’un Québec français?

Certes, Bouchard et Taylor discourent sur le français comme « langue publique commune » et comme voie de formation d’une « identité collective » au Québec. Mais ils soulignent également que « la dualité francophone/anglophone est un élément permanent, structurel de la société québécoise […] il existera toujours au Québec un dualisme linguistique, une double filière sur le marché du travail et un double réseau de références identitaires ».

Étant donné, d’une part, semblable consécration d’un Québec à jamais bilingue, d’une seconde société d’accueil, plus payante et de langue anglaise, et, d’autre part, la ferveur avec laquelle les commissaires insistent – à tort – sur l’autre Grande Inquiétude, celle de voir s’étioler la population anglophone, on a franchement l’impression que Taylor a eu le dessus sur Bouchard. En l’occurrence, il aurait joué un rôle comparable à celui de Frank Scott, mentor de Pierre-Elliott Trudeau, lors de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme dans les années 1960.

La nouvelle donne

Nos deux moralistes l’ont suffisamment martelé : compte tenu de son poids, la majorité n’a pas à s’inquiéter.

Mais n’est-il pas naturel, justement, que l’inquiétude pointe lorsque ce poids qui assure la sécurité de la majorité se trouve en baisse depuis le milieu des années 1980? Et n’est-il pas naturel, voire salutaire, que cette inquiétude s’accentue du fait que cette baisse de poids s’accélère, comme le montrent les données de 2006? Faut-il non seulement se résigner à vivre dans un état de tension permanente mais accepter de vivre dans un état de tension croissante?

Quand sera-t-il permis d’agir de nouveau de façon à faire baisser la tension? Quelle est donc cette religion du petit pain, ce culte de l’impuissance et de l’abnégation? Quel point tournant la situation doit-elle encore franchir pour qu’il soit enfin légitime de passer de la « grande vigilance » et de la « plus grande prudence » à l’adoption de nouvelles « mesures radicales », c’est-à-dire structurantes et efficaces?

Face aux résultats de 2006, on ne peut plus soutenir que « la conjoncture est incertaine ». Poids des francophones en chute libre et poids stable des anglophones égale un rapport de force de plus en plus favorable à l’anglais et de plus en plus défavorable au français. Le ratio francophone/anglophone au Québec reculera jusqu’à nouvel ordre.

Voilà la véritable nouveauté qu’apportent les données de 2006. Voilà une nouvelle donne qui commande autre chose que papotage et attentisme.
 


Vers un Québec de plus en plus anglais?

Par Charles Castonguay, publié le 19 octobre 2008.

Le sociologue Calvin Veltman est un de nos grands gourous en matière de suivi de la situation des langues au Québec. « La guerre linguistique est finie : le français a gagné! » a-t-il claironné dans La Presse du 23 octobre 1999. Il a dû en fumer du bon.

Dans « Vitalité du français, léthargie de l’anglais », étude qu’il a rédigée après le recensement de 2001 pour Brent Tyler, avocat de toutes les causes visant à affaiblir la loi 101, Veltman ne touche plus à terre. Il se demande « jusqu’à quel point la communauté anglo-québécoise continuera son déclin tel qu’observé, avant que ne se produise un effondrement plus général et relativement rapide [qui mènera à] une communauté anglo-québécoise en phase terminale […] Est-ce qu’il y a un ‘tipping point’ pour le groupe anglo-québécois? Nul ne le sait, mais il faut bien y réfléchir… »

Les francophones n’ont manifestement pas le monopole des prophètes de malheur!

Veltman peut aller se rhabiller. Le recensement de 2006 a rappelé lequel du français ou de l’anglais est léthargique et lequel pète le feu.

Encore faut-il avoir l’esprit ouvert pour le voir. Les commissaires Bouchard et Taylor y sont restés résolument aveugles.

Avant eux, « Mam » Boucher s’était empressée, avec l’aide de Pierre Bouchard, ex-directeur de la recherche à l’OQLF, de livrer un portrait biaisé des données de 2006. Leur bilan de mars dernier étouffe le caractère dramatique de la chute du poids des francophones ainsi que la progression du poids de la population de langue d’usage anglaise. Il ne souligne pas non plus que la croissance des effectifs de langue anglaise est une première depuis le recensement de 1971 – ce que Statistique Canada avait pourtant bien mis en relief à la diffusion des données de 2006. Surtout, le bilan Boucher-Bouchard évite de faire ressortir qu’au Québec, un poids de l’anglais en hausse conjugué à un poids du français en baisse est une première depuis au moins 1844.

Jouons un peu à notre tour au Bonhomme Sept-Heures. Les toutes premières années du XXIe siècle ont-elles marqué un « tipping point », un point de renversement, après quoi la situation bascule vers un Québec de plus en plus anglais et de moins en moins français?

C’est pour qu’on ne l’achale pas avec des questions comme ça que Jean Charest a nommé « Mam » Boucher à l’OQLF. Il n’a même pas profité du creux de l’été pour la remplacer, ce qui en dit long sur l’engagement de Charest envers le français.

Coup de théâtre! M. Conrad Ouellon, président du Conseil supérieur de la langue française (CSLF), s’offusque du non-bilan de l’OQLF. Il se fait fort de présenter à la ministre responsable un avis – qui tombe après la Saint-Jean, dans l’indifférence estivale. Sa synthèse de la situation ne dit mot de la chute spectaculaire du poids des francophones en 2006. Ni du nouvel essor de l’anglais. Ses recommandations sentent le réchauffé. Lui aussi a été nommé par Charest.

Pourtant, d’un recensement à l’autre le renversement de la situation s’inscrivait de plus en plus clairement dans les groupes d’âges des populations de langue maternelle anglaise et française. Leur profil selon l’âge exprime fidèlement leur vitalité intrinsèque. Comparons par exemple le profil pour l’anglais dans la région métropolitaine de Montréal, en rouge, avec celui pour le français, en bleu.



Le profil rouge est bien campé, gras dur, porteur d’avenir. Le bleu, par contre, est déséquilibré et déficitaire à sa base. Pour le français, le déficit entre les enfants de 0-4 ans et les adultes de 30-34 ans, les plus susceptibles d’être leurs parents, est de l’ordre de 20 %. Il n’y a pas, pour l’anglais, de déficit correspondant entre les générations. L’ensemble du Québec présente une situation semblable.



Cet avantage « lourd » de l’anglais sur le français n’a pas de raison démographique : depuis un quart de siècle, les populations anglophone et francophone sont également sous-fécondes. La différence entre les profils relève plutôt du statut social déficient du français vis-à-vis de l’anglais à Montréal, qui se traduit par le pouvoir d’assimilation démesuré de l’anglais.

Par rapport aux populations anglophone et francophone en présence, l’anglais exerce sur les allophones un pouvoir d’attraction six fois supérieur à celui du français. La région métropolitaine comporte aussi en 2006 une anglicisation nette de 20 000 francophones. Les allophones et francophones anglicisés élèvent leurs enfants en anglais. De langue maternelle anglaise, ces enfants s’ajoutent à la base du profil rouge et compensent entièrement la sous-fécondité anglophone.

Les enfants des allophones francisés ne renflouent pas au même degré la base du profil bleu. Si le français et l’anglais exerçaient un pouvoir d’attraction proportionnel à leur poids démographique respectif, le profil rouge et le profil bleu seraient pareils. Ce n’est pas du tout le cas.

Le démographe Jacques Henripin, autre éminent expert de l’écurie Tyler, prétend que malgré le pouvoir d’assimilation disproportionné de l’anglais, les francophones maintiendront leur poids parce que les anglophones quittent le Québec en surnombre. Le hic c’est que ce genre de victoire par défaut dépend des départs anglophones. Or depuis le référendum de 1980, les anglophones se font plus rares parmi les Québécois qui déménagent ailleurs au Canada. Leur poids parmi les sortants est passé de 65 % en 1976-1981 à 40 % en 2001-2006. Il suffit que le Québec connaisse des pertes migratoires assez faibles au profit du reste du Canada pour que l’avantage « lourd » de l’anglais fasse voir son effet. C’est ce qui vient de se produire en 2001-2006.

Comment mettre la prédominance du français à l’abri de la conjoncture migratoire interprovinciale? Le dérapage du dernier lustre démontre que la sursélection d’immigrants francisants ou francisés est insuffisante à cette fin. La campagne de « fierté francophone » que vient de lancer la ministre Saint-Pierre le sera encore moins.

L’avantage lourd de l’anglais sur le français en matière d’assimilation vient de renverser une tendance deux fois séculaire. L’appareil officiel s’est arrangé pour qu’on ne le remarque même pas. 



Par Charles Castonguay, publié le 4 novembre 2008.

On s’emploie depuis quarante ans à rehausser le statut du français. Qui par la loi canadienne de 1969, qui par la loi 101. La première vise à mettre le français sur un pied d’égalité avec l’anglais. La seconde, à assurer au français un statut supérieur. Toutes deux demeurent loin d’atteindre leur objectif.

Comparer le statut du français avec celui de l’anglais n’est pas nécessairement compliqué. Prenons la région de Montréal où la compétition entre les deux langues est la plus intense. Entre 2001 et 2006, le poids de la population de langue d’usage française y a chuté de 70,9 à 69,1 % tandis que le poids de celle de langue d’usage anglaise a légèrement augmenté, passant de 17,3 à 17,4 %. Le rapport du français à l’anglais sur ce plan a fléchi de 3 % en cinq ans. Dans l’île de Montréal, le recul est de 5 %.

Du point de vue démographique, le statut du français vis-à-vis de l’anglais défaille.
La cause principale de ce recul est le pouvoir d’assimilation démesuré de l’anglais. Pour le voir, comparons le statut du français et de l’anglais au foyer. Dans la région métropolitaine, l’anglais attire une majorité des allophones qui choisissent de parler une nouvelle langue à la maison.

Il y existe aussi une anglicisation nette des francophones, de l’ordre de 20 000 anglicisés au foyer. De sorte qu’au recensement de 2006, la population parlant l’anglais comme langue principale à la maison compte 178 000 personnes de plus que celle de langue maternelle anglaise, comparativement à un gain correspondant de 124 000 nouveaux locuteurs usuels pour le français. Le rapport entre ces excédents revient à un ratio de 144 personnes additionnelles parlant l’anglais au foyer pour 100 parlant le français.

Certains objecteront que bon nombre des cas d’anglicisation comptés en 2006 étaient en marche ou déjà réalisés avant l’adoption de la loi 101. Réplique : bon nombre des cas de francisation comptés en 2006 étaient en marche ou déjà réalisés à l’étranger, avant que les allophones en cause n’aient immigré au Québec.

Étendons cette analyse élémentaire à d’autres domaines connexes.

Nous savons que la langue de travail est un puissant déterminant de la langue d’assimilation. Quel est en 2006 le bilan dans ce domaine où, davantage que dans l’intimité du foyer, le choix de la langue est contraint par un environnement à majorité francophone?

Pour 250 000 travailleurs de langue maternelle anglaise, la région de Montréal compte 481 000 personnes qui travaillent principalement en anglais, ce qui représente un excédent de 231 000 utilisateurs additionnels. L’excédent correspondant pour le français est de 173 000. Cela revient à un ratio de 133 travailleurs additionnels anglicisés du point de vue de leur langue de travail, pour 100 francisés.

Nous savons également que la langue des études pertinentes à l’exercice d’un métier ou d’une profession a un « lien indéniable » avec la langue de travail. Nous avons vu aussi que le bilan Boucher-Bouchard a escamoté l’information touchant ce lien névralgique. Voyons d’abord les études collégiales, domaine où l’idéologie canadienne du libre choix règne en maître.

En janvier 2005, le Comité de suivi de la situation linguistique, à l’OQLF, a examiné plusieurs indicateurs proposés par la direction de la recherche du ministère de l’Éducation. Nous avions trouvé très parlant un tableau qui montrait qu’au Québec, la majorité des étudiants allophones s’inscrivaient au cégep anglais : de 1989 à 2003, la proportion se maintenait entre 53 et 59 %. Le tableau montrait aussi que les francophones étaient beaucoup plus nombreux au cégep anglais que les anglophones au cégep français.

Nous n’avons jamais revu ce tableau clé. Il ne figure pas dans le fascicule intitulé « La langue de l’enseignement », signé par Michel Paillé, que l’OQLF a publié plus de trois ans plus tard, le même jour que son bilan Boucher-Bouchard. Le tableau ne se retrouve pas non plus dans ce bilan. L’OQLF en a évacué tout ce que le Comité de suivi avait trouvé de significatif et qui risquait de susciter un débat sur le renforcement de la loi 101.

L’étude d’expert préparée par Paillé pour MM. Bouchard et Taylor ne met pas plus ces données de l’avant. Leur rapport n’en fait donc pas état. Non plus que l’avis du CSLF à sa ministre « responsable », paru fin juin dernier.

En recoupant différents tableaux de Paillé on peut néanmoins reconstituer ce tableau d’ensemble de la situation. Voici ce que cela donne pour les années 2004 à 2006. En moyenne, pour 4 463 nouveaux inscrits de langue maternelle anglaise, le Québec compte annuellement le double, plus exactement 9 038, en nouveaux inscrits au cégep anglais. Cela représente en moyenne un excédent annuel de 4 575 étudiants. Les chiffres correspondants pour le français sont de 38 570 inscrits francophones, langue maternelle, et un total quasi identique de 38 929 étudiants inscrits au cégep français, pour un excédent annuel de 359. Le ratio entre les excédents est de 1 274 étudiants additionnels au cégep anglais pour 100 au cégep français.

C’est comme si la quasi-totalité des étudiants allophones choisissaient le cégep anglais. En réalité, 54 % des allophones se sont inscrits durant ces années au cégep anglais, contre 46 % au cégep français. Ces derniers ne font cependant que compenser un nombre équivalent d’étudiants francophones qui s’inscrivent au cégep anglais. Quant aux anglophones qui étudient au cégep français, ils sont fort peu nombreux.

Au total, donc, le libre choix ne profite qu’au cégep anglais. Cette information essentielle n’est nulle part mise en évidence dans tout ce que l’année 2008 nous a apporté comme bilan, rapport ou avis.

Hypertrophie excessive du réseau collégial anglais qui pousse à l’anglicisation démesurée de la langue du travail et du foyer. À un Québec de plus en plus anglais et de moins en moins français.

Et l’enseignement universitaire? Durant les années 2004 à 2006, l’excédent des étudiants dans les universités québécoises de langue anglaise en regard de leur clientèle « naturelle », de langue maternelle anglaise, est en moyenne de 24 074 par année, contre 9 796 pour le français. Un ratio de 246 surnuméraires qui étudient en anglais pour 100 qui étudient en français.

Avantage à l’anglais, donc, aux études postsecondaires, au travail, au foyer et, maintenant, sur le plan démographique. Pas mal pour une minorité que d’aucuns prétendent exsangue.

Il y a plus. En octobre 2007, le Comité de suivi a approuvé pour publication une étude portant sur les attitudes linguistiques des Montréalais en 2004. Plus précisément, sur leur perception d’une personne qui parle français comparativement à une autre qui parle anglais. L’étude n’est pas parue avec les autres en mars dernier. Et le bilan Boucher-Bouchard n’en dit pas un mot. Son chapitre « Attitudes et comportements », qui aurait dû traiter de cette recherche, ne fait qu’aligner des données sur la langue de consommation des médias et des produits culturels.

« Contribution à l’étude des perceptions linguistiques » de Mme Elke Laur est enfin parue au creux de l’été dans le site Web de l’OQLF. Pas dans la collection « Suivi de la situation linguistique » pour laquelle elle avait été approuvée mais comme « note méthodologique » dans la moins prestigieuse série « Langues et sociétés ». Tout pour l’enterrer.

Cette analyse du statut comparé du français et de l’anglais ne se réduit pas à une simple note méthodologique. Elle va au vif du sujet. Elle démontre, notamment, qu’« en moyenne une personne va être évaluée plus favorablement si elle nous parle en anglais ». Autrement dit, l’anglais détient encore à Montréal un statut social supérieur à celui du français. D’où l’avantage de l’anglais aux études postsecondaires, au travail et au foyer. D’où aussi la nouvelle tendance démographique vers un Québec plus anglais et moins français.

« Vos fonctionnaires ne vous disent pas toute la vérité sur la situation du français », avais-je dit à Louise Beaudoin, ministre responsable de l’application de la Charte de la langue française. C’était à Québec en août 1996. Je présentais un mémoire dans le cadre d’une consultation sur un projet de loi modifiant la loi 101. J’y critiquais un bilan de la situation préparé par un comité mené par Pierre Bouchard et Pierre Georgeault, directeurs de la recherche à l’Office et au Conseil de la langue française. Comité qui, avant de finaliser son bilan, avait « remercié » ses deux membres externes, Michel Plourde et Josée Legault.

Lucien Bouchard avait des problèmes à l’époque avec son miroir. Cela a finalement débouché sur le « bouquet de mesures » de Mme Beaudoin. Qui s’est vite fané.

Le gouvernement a changé depuis, mais pas l’appareil étatique ni le contrôle politique de l’information sur la langue. On vient de nous jouer le même scénario. Avant de finaliser le rapport Boucher-Bouchard, on a remercié le Comité de suivi. Ou « nettoyé la soue », dans le langage propre à « Mam » Boucher. Puis Bouchard et Taylor ont appelé de leurs vœux un « train de mesures » pour renforcer la position du français. Le CSLF est ensuite accouru avec un avis qui recommande ce que la ministre responsable avait déjà annoncé. On a enfin scellé le tout avec un love-in gouvernemental-patronal exaltant l’approche incitative à la francisation de la langue de travail, et une campagne de Fierté française.

À quand le défilé ?


Par Charles Castonguay, publié le 8 janvier 2009.

Le 5 janvier, Michel Paillé m’a accusé en ces pages d’avoir, dans mon livre Avantage à l’anglais !, passé sous silence deux études. C’est faux en ce qui concerne celle de Marc Termote. Elle reçoit l’attention qu’elle mérite dans mes chapitres 6 et 11. J’y écris notamment : « À la suite du recensement de 2001, le démographe Marc Termote avait prévu, pour le demi-siècle à venir, une stabilisation du poids des anglophones au Québec, conjuguée à une baisse régulière du poids des francophones […] La réalité a dépassé la fiction : le recensement de 2006 révèle une baisse un peu plus rapide du poids des francophones que celle que Termote avait prévue. La raison en est simple. Par crainte d’être taxé de pessimisme, Termote avait faussé ses prévisions en faveur du français, en supposant que la population allophone se franciserait à un rythme tout à fait invraisemblable. »

Quant à la seconde étude, Paillé omet de préciser qu’il en est l’auteur et que le Comité de suivi à l’OQLF l’avait refusée pour publication dans la collection « Suivi de la situation linguistique ». Paillé devrait plutôt se féliciter de mon silence à l’égard de ce texte, car mon livre fait suffisamment ressortir l’inanité de nombre d’autres écrits qu’il a commis récemment.

Surtout, Paillé m’accuse d’exagérer l’avantage de l’anglais en matière d’assimilation en ne traitant, dans l’extrait de mon livre paru dans Le Devoir du 27 décembre, que de la situation dans la région de Montréal. L’avantage de l’anglais en cette matière est pourtant si flagrant que le choix de région n’a pas l’importance que Paillé veut lui prêter.

Pour bien juger de l’avantage en question, il faudrait mettre le bilan de l’assimilation à Montréal, soit les 144 personnes additionnelles parlant l’anglais au foyer pour 100 parlant le français, en rapport avec le ratio de 19 personnes de langue maternelle anglaise pour 100 de langue maternelle française dans la région métropolitaine. On constaterait alors que le pouvoir d’assimilation de l’anglais y est plus de sept fois supérieur à celui du français. En m’en tenant au ratio de 144 pour 100, je n’ai donc rien exagéré. Au contraire.

Voyons ce qu’il en est pour l’ensemble du Québec. Dans ce contexte, le gain de 107 contre 100 dont fait état M. Paillé doit être mis en relief avec les 10 anglophones pour 100 francophones que compte la population québécoise. On voit alors qu’à l’échelle du Québec tout entier, la force d’attraction de l’anglais en matière d’assimilation est plus de dix fois celle du français, soit encore plus démesurée qu’à Montréal.

Contrairement à ce que prétend Paillé, le français n’a pas de « net avantage » même dans le Québec à l’extérieur de la région de Montréal. Cette partie de la province compte bien « seulement » 7 nouvelles recrues pour l’anglais par voie d’assimilation contre 100 pour le français, comme le rapporte Paillé, mais elle ne compte aussi que 4 anglophones pour 100 francophones. L’avantage de l’anglais sur le français en matière d’assimilation reste donc évident là aussi.

Il existe, bien sûr, des parties du Québec où le français domine l’anglais sur le plan de l’assimilation. Cela peut même se trouver à l’extérieur du Québec, par exemple dans le comté de Madawaska au Nouveau-Brunswick, à 94 % francophone. Cependant, l’avenir du français ne se joue pas à Edmundston, Québec ou Trois-Rivières. D’où mon choix de faire état de la situation à Montréal.

Évaluer l’assimilation dans une juste perspective est chose familière aux lecteurs de l’aut’journal. J’ai employé cette méthode dans Larose n’est pas Larousse, mon précédent recueil de chroniques rédigées en marge de la Commission Larose. La parenté de cette approche ne me revient d’ailleurs pas. C’est Jacques Henripin qui l’a rodée en 1974, dans L’Immigration et le déséquilibre linguistique. À son avis, pour que le français ne soit pas désavantagé au Québec, il faudrait que son pouvoir d’assimilation soit proportionnel au poids des francophones.

Dans mon extrait pour Le Devoir, j’ai voulu faire simple. Mais ce n’est pas mauvais de mettre les points sur les « i ». Tout ce que démontre M. Paillé, c’est qu’il ne saisit toujours pas comment évaluer l’incidence démographique de l’assimilation sur le rapport de force entre les groupes de langue anglaise et française. Pity.

Quant au « niveau de langue » ou à la « nature polémique » de mon livre, j’invite le lecteur intéressé à en juger sur pièce.


Par Charles Castonguay, publié le 27 janvier 2009.

« Comment se fait-il qu’un mathématicien s’intéresse à la langue? » Cela remonte à la diffusion des résultats du recensement de 1971 qui, pour la première fois, comprenaient des données sur la langue d’usage à la maison. Les nouvelles étaient mauvaises pour le français au Canada. Entre autres, on pouvait constater en direct l’ampleur de l’assimilation des minorités francophones. Un ingénieur d’Ottawa, M. Richard Joy, affirmait néanmoins dans Le Devoir : « le français est fort au Québec », puisque la population de langue d’usage française y était supérieure à celle qui avait le français comme langue maternelle.

Le démographe Norbert Robitaille lui a répondu que si le français était fort au Québec, l’anglais l’était bien davantage. Il a souligné que si la population de langue d’usage française dépassait de 3690 personnes celle qui avait le français comme langue maternelle, l’excédent correspondant pour l’anglais était de 99 045.

Ce calcul me paraissait plein de bon sens. Quasiment tout le profit de l’assimilation au Québec allait à l’anglais. Au vu d’une majorité de 4 866 410 francophones (langue maternelle) en 1971, l’excédent pour le français paraissait en fait infinitésimal. Celui pour l’anglais était au contraire bien costaud compte tenu d’une minorité de 788 830 anglophones. Vu sous un autre angle encore, la majorité francophone était six fois supérieure à la minorité anglophone mais l’assimilation rapportait un bénéfice 27 fois plus grand à la minorité qu’à la majorité.

À l’époque, le démographe Jacques Henripin considérait lui aussi que le monde était à l’envers. Dans un rapport intitulé « L’immigration et le déséquilibre linguistique », paru en 1974, il faisait remarquer que pour maintenir ce qu’il appelait l’équilibre des langues, l’assimilation des allophones au Québec devait produire quatre francophones pour un anglophone. Il ne s’était pas beaucoup forcé les méninges. Si la répartition de l’assimilation des allophones ne s’élevait pas jusqu’au ratio de 6 à 1 entre francophones et anglophones, il est évident que l’anglais en tirerait toujours un avantage et que l’« équilibre » des langues continuerait de pencher en sa faveur.

C’était avant que l’élection du PQ en 1976 fasse perdre à Henripin toute objectivité. Il s’emploie désormais à défendre la minorité anglophone.

Prenons, par exemple, l’actuelle contestation judiciaire de la loi 104. Avec l’aide de Henripin comme témoin expert, l’avocat Brent Tyler vise dans cette cause à élargir l’accès à l’école anglaise. Il est parvenu à se rendre jusqu’en Cour suprême. Que donne cependant la façon de voir du Henripin d’avant 1976 à ce propos?

Mettons d’abord la question en perspective. Au moment du recensement de 1971, soit durant l’année scolaire 1971-1972, le Québec comptait 256 251 élèves à l’école anglaise (primaire et secondaire réunies), soit un excédent de 67 152 ou de 35,5 % sur sa clientèle « naturelle » de 189 099 écoliers anglophones. Les chiffres correspondants pour le français étaient de 1 378 788 élèves à l’école française contre un total quasi identique de 1 379 912 écoliers francophones. Ainsi, l’idéologie du libre choix de la langue de scolarisation qui prévalait à l’époque profitait uniquement à l’anglais. Une situation similaire, en somme, à celle touchant l’assimilation, que venait de révéler le recensement de 1971.

La majorité francophone avait jugé cette domination de l’anglais inacceptable. Par sa loi 22, le gouvernement Bourassa a voulu infléchir en faveur du français la langue de scolarisation et, partant, d’assimilation. Le gouvernement Lévesque a renchéri avec sa loi 101. Ces mesures apportent aujourd’hui au français des excédents bienfaisants tant à l’école qu’au foyer.

Comparons cependant ces bénéfices aux excédents correspondants pour l’anglais. Côté assimilation, le recensement de 2006 montre 168 308 personnes de plus de langue d’usage française que de langue maternelle française. L’excédent correspondant pour l’anglais est de 180 721. D’autre part, le Québec de 2006 compte 5 916 840 francophones (langue maternelle) pour 607 165 anglophones, un ratio de près de 10 à 1. Aux yeux du Henripin d’avant 1976, pour que l’assimilation n’avantage pas l’anglais il faudrait que les excédents engendrés par l’assimilation reflètent le même rapport, c’est-à-dire qu’ils s’élèvent à 316 561 francisés contre 32 468 anglicisés plutôt qu’à 168 308 contre 180 721. Trente-cinq ans après le recensement de 1971, le pouvoir d’assimilation du français reste donc très loin du point d’équilibre entrevu par Henripin, et l’avantage demeure clairement à l’anglais.

Quant à la clientèle scolaire, pour l’année 2007-2008 les 931 859 élèves à l’école française, comparés à sa clientèle « naturelle » de 830 364 écoliers francophones, représentent un excédent de 101 495 ou de 12,2 %. Les chiffres correspondants sont de 116 976 élèves à l’école anglaise en regard de 89 850 écoliers anglophones, soit un excédent de 27 126 ou de 30,2 %, proportion à peine plus faible qu’en 1971-1972. D’un autre point de vue, le ratio entre les excédents est de seulement 374 à 100 alors que le ratio entre le nombre d’élèves francophones et anglophones est de 924 à 100. Même après les 30 ans de la loi 101, l’école française reste donc loin, elle aussi, d’attirer sa quote-part d’élèves additionnels et l’avantage demeure, là aussi, à l’anglais.

Devant ces faits, comment la minorité anglophone réussit-elle à se rendre avec une pareille cause jusqu’en Cour suprême? En se faisant passer pour un canari dans un puits de mine. C’est l’image même qu’emploie la présidente de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec dans Le Devoir du 16 décembre dernier.

Longtemps assoupie par ce genre de lamentation, la majorité donne de timides signes de réveil. Saisi par la faiblesse du français comme langue de travail et d’assimilation ainsi que par la chute subite du poids des francophones à Montréal, dans son éditorial du 6 mars dernier le directeur du Devoir sommait le gouvernement d’appliquer la loi 101 avec rigueur afin qu’en l’espace de cinq ans l’assimilation se fasse vers le français « dans une proportion qui dépasse largement le seuil de 50 % ».

Fort bien. Mais que signifie « dépasse largement »? À moins de fixer la barre à 10 à 1, l’assimilation continuera d’avantager l’anglais et le poids des francophones, de plonger au profit de celui des anglophones. Impossible de franciser suffisamment la langue de travail en vue d’atteindre un tel objectif en matière d’assimilation en appliquant simplement la loi 101 dans sa forme actuelle : sans mettre fin, entre autres, au libre choix de la langue des études collégiales. Emploi-Québec estime que 70 % des emplois qui seront créés d’ici 2016 exigeront au minimum une formation collégiale. Or le libre choix que permet l’actuelle loi 101 profite presque exclusivement au cégep anglais, comme nous l’avons vu dans notre chronique précédente.

Dans son dernier bouquin Les Québécois et l’anglais : le retour du mouton, le politologue Christian Dufour reconnaît d’ailleurs que « on ne saurait par principe se limiter aux seules mesures incitatives pour promouvoir un français qui apparaît, en 2008, dans une situation plus fragile que la majorité des francophones ne le croient ». Il prône « de faire de la claire prédominance du français sans exclusion de l’anglais l’une de nos institutions politiques et juridiques fondamentales ».

Fort bien aussi. Mais que veut dire « claire prédominance »? Dufour propose de mettre fin au libre choix de cégep seulement si le pourcentage d’étudiants inscrits au cégep français devient « substantiellement inférieur au pourcentage de la population francophone du Québec ». Il précise qu’en 2006, le pourcentage d’étudiants au cégep français était de 80,9 % et estime qu’une proportion de 75 % « allumerait de toute évidence un feu rouge », c’est-à-dire qu’il faudrait alors mettre fin au libre choix car ce serait là un signe clair que « l’équilibre linguistique actuel est en train de se défaire au détriment du français ».

« Claire prédominance du français » et « équilibre linguistique actuel » signifient donc, pour Dufour, 80,9 % d’étudiants au cégep français. Autrement dit, tel un Richard Joy devant les chiffres de 1971 sur l’assimilation, Dufour considère que le français est fort au cégep. Il se contenterait de laisser le régime de libre choix ronronner au profit à peu près exclusif de l’anglais. La majorité avait pourtant jugé inacceptable dans les années 1970 une semblable situation désavantageuse pour le français, qui découlait du libre choix au primaire et au secondaire.

Prédominance et équilibre mon œil. Dire que Dufour qualifie du même souffle les Québécois de « moutons » à cause de leur attitude trop accommodante envers l’anglais! Chassez le naturel, il revient au galop.

Trop timides, ces premières réactions à une dynamique qui dérape au détriment du français. L’on ne saurait bien penser la langue sans savoir compter.


Par Charles Castonguay, publié le 23 février 2009.

C’est reparti, mon kiki ! Appel de candidatures pour le poste de directeur de la recherche à l’Office québécois de la langue française. Parmi les attributions de l’heureux élu : coordonner le suivi de la situation linguistique, assurer la qualité scientifique des recherches, participer à leur diffusion.

Bonne chance! Avec une France Boucher à la barre, le résultat sera un bilan aussi nul que celui de mars dernier.

Guy Rocher avait prévu un semblable fiasco dès le dépôt en 2002 du projet de loi 104 de la ministre Diane Lemieux, qui créait l’OQLF d’aujourd’hui. Un organisme hybride, juge et partie, c’est-à-dire chargé à la fois d’appliquer la loi 101 et de juger de son application, en s’appuyant peut-être sur le Comité de suivi de la situation linguistique dont j’ai fait partie pendant cinq longues années.

M. Rocher estimait que ce comité n’aurait pas l’indépendance nécessaire pour remplir sa fonction et que la loi 104 politiserait davantage tant l’application de la loi 101 que la recherche sur la situation linguistique. « L’œil et le bras du ministre se trouveront […] en permanence au cœur du nouvel office », écrivait-il dans Le Devoir du 15 mai 2002, en déplorant que l’on n’ait pas retenu l’idée de « dépolitiser la direction de l’Office de la langue française en faisant nommer par l’Assemblée nationale [plutôt que par le parti au pouvoir] la personne chargée de diriger cet organisme ».

Plusieurs mémoires présentés en 2001 à la Commission Larose proposaient d’assainir de la sorte la nomination du président de l’OQLF ou du Conseil de la langue française (CLF).

Larose et Lemieux n’étaient cependant pas les premiers à faire la sourde oreille à cette revendication. En 1996, déjà, la ministre Louise Beaudoin avait déposé le projet de loi 40 modifiant la loi 101.

Dans le cadre de la consultation tenue à ce sujet, j’ai présenté un mémoire dans lequel je critiquais et le portrait de la situation qu’avaient brossé le Conseil et l’Office, et les mesures qui s’en inspiraient.

J’y écrivais : « Que l’appareil gouvernemental accouche d’un bilan de la situation à ce point incompétent, léger et partial entache péniblement sa crédibilité. Cela fait valoir l’urgence de redéfinir, par exemple, le Conseil de la langue française de façon à le mettre à l’abri des nominations partisanes. » Mme Beaudoin n’en a rien fait.

Le gouvernement du Parti québécois venait de nommer Mme Nadia Assimopoulos, vice-présidente sortante du parti, à la présidence du CLF en remplacement de M. Pierre-Étienne Laporte qui, lui, était passé de son poste de président du CLF à celui de député libéral d’Outremont. Ôte-toi que je m’y mette !

Pierre Georgeault, directeur de la recherche au Conseil, m’avait ensuite laissé savoir que Mme Assimopoulos n’aimait pas que l’on critique le CLF en public. Mot d’ordre que je me suis empressé de ne pas suivre.

Lorsqu’on m’a invité plusieurs années plus tard, soit en 2003, à siéger au Comité de suivi à l’OQLF, j’ai demandé au directeur de la recherche, Pierre Bouchard, s’il voulait vraiment de moi, vu mon franc parler.

Durant les cinq années suivantes, nous avons tous, les quatre membres externes du comité, respecté notre « devoir de réserve ». La tension n’a pas tardé cependant à se faire sentir.

L’incompatibilité que Rocher appréhendait entre les fonctions application de la loi et jugement quant à son application a atteint un point tournant quand l’OQLF a réagi à une série d’articles dans le Journal de Montréal faisant état d’un recul du français dans les commerces du centre-ville.

Son communiqué du 20 juin 2006 comprenait une description faussée de l’état des lieux qui m’a conduit à écrire à mes collègues, y compris Pierre Bouchard : « Une pareille distorsion systématique de l’information sur la situation du français est regrettable, et dommageable pour la crédibilité de l’Office. Le serait-elle aussi pour la crédibilité de notre comité? »

L’écart entre nos efforts pour établir un suivi scientifique de la situation linguistique et ceux de l’Office pour rassurer quant à l’application de la loi était devenu patent.

L’Office et la ministre Christine St-Pierre ont persisté dans la négation, tandis que le Journal de Montréal enchaînait avec deux remarquables enquêtes de la journaliste Noée Murchison démontrant qu’une jeune unilingue anglaise réussissait mieux qu’une unilingue française à dénicher un emploi dans les commerces du centre-ville.

En même temps, France Boucher écartait le Comité de suivi de la préparation de son rapport. Tant pis pour la crédibilité de l’OQLF. On connaît la suite.

La tare des nominations partisanes a ainsi mené, aux six ans, à des rapports serviles et des interventions superficielles : bilan euphorisant et « bouquet de mesures » de la ministre Beaudoin en 1996; rapport Larose et loi 104 de la ministre Lemieux en 2002 et, en 2008, bilan bidon de France Boucher et love-in gouvernemental-patronal-syndical autour des mesures incitatives de la ministre St-Pierre en guise de francisation de la langue de travail.

Rocher avait donc profondément raison. Pauline Marois saisira-t-elle l’intérêt de dépolitiser enfin l’Office et le Conseil ? Un sondage réalisé au cours de la dernière campagne électorale identifiait la question linguistique comme seul domaine où les électeurs faisaient davantage confiance à Mme Marois qu’à M. Charest.

Marois n’a pourtant pas pipé mot sur la langue au débat des chefs alors que Charest s’était rendu éminemment vulnérable; il avait perdu toute crédibilité en matière de défense du français en maintenant « Mam » Boucher à la tête de l’OQLF.

Misère! En attendant encore et toujours la réforme qui s’impose, on ne peut que continuer d’accueillir d’un œil critique les informations sur la langue que distillent nos instances linguistiques actuelles.

Voyons cette fois du côté du Conseil. Devant le tollé soulevé par le non-bilan de l’OQLF en mars dernier, le président du CSLF (« s » pour supérieur, selon la loi 104), M. Conrad Ouellon, a vite proclamé que le Conseil saurait, lui, porter un jugement sur la situation et formuler les recommandations qui s’imposent.

Le 26 juin dernier, le CSLF publiait son avis, en même temps qu’une étude à l’appui signée par son chercheur principal, Paul Béland, intitulée Langue et immigration, langue de travail : éléments d’analyse.

Se fondant sur une recherche de l’OQLF que nous avons déjà commentée (l’aut’journal, no 270), Béland signale que « le français n’est pas la langue dominante des échanges interlinguistiques » des travailleurs francophones en communication avec leurs collègues, supérieurs ou subordonnés anglophones.

Il fait ensuite entrer en ligne de compte les données sur la langue des communications publiques provenant d’une enquête menée en 2006 par Statistique Canada, pour terminer son étude sur un jugement global plus éloquent encore : « En somme, la politique linguistique […] a pu créer un environnement dans lequel les immigrants d’influence latine [ou francotropes] ont été en mesure de concrétiser leur prédisposition à s’orienter vers le français tant dans le domaine privé que dans le domaine public. Elle a aussi permis aux francophones de travailler le plus souvent en français.

« Par contre, le français n’est pas la langue prédominante des communications interlinguistiques. Par ailleurs, à la lumière des données présentées, il ne semble pas que la Charte soit très contraignante, puisque chacun utilise le plus souvent la langue qui correspond à ses prédispositions : les francophones et les immigrants d’influence latine, le français; les anglophones et les immigrants d’influence autre [ou anglotropes], l’anglais. »

Néanmoins, à l’instar du bilan de boutique de l’OQLF, la synthèse de la situation que le CSLF retient dans son avis passe sous silence le fait, pourtant bien souligné par Béland, que le français n’est pas la langue commune de travail dans les grandes entreprises.

Comme l’OQLF aussi, le CSLF ne met pas non plus en évidence l’hypertrophie du cégep anglais qu’entretient le libre choix. La synthèse promise par Ouellon ne relève même pas la chute subite du poids des francophones au recensement de 2006! Pas étonnant que dans le but de relancer la francisation, l’avis du CSLF s’en tienne par la suite à ne recommander que des mesures incitatives.

Comment voulez-vous, en effet, que la majorité francophone envisage d’adopter des dispositions plus contraignantes si l’on persiste à lui dérober les raisons probantes pour ce faire? Au Conseil comme à l’Office, le jeu politique continue, hélas, d’avoir préséance sur le devoir de fournir à la population un bilan et un plan d’action adéquats.


Les jeunes et l’anglais

Par Charles Castonguay
, publié le 16 mars 2009.

Il n’y a rien de plus démoralisant pour qui a le français à cœur que de se faire dire que les jeunes sont passés à l’anglais. Une publication récente du Conseil supérieur de la langue française a produit des échos de ce genre. Intitulée « Le français et les jeunes », l’étude de la sociologue Nathalie St-Laurent cherche à repérer les perceptions et attitudes linguistiques des jeunes Québécois âgés de 25 à 34 ans. Les réactions à son étude me paraissent par trop pessimistes, du moins celles que j’ai lues jusqu’ici.

Le chroniqueur Michel David a donné le ton dans Le Devoir du 27 mai dernier. Sous le titre « La langue de demain », il qualifie de déprimant ce que l’étude raconte sur la langue de travail, citant à témoin l’extrait suivant : « peu de jeunes remettent vraiment en question la grande présence de l’anglais dans le milieu du travail québécois, la plupart semblant au contraire l’accepter assez facilement. Pour eux, l’usage de l’anglais est un incontournable dans le milieu du travail. C’est LA langue du commerce, des affaires, la langue internationale, celle qui ouvre toutes les portes. »

Le constat de l’auteure est en fait plus nuancé. Quantité de ses observations vont à l’encontre d’une abdication des jeunes travailleurs en faveur de l’anglais, impression que laisse David.

Par exemple : « Pour les jeunes, certaines situations de communication sont plus cruciales que d’autres. [Elles] doivent se dérouler obligatoirement avec une prédominance du français et revêtent un caractère "sacré ", essentiel [comme] signer un contrat de travail en français [et] communiquer en français avec les ressources humaines […] Pour la majorité d’entre eux […] tout ce qui peut avoir une incidence importante sur leur travail (notes de service, directives ou information internes [etc.]) devrait être préférablement en français […] un français de qualité et non une simple traduction pouvant comporter des imprécisions et entraîner des malentendus […] L’usage de l’anglais dans d’autres situations de communication qu’ils jugent moins fondamentales importe beaucoup moins à leurs yeux. [Celles] dans lesquelles l’investissement identitaire des jeunes travailleurs est plus important ne tolèrent aucun compromis sur la prédominance du français […] L’utilisation de l’anglais au travail est acceptée […] essentiellement pour des raisons d’efficacité, et en particulier […] dans le contexte de la mondialisation : relations avec les clients et les fournisseurs étrangers, relations avec le réseau transnational de l’entreprise, outils de travail et documentation provenant de l’extérieur du Québec, etc. »

David malmène aussi l’étude en ce qui a trait à la langue commune ailleurs qu’au travail : « Pour eux [les jeunes], écrit-il, il ne semble pas évident que le français doive être la langue de convergence. En particulier pour les jeunes de la région de Montréal, cela peut tout aussi bien être l’anglais. » À l’appui de cette généralisation il offre la citation suivante : « Pour nombre de jeunes qui sont parfaitement bilingues ou multilingues, la question de la langue d’accueil et de service n’est pas une source de tension […] ils s’adressent tout simplement en anglais à leur interlocuteur si celui-ci maîtrise mal le français. »

Or, « nombre de » veut simplement dire « plusieurs ». L’extrait retenu ne signifie donc pas que la plupart passent à l’anglais quand la communication en français est boiteuse. En outre, seulement une minorité de jeunes sont de parfaits bilingues.

Quant à la métropole, l’étude affirme : « Pour de nombreux jeunes, ceux de la région de Montréal en particulier, le français et l’anglais constituent les langues par lesquelles la communication entre personnes de groupes linguistiques différents est possible. »

Ici encore, St-Laurent ne soutient pas que pour la plupart des jeunes Montréalais, l’anglais pourrait tout aussi bien que le français servir de langue commune. En fait, elle n’affirme nulle part que pour une majorité de jeunes, « il ne semble pas évident que le français doive être la langue de convergence », comme le laisse entendre David.

Au contraire, l’étude donne plutôt à penser que pour la majorité, le français n’est jamais entièrement facultatif. Par exemple : « La plupart des jeunes […] manifestent une préférence marquée pour le français comme principale langue d’accueil et de service dans les commerces et institutions publiques. Lorsqu’ils sont en situation concrète cependant, ils sont relativement ouverts à ce que l’anglais soit présent. [Ils] sont en effet assez compréhensifs si leur interlocuteur ne maîtrise pas bien le français et acceptent assez facilement de s’adapter à l’autre en optant pour l’anglais si celui-ci manifeste une ouverture à l’égard du français » (c’est nous qui soulignons).

St-Laurent conclut : « Les jeunes sont majoritairement d’accord : l’absence totale du français à la fois dans la langue d’accueil et de service est inacceptable. Et surtout, ils trouvent intolérable le fait qu’on refuse de les servir en français s’ils le demandent, ce qu’ils considèrent comme de la mauvaise volonté de la part de l’autre, comme du mépris à l’égard des francophones. »

David a de toute évidence forcé la note. Il en remet dans sa chronique du 22 novembre. Sous le titre « Les raisins de la colère », il insiste sur « l’apathie de la population face à la situation du français » et rappelle, de façon lapidaire, ce qu’il a vu dans l’étude du CSLF : « Pour la jeune génération […] il n’est pas évident que le français doive être la langue de convergence. » De quoi convaincre Mme Marois d’éviter de parler du français durant le débat des chefs qui a eu lieu trois jours plus tard.

Le spin démobilisateur que David imprime à l’étude de St-Laurent conduit Christian Dufour, dans son récent livre, Les Québécois et l’anglais, à commenter la même publication sur un ton également pessimiste : « Globalement [il s’en dégage] un portrait clairement inquiétant de la situation [qui] confirme d’autres informations circulant sur le même sujet […] si le mouton canadien-français semble de retour, la situation apparaît tout particulièrement inquiétante chez certains membres de la jeune génération […] s’il n’est jamais agréable de critiquer la jeunesse, osons dire qu’une partie de cette gentillesse, ouverture et tolérance exceptionnelles dont on la félicite souvent, n’est que la dernière version d’une abdication identitaire n’augurant rien de bon pour l’avenir. »

À son tour, dans Le Devoir du 9 novembre Louis Cornellier retient ceci du livre de Dufour : « Selon une récente étude du Conseil supérieur de la langue française, les jeunes francophones québécois […] ont tendance, par souci de bonne entente, à opter pour l’anglais comme langue de travail et de conversation dès qu’ils entendent un accent autre que typiquement québécois. »

Avant de formuler des simplifications trop sommaires, mieux vaudrait se pénétrer aussi du fait qu’il s’agit seulement d’une étude de nature exploratoire, menée au moyen de groupes de discussion formés de jeunes qui n’ont pas été choisis au hasard.

Étude, donc, qui est peut-être susceptible de nous renseigner sur les perceptions et attitudes linguistiques dans toute leur diversité, mais à partir de laquelle il est périlleux de porter un jugement global sur « la jeune génération » à la manière de David.

L’auteure multiplie elle-même les affirmations portant sur « les jeunes » sans rappeler qu’il s’agit de « ses » jeunes, c’est-à-dire d’un échantillon qu’elle et ses collaboratrices ont pu recruter on ne sait trop comment. Par conséquent, sur le plan statistique ils ne représentent qu’eux-mêmes, pour ainsi dire, et non pas l’ensemble des Québécois âgés de 25 à 34 ans.

Il ne suffit pas que l’auteure signale une fois ces limites dans sa section méthodologie, fût-ce en gras : « cette méthode d’enquête ne nous permet pas d’extrapoler les résultats obtenus à l’ensemble de la population des jeunes Québécois de ce groupe d’âge ».

Semblable mise en garde aurait dû figurer dans l’introduction comme dans la conclusion, de même que dans le communiqué annonçant la parution de l’étude, avec un rappel explicite du type « Étude exploratoire » dès la page couverture.

Notons encore que ce mode d’investigation prête flanc à des effets de groupe. En l’occurrence, chaque groupe de discussion qui comprenait des francophones en comptait au plus cinq ou six mais, aussi, au moins un anglophone et au moins un allophone qui parlaient bien le français. Ce qui a vraisemblablement eu pour effet de susciter de la part des francophones des opinions plus accommodantes qu’autrement. 

L’Institut du Nouveau Monde tiendra un forum les 3 et 4 avril prochains sur la situation du français. L’une des séances portera sur « Les Québécois et leur rapport à l’anglais ». Souhaitons que les intervenants aient fait au préalable une lecture attentive de l’étude de St-Laurent. Et gare aux généralisations sur « les jeunes » qui ne sont pas fondées sur un solide échantillon aléatoire!


Avenir du français

Par Charles Castonguay, publié le 14 avril 2009.

Le recensement du Canada n’a d’abord tenu compte que de l’origine ethnique et de la langue maternelle de la population. Cela suffisait pour suivre l’assimilation des grandes vagues d’immigrants du début du XXe siècle, d’origine autre que britannique et française. Après le recensement de 1941, W. Burton Hurd, OBE, spécialiste de la question au Bureau fédéral de la statistique, peut ainsi constater que grâce à l’arrêt de l’immigration pendant la crise des années 1930 et à la scolarisation dans les écoles canadiennes des générations nées au pays, « l’assimilation […] a progressé avec une rapidité extraordinaire […] les ingrédients de notre creuset racial [racial melting pot] fusionnent beaucoup plus rapidement que ne le donnait à attendre l’étude des données de 1921 ou de 1931 » (c’est nous qui traduisons).

Les recensements suivants indiquent que l’assimilation des Canadiens d’origine française s’accentue également. La Commission Laurendeau-Dunton en parle avec le même naturel. Le recensement de 1961 lui donne à voir un Canada à 44 % britannique, 30 % français et 26 % d’autres origines, mais à 58 % anglophone, 28 % francophone et 14 % allophone selon la langue maternelle. La Commission observe aussi que la résistance des Canadiens français à l’anglicisation varie selon leur poids démographique. Seuls ceux du Québec, fortement majoritaires, paraissaient à l’abri.

Les commissaires auraient bien voulu pouvoir vérifier la vitalité des langues de façon plus actuelle. Ils ont proposé à cette fin qu’on note en outre la langue que chaque Canadien parle le plus souvent à la maison. La langue d’usage au foyer est donc recueillie à partir du recensement de 1971. Ce qui m’a permis dès mes premières recherches d’ajouter que l’anglicisation rognait aussi la majorité francophone dans les régions du Québec où son poids était inférieur à 90 %.

Mes observations n’ont pas plu au camp fédéraliste. On y voyait un argument en faveur de l’indépendance. En 1983, le démographe Jacques Henripin me traite dans La Presse de docteur Knock, personnage de théâtre qui multiplie à son profit les diagnostics alarmants. Au même moment, William Johnson, chroniqueur au Globe and Mail, qualifie mes travaux de « highly biased political tracts masquerading as scholarly analyses » (pamphlets partisans déguisés en analyses savantes).

On use ainsi volontiers de propos diffamatoires pour contrôler l’information sur la langue. Au lieu de la faiblesse du français en matière d’assimilation, les fédéralistes ont imposé l’« exode » des Anglo-Québécois comme facteur décisif dans l’évolution de la situation linguistique, culpabilisant au passage la majorité francophone de pousser les anglophones à la porte avec sa loi 101. Ils ont ensuite monté en épingle la réaction de Jacques Parizeau au référendum de 1995 pour chauffer à blanc la rectitude politique et l’autocensure. La crainte de parler d’assimilation a triomphé. D’abord au Conseil de la langue française. Puis à la Commission Larose. Et encore, à la Commission Bouchard-Taylor.

On n’en est toujours pas revenu. Dans L’Action nationale de novembre-décembre 2008, Henri Laberge le martèle en long et en large : « Le respect des minorités […] implique que l’État n’a rien à voir dans la chambre à coucher des gens […] pour surveiller quelle langue on y parle. Le respect des minorités, c’est de cesser de les présenter comme une menace à la majorité. C’est cesser de les culpabiliser d’être là […] C’est surtout refuser d’attribuer comme objectif à la politique linguistique […] de modifier ou de maintenir artificiellement un quelconque équilibre démographique arbitrairement défini comme idéal. »

Basta! En toute objectivité, la langue de la minorité anglophone menace celle de la majorité. Pourrait-on alors cesser, aussi, de culpabiliser la majorité de vouloir conserver au français l’avantage du nombre dans sa compétition avec l’anglais sur le plan de l’assimilation?

Le dernier recensement nous rappelle que pour l’essentiel, la dynamique à cet égard n’a pas changé. Dans la région de Montréal, à 66 % francophone et 12 % anglophone (langue maternelle), l’assimilation se solde en 2006 par 177 613 locuteurs additionnels de l’anglais comme langue d’usage à la maison, comparativement à 123 648 pour le français. Dans la région de Gatineau, à 79 % francophone et 13 % anglophone, elle produit 6 640 locuteurs usuels supplémentaires de l’anglais au foyer contre 2 145 pour le français.

Le français ne domine que dans le reste du Québec, à 94 % francophone et 3 % anglophone, avec 42 515 locuteurs additionnels comparativement à un déficit de 3 532 pour l’anglais. Comme en 1971, donc, le français ne l’emporte que là où les francophones jouissent d’une majorité écrasante.

Pour assurer l’avenir du français, il n’est cependant pas nécessaire de soutenir le poids des francophones à tout prix. Par exemple, en réduisant l’immigration à zéro. Au fond, sélectionner des immigrants francisés d’avance, à l’étranger, ne règle rien non plus : rendus ici, ils se heurtent à l’obligation de connaître l’anglais pour trouver un emploi.

Non, la solution n’est pas démographique. On n’y coupera pas : il faut vaincre la peur du qu’en-dira-t-on et relever le statut du français pour qu’il prenne la place qui lui revient comme langue d’assimilation. En tout premier lieu, en francisant fermement la langue de travail.

Cela fonctionne à merveille pour l’anglais. Nul besoin de constituer 80 ou 90 % de la population. Comme le modèle américain, le melting pot canadien carbure au statut social et économique de la langue dominante. Au recensement de 1991, avant qu’Ottawa ne sabote l’information sur l’origine ethnique, cela donnait un Canada à 38 % britannique, 27 % français et 35 % d’autres origines, mais à 68 % anglophone, 23 % francophone et 8 % allophone selon la langue d’usage. Et depuis 1991, les immigrants affluent toujours, sans que personne ne s’en inquiète. Le pouvoir d’assimilation de l’anglais assure son avenir.

Les bras me tombent, par conséquent, en lisant la dernière étude du démographe Marc Termote, intitulée Nouvelles perspectives démolinguistiques du Québec 2001-2051 (OQLF, 2008). Non parce qu’il prévoit que le poids des francophones diminuera, ce qui paraît inéluctable. Mais parce qu’il conclut en même temps que l’assimilation « n’exerce qu’un effet marginal sur l’évolution démolinguistique d’une société » et que « ce n’est pas en agissant sur le volet "mobilité linguistique" [c’est-à-dire sur l’assimilation] que l’on pourra assurer la pérennité du français au Québec ».

Ça démobilise bien raide. Faut-il se résigner à s’effacer tout bêtement, à petit feu, pendant que l’assimilation assure la pérennité de l’anglais au Canada?

Voyons toutefois comment il en arrive là. Termote avoue que son hypothèse prévisionnelle de base en matière d’assimilation est « fortement biaisée en faveur du français ». Il suppose, par exemple, que l’assimilation des nouveaux arrivants allophones se soldera par 5 francisés pour 1 anglicisé. C’est rêver en couleurs! À ce compte, pas surprenant qu’il trouve que l’assimilation n’exerce qu’un effet marginal sur le poids des francophones.

Quant aux allophones nés au Québec, Termote suppose que leur assimilation se soldera par 2 francisés pour 1 anglicisé. Par comparaison, cela représente un ratio plus favorable à l’anglais que celui qu’il prévoit pour les immigrés. Mais il suppose en outre que seulement 27 % d’entre eux s’assimileront au cours de leur vie, ce qui n’a aucun sens : les allophones nés au Québec s’assimilent à 85 %.

En somme, donc, l’hypothèse de référence de Termote fausse l’assimilation en faveur du français aussi bien qu’au détriment de l’anglais. Il reconnaît que, par conséquent, ses résultats tendent « à surestimer l’effectif et le poids démographique du groupe francophone ». Autrement dit, le déclin qu’il annonce serait plus inquiétant encore pour la majorité s’il attribuait au français et à l’anglais un pouvoir d’assimilation vraisemblable.

L’ancienne présidente de l’Office québécois de la langue française, Mme Nicole René, a déjà traité le professeur Termote de « dépressif ». Quelle épithète de derrière les fagots la présidente actuelle de l’OQLF, « Mam » Boucher, lui réservait-elle s’il n’avait pas faussé ses prévisions en faveur du français? Termote se félicite d’avoir évité, de la sorte, de se faire accuser de noircir la situation du français. Regrettable autocensure. La menace de l’opprobre a semé jusque dans le sanctuaire scientifique la crainte de traiter d’assimilation sans biaiser.

Dans sa préface à l’étude de Termote, Jacques Maurais, alors directeur de la recherche à l’OQLF, nous mène en bateau : « les décideurs veulent […] connaître les scénarios les plus plausibles de l’évolution de la situation présente. Cette étude décrit donc un certain nombre de scénarios élaborés à partir d’hypothèses plausibles sur la mortalité, la fécondité, la migration interne, l’immigration internationale et la mobilité linguistique [c’est-à-dire l’assimilation]. »

Non, monsieur. Cette étude embellit la situation du français vis-à-vis de l’anglais. Point


La dégringolade du français en 2006

Par Charles Castonguay, publié le 11 mai 2009.

Devenu davantage une entreprise qui vend des données qu’un service public, Statistique Canada cultive la confiance du consommateur dans ses produits. Peu de gens sont conscients que ses données de recensement ne sont pas solides comme du roc.

Un jour, j’expliquais à mon ami Michel Paillé, alors démographe à l’Office québécois de la langue française, comment des changements apportés au questionnaire avaient modifié l’ampleur et l’orientation de l’assimilation linguistique au recensement de 1991 et, encore, à celui de 2001.

« Ne leur dis pas ça ! m’a-t-il enjoint. Ils ne croiront plus nos chiffres ! » La réaction de son directeur à l’OQLF, M. Pierre Bouchard, fut tout aussi édifiante : « C’est compliqué », a-t-il trouvé à dire.

Aussi vaut-il mieux soi-même se forcer un peu les méninges si l’on veut distinguer la part du réel et de l’artificiel dans le mouvement des données d’un recensement à l’autre.

Le sous-dénombrement, c’est-à-dire l’estimation du nombre de personnes qui n’ont pas été énumérées à l’occasion d’un recensement, peut, aussi bien qu’une modification du questionnaire, influer de manière importante sur la tendance des chiffres.

Paillé n’ayant pas su ou voulu faire le travail, il a fallu que j’établisse pour l’Office comment la baisse inattendue du poids des allophones à Montréal en 2001 de même que la hausse, tout aussi inattendue, du poids des francophones s’expliquaient par le nombre exceptionnellement élevé d’allophones que ce recensement n’avait pas énumérés.

Très simple, au fond, la méthode de rectification des données se trouve dans mon étude intitulée « Incidence du sous-dénombrement et des changements apportés au questionnaire de recensement sur l’évolution de la composition linguistique de la population du Québec entre 1991 et 2001 », publiée par l’OQLF en 2005.

À l’aide de données administratives et d’enquête, Statistique Canada estime en effet après chaque recensement quelle partie de la population n’a pas été recensée. Ottawa corrige ensuite les données initiales en fonction de cette estimation, du moins en ce qui concerne la population de chaque province, pour déterminer ses paiements de péréquation. Ce n’est que bon sens. Au même titre que les gens recensés, les non-recensés font eux aussi appel aux services des gouvernements provinciaux.

Il convient, en somme, de considérer les premiers chiffres de population suivant un recensement comme provisoires. Ma dernière recommandation à l’OQLF, avant d’être remercié comme membre de son comité de suivi, fut de ne pas tenter, dans le bilan de la situation que préparaient « Mam » Boucher et Pierre Bouchard, d’analyser à chaud les premières données de 2006 que Statistique Canada avait commencé à diffuser.

Peine encore perdue. Boucher et Bouchard y ont foncé tête baissée. Comme de raison, ils se sont gourés.

Pourtant, les premiers résultats de 2006 invitaient manifestement à la prudence. Ils font voir une reprise de la croissance de la population totale du Québec au lieu du ralentissement attendu. Le bilan Boucher-Bouchard rapporte par conséquent pour celle de langue maternelle française un taux de croissance de 1,1 % durant la période 1996-2001 mais de 2,0 % pour 2001-2006. Comme c’est rassurant !

Balivernes. Connues depuis l’automne dernier, les estimations du sous-dénombrement, qui distinguent la langue maternelle des personnes non énumérées, indiquent que le recensement n’a manqué que quelque 12 000 francophones au Québec en 2006, comparativement à 86 000 en 2001.

Les données initiales de Statistique Canada véhiculées dans le bilan Boucher-Bouchard ont beau faire croire, donc, à une augmentation de 115 000 francophones pour 2001-2006, la majeure partie de cette augmentation, soit environ 74 000 personnes, provient simplement d’une énumération plus complète de la population francophone en 2006.

Ce qui veut dire que l’augmentation réelle serait plutôt de l’ordre de 41 000. Pour une population de près de six millions de francophones, cela fait une croissance de seulement 0,7 %. Comme prévu, on s’approche d’une croissance nulle.

Pas vraiment quelque chose sur quoi le gouvernement Charest voudrait attirer notre attention. Mais il fallait bien que le chat finisse par sortir du sac.

Telles quelles, les données initiales de 2006 ont néanmoins suscité de l’émotion. Partout le poids de la majorité de langue maternelle française glissait sous des seuils psychologiques : à 79,6 %, il passait en dessous de 80 % de la population du Québec; à 65,7 %, il passait sous les deux tiers dans la région métropolitaine de Montréal et à 49,8 %, tout juste sous le seuil de 50 % dans l’île.

Tenez bien vos tuques ! Une fois les données ajustées pour tenir compte du sous-dénombrement, le poids des francophones plonge à 79,1 % dans l’ensemble du Québec, à 65,0 % dans la région de Montréal et à 49,0 % dans l’île.

« Ça va bien cependant du point de vue de la langue d’usage », serineront nos amis fédéralistes. Détrompez-vous. Le tableau ci-joint présente la croissance comparée des populations de langue d’usage française et anglaise corrigée en fonction du sous-dénombrement, à la façon de mon étude de 2005. 

Partout, la population de langue d’usage anglaise augmente beaucoup plus rapidement que celle de langue française. Si bien qu’entre 2001 et 2006, le poids de la minorité de langue d’usage anglaise a progressé de 0,3 point au Québec, de 0,4 dans la région de Montréal et de 0,5 dans l’île alors que le poids de la majorité de langue française y a reculé respectivement de 1,3, de 1,9 et de 2,3 points. Est-ce assez clair à qui profite l’attentisme lamentable de nos leaders politiques ?

Dans notre chronique précédente, nous avons vu comment, pour arriver à ses prévisions linguistiques publiées par l’OQLF, le démographe Marc Termote a faussé l’assimilation en faveur du français et au détriment de l’anglais.

Ce n’est pas surprenant, donc, que même selon les données initiales de 2006, le recul du poids des francophones (langue d’usage) est un peu plus marqué que celui que Termote avait prévu. Ni que les mêmes données font voir une hausse du poids des anglophones tandis que Termote avait prévu une baisse.

Évidemment, ses prévisions sont encore plus ratées au regard des données ajustées en fonction du sous-dénombrement. En particulier, Termote a sous-estimé le poids de l’anglais en 2006 de 0,4 point de pourcentage au Québec, de 1,0 point dans la région de Montréal et de 1,3 point dans l’île. À ce compte, que valent ses prévisions pour 2026?

Les faibles pertes migratoires de la population anglophone du Québec au profit du reste du Canada durant la période 2001-2006 n’expliquent pas cet écart. Car au moment de réaliser son étude, Termote disposait des estimations annuelles de la migration interprovinciale pour 2001 à 2005, et les avait intégrées dans ses prévisions pour 2006.

Son erreur serait plutôt liée, entre autres, à sa sous-estimation de la supériorité de l’anglais sur le français comme langue d’assimilation.
Au grand dam des Henripin, Jedwab et Veltman de ce monde, l’évaporation de l’« exode » anglophone a en fait révélé au grand jour l’impact de la supériorité persistante de l’anglais sur le français en matière d’assimilation.

Plus nombreux par le passé, les départs anglophones masquaient cette réalité et, par défaut, le français gagnait du poids vis-à-vis de l’anglais. Le recul radical du français face à l’anglais en 2006 met en évidence la nécessité de soustraire la prédominance du français de sa dépendance envers le solde migratoire interprovinciale.

Nous revoilà dans le vif du sujet. Devant le flot de nouveaux arrivants allophones, la baisse du poids des francophones est inévitable. Le problème n’est pas là. Le problème, c’est que le statut actuel du français ne lui confère pas un pouvoir d’assimilation proportionné à son importance démographique par rapport à l’anglais.

La dégringolade 2001-2006 l’a confirmé on ne peut plus clairement. En raison du déséquilibre dans l’assimilation des allophones, le français voit maintenant fondre son avantage numérique sur l’anglais, notamment dans la région et l’île de Montréal.

Rien pour aider le français à attirer, demain, sa quote-part d’allophones. Ce qui inquiète en effet dans cette optique, ce n’est pas que le français passe sous un seuil donné mais que l’anglais gagne en même temps en importance.

Pas la peine d’attendre un autre bilan bâclé de l’OQLF. Ni d’énièmes prévisions démographiques. Il faut agir.



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