Auteur
du livre Le vrai visage de Pierre Elliott Trudeau (Les
intouchables, 2006)
Il y a 20 ans, le premier ministre du Canada,
Brian Mulroney, a tenté de réparer l'isolement imposé au Québec
par Pierre Elliott Trudeau en 1982. Mulroney avait d'abord obtenu, en
1987, la signature des premiers ministres de toutes les provinces à
l'Accord du lac Meech qui reconnaissait le caractère distinct du
Québec et acceptait les cinq conditions minimales exigées par le
gouvernement québécois. Cet accord devait ensuite être ratifié
par toutes les législatures provinciales avant le 24 juin 1990.
Mais Trudeau est sorti de sa retraite pour
s'opposer avec virulence à cette entente : « Hélas! on
avait tout prévu sauf une chose : qu'un jour le gouvernement
canadien pourrait tomber entre les mains d'un pleutre. C'est
maintenant chose faite […] Dans la dynamique du pouvoir, cela
voudrait dire qu'il sera éventuellement gouverné par des eunuques.
» (La Presse, 27 mai 1987)
Puis
le 27 août 1987, Trudeau a comparu
devant le comité mixte du Sénat et des Communes le même jour que
son ancien ministre, Eric Kierans : « Il s’est lancé dans une
attaque méprisante contre l’Accord du lac Meech en se fondant sur
son obsession selon laquelle toute diminution des pouvoirs du
gouvernement fédéral entraînerait le chaos, la balkanisation et
des accès de nationalisme. » (Eric
Kierans et Walter Stewart, Remembering,
2001, p. 237)
Sept mois plus tard, il est revenu à la
charge : « Le 30 mars 1988, Pierre Elliott Trudeau s'adresse au
Sénat [canadien] pendant six heures – exclusivement en anglais –
pour demander que l'Accord du lac Meech soit mis à la poubelle.
L'homme qui a imposé la Loi sur les mesures de guerre au Québec et
fait emprisonner quelque 500 personnes sans mandat durant la Crise
d'octobre 1970 dit craindre que les libertés civiles soient menacées
dans un Québec distinct. » (Norman Lester, Le livre
noir du Canada anglais 2, 2002, p. 105)
Trudeau
va même jusqu'à dire alors, devant le Sénat canadien : « Nous
avons des exemples dans l'histoire où un gouvernement devient
totalitaire parce qu'il agit en fonction d'une race et envoie les
autres dans les camps de concentration. » (La Presse,
31 mars 1988)
Selon Trudeau, « le Canada s'en portera
mieux si le monstre du Lac Meech retournait se noyer au fond d'un lac
d'où n'aurait jamais dû surgir sa tête hideuse. » (La Presse,
10 mars 1989)
Pierre Godin a retracé la source de l'obsession
de Trudeau : « Au Sénat, notre dinosaure national a agité une fois
de plus le cauchemar duplessiste qui l'habite depuis le berceau et
qui l'amène, même trente ans après la mort du tyran
[sic], à
continuer de caricaturer le milieu politique québécois, ravalé au
rang de cimetière des libertés civiles le jour où l'entente du lac
Meech le consacrerait comme société distincte. » (Le
Devoir, 7 avril 1988)
En juin 1990, deux législatures provinciales
refusent de ratifier l'accord : le Manitoba et Terre-Neuve, dont le
premier ministre, Clyde Wells, est un fidèle de Trudeau. Ce dernier
a finalement réussi à maintenir l'isolement du Québec : « En
1990, l'intervention passionnée de Pierre Trudeau dans les médias
et au Sénat avait joué un rôle clé dans le renversement d'opinion
qui allait empêcher l'adoption finale de l'accord constitutionnel de
1987, dit accord du lac Meech. » (L'actualité,
Supplément, 1er
octobre 1992, p. I)
À
la suite du rejet de l'Accord du lac Meech, le premier ministre du
Québec, Robert Bourassa, a fait la déclaration suivante à
l'Assemblée nationale le 23 juin 1990 :
«
Le Canada anglais doit comprendre de façon très claire que, quoi
qu'on dise et quoi qu'on fasse, le Québec est, aujourd'hui et pour
toujours, une société distincte, libre et capable d'assumer son
destin et son développement. »