Le 1er juillet approche à grands pas et, au Québec, cette date est synonyme de déménagement pour plusieurs familles. Mais, depuis quelques années, elle est également synonyme de casse-tête, voire même de cauchemar. Le Québec vit une crise du logement, et ce depuis plusieurs années.

Selon l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), il manquerait 100 000 logements au Québec. Il est généralement admis que le point d’équilibre entre l’offre et la demande se situe à 3 % de logements libres. Or, ce pourcentage était de 1,7 % en 2022. Dans plusieurs régions, il était sous la barre du 1 %. Par exemple, aux centres-villes de Gaspé et de Roberval, il était même à 0 %. En ce qui concerne les grands centres, Montréal et Québec, il était respectivement à 2 % et 1,5 %.

Le fait que le gouvernement Legault ait nié l’existence même d’une crise du logement, pendant toute la durée de son premier mandat, n’a pas aidé à résoudre ce problème. C’est malheureusement devenu la façon de faire de notre « bon gouvernement » : quand on ne veut pas régler un problème, c’est simple, on nie son existence.

Les causes

Les baisses de mises en chantier sont également un facteur expliquant le manque chronique de logements, toujours selon l’APCHQ. Entre 2021 et 2022, il y aurait eu une baisse de 14 % des mises en chantiers et on prévoit que la baisse s’élèvera à 32 % pour 2023.

La hausse des taux d’intérêt y est pour beaucoup dans cette baisse de la construction de logements. Plusieurs acheteurs d’une première maison retardent, voire annulent, leurs projets. Conséquemment, ils ne quittent pas leur logement locatif. Le même phénomène existe chez les promoteurs d’édifices à logements. Ils retardent ou mettent sur pause leurs projets, parce que les coûts des hypothèques les rendent trop onéreux.

Il ne faut pas oublier non plus le phénomène des locations à court terme des Airbnb de ce monde. Ces locations excluent malheureusement du marché locatif régulier beaucoup de logements que des familles pourraient occuper. Les rénovictions participent également, dans une moindre mesure, à la réduction du nombre de logements disponibles sur le marché.

Le Regroupement des comités de logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ) estime, après avoir analysé les différents tableaux de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), que pour la catégorie « tous logements » la hausse du coût des loyer s’est élevé à 20 % dans des villes comme Rawdon, Cowansville et Gatineau et entre 10 % et 18 % dans plusieurs autres villes comme Longueuil, Shawinigan, Sherbrooke, Saint-Jean-sur-Richelieu, Granby et Baie-Comeau et dans certains quartiers de Montréal. En résumé, toutes les régions du Québec sont touchées par des hausses vertigineuses des loyers.

Encore une fois – vous l’aurez deviné – ce sont les familles à faibles revenus qui font les frais de cette pénurie de logements. La hausse démesurée des loyers et la baisse des mises en chantier rendent de plus en plus difficile pour ces familles l’accès à un logement convenable.

Les logements sociaux

La baisse des mises en chantier constatée par la l’APCHQ n’épargne pas la construction de logements sociaux. Il y aurait actuellement sur la liste d’attente d’un logement social 37 149 ménages. Et cette liste est loin d’être parfaite, parce que les demandes de la ville de Montréal ne sont pas mises à jour, étant trop nombreuses.
Depuis 2018, année de l’arrivée au pouvoir de la CAQ, le gouvernement Legault a injecté 907 millions $ de plus pour faire débloquer 9 036 unités d’Accès-Logis, un organisme sous-financé. 5 457 auraient été construites, 3 579 seraient en construction. Et 6 652 de 15 000 autres unités sous-financées seraient toujours en attente.

Ce sous-financement est l’héritage des gouvernements Charest et Couillard qui, à partir de 2009, ont cessé de tenir compte de l’inflation dans les subventions accordées à Accès-Logis. Cela a eu pour effet de faire passer la part du coût de construction des logements sociaux assumée par Accès-Logis de 50 % à 32 %. La part de la ville étant restée à 15 %, celle de l’hypothèque est passée de 35 % à 53 %, ce qui rend le coût de construction trop onéreux pour prétendre offrir des logements sociaux. Même avec l’ajout des 907 millions de la CAQ pour débloquer la construction de 9 036 unités, nous sommes loin du compte avec une liste de 37 149 ménages en attente d’un logement social. 

Il faut également ajouter à l’équation le nécessaire accueil des familles immigrantes. Les familles des immigrants économiques, celles dont des tragédies les forcent à quitter leur pays d’origine et, de plus en plus, celles des immigrants « climatiques » qui doivent quitter une terre devenue inhabitable, sans oublier l’immigration temporaire en forte croissance. Toutes ces personnes, toutes ces familles ont besoin de logements convenables dès leur arrivée.

La nécessité d’un chef d’orchestre

Nous sommes devant une situation qui nécessite que nos gouvernements jouent un rôle de premier plan. À mon avis, le gouvernement du Québec doit tenir le rôle de chef d’orchestre afin d’arrimer les efforts de tous les paliers de gouvernement. Notre gouvernement doit avoir une vision d’avenir claire sur ce que nous devons faire maintenant et dans le futur pour que les familles du Québec aient accès à un logement convenable.

Une stratégie du logement québécois doit être élaborée en concertation avec les acteurs du milieu. Cette stratégie doit avoir pour objectif la construction de logements qui, en plus de loger convenablement les familles qui y résident, puisse leur assurer une qualité de vie. Par exemple, les logements en milieu urbain pourraient avoir comme caractéristique d’être situés à moins de 15 minutes de marche, de vélo ou de transport en commun des commerces essentiels, des écoles, des installations sportives publiques et d’espaces verts.

Le Québec n’étant pas seul au monde, nous pourrions nous inspirer de ce qui est fait ailleurs en matière d’aménagement urbain. Nous avons besoin d’un plan cohérent bâti avec les acteurs du milieu, adéquatement financé, ayant pour objectif que chaque ménage québécois puisse se loger adéquatement dans la mesure de ses moyens financiers, en bénéficiant d’une bonne qualité de vie, de la sécurité, le tout avec un souci d’éco-efficacité.

Pour ce faire, nous avons besoin d’un « gouvernement qui gouverne », ayant en tête l’avenir de sa nation et du monde en général, et non d’un gouvernement qui administre à la pièce en injectant des millions ici et là sans réelle vision de l’avenir. En attendant, le 1er juillet arrive à grands pas et plusieurs familles vivront à nouveau le cauchemar de ne pas savoir où se loger ou d’avoir à se demander où encore couper dans le budget familial pour assumer une autre hausse de loyer.

L’auteur est syndicaliste