Le mercredi 11 décembre dernier se tenait au Centre Saint-Pierre à Montréal un débat important sur la monnaie dans un Québec souverain. Ce débat mettait en vedette Richard Carrier, Sylvie Morel, Pierre Beaulne et Pierre Fortin; le premier économètre et les trois autres économistes présentant une longue feuille de route.
La présentation de M. Carrier partait du postulat qu'un Québec Indépendant se devait d'assumer tous les pouvoirs que tous les pays indépendants du monde assument. Cela implique une monnaie et une banque centrale. M. Carrier s'est appuyé sur l'exemple de la Grande-Bretagne lorsqu'elle a quitté l'Union européenne. Son approche constitue un pas en avant par rapport aux projets de René Lévesque en 1980 et de Jacques Parizeau en 1995. Le premier parlait de souveraineté-association et le deuxième de négociations d'un partenariat avec le Canada suivant la déclaration de souveraineté. Signe des temps, sur cette prémisse de départ, les quatre panélistes étaient d'accord.
À partir de là, la discussion a plutôt porté sur une monnaie flottante ou non, arrimée ou non à une autre monnaie ou encore à un panier de monnaies. Sur cette question, le vénérable Pierre Fortin a un peu clos la discussion en affirmant très clairement qu'à partir du moment où nous avons notre propre banque centrale, cette dernière établit sa politique en fonction de l’objectif visé (taux de chômage et niveau d'inflation).
D'un ton n’appelant pas à la réplique, il a affirmé qu'il faut cesser d'être obsédé par la balance commerciale, ce qui n'a aucun rapport. C'est ainsi que, progressivement, la discussion a glissé vers la question de l'indépendance de la banque centrale.
Là-dessus, c’est Sylvie Morel qui s'est faite la plus critique vis-à-vis de cette indépendance. Elle a rappelé qu'il ne s'agit pas d'un phénomène de droit divin (l'expression est de moi) la preuve en étant qu'il n'en a pas toujours été ainsi. L'indépendance des banques centrales est apparue avec le néolibéralisme à la fin des années 70 et est loin d'être sans effets néfastes. Elle a cité entre autres la financiarisation de l'économie. Au contraire d'un fonctionnement économique déconnecté du reste des phénomènes sociaux, elle a plaidé pour une banque centrale en phase avec les politiques budgétaires au service, entre autres, d'une vraie transition écologique.
Ce débat s'inscrit dans une série s'intitulant « Penser le Québec Indépendant ». Elle est organisée conjointement par l’Action nationale et le Mouvement Québec Indépendant et a débuté en octobre.
Le débat public est toujours précédé par la publication d'un texte substantiel dans la revue l’Action nationale. Dans ce débat-ci, le texte était signé Richard Carrier et celui du débat du mois de novembre l’était par Daniel Turp.
Cette collaboration imaginée par Denis Monière connaît un grand succès si on en juge par la composition des auditoires qui assistent aux débats. C’est une série de débats qui risque de faire date. On y voit beaucoup de nouvelles figures autant en avant que dans la salle.
On note par exemple de plus en plus de péquistes. Lors du débat de décembre, un péquiste présent a posé une question au nom d’une personne qu'il a présentée comme un responsable du PQ en matière d'économie. De plus, sur le site Facebook du MQI, Gabriel Coulombe, qui se présente lui-même comme co-porte-parole du PQ en matière d'économie, a laissé un message très positif. Tout cela est bon signe parce que l’indépendance ne se fera qu'en mettant à contribution l'ensemble des indépendantistes. Il faut ouvrir les portes et les fenêtres! Je termine en soulignant que les débats sont toujours accessibles en direct sur le site Facebook du MQI et en différé sur You Tube (MQI-Mouvement Québec Indépendant).

