Un film bicéphale germano-canadien, avec trois réalisateurs (le Canadien Guy Maddin et deux Américains, le scénariste Evan Johnson et son frère Galen), sept acteurs principaux que vous découvrirez à ma lecture et pas moins de quarante-neuf (!) coproducteurs exécutifs peut-il être recommandable? Eh bien oui, si votre estomac peut digérer un mélange de :
- Bourgeoisie en totale déliquescence, festin pour les contestataires bien informés;
- Scénario sombre et inquiétant de zombies dans la brume, sous les musiques de Sibelius et de L’île des Morts de Rachmaninov – à voir au cinéma, car à la télévision, un après-midi, ces scènes resteront à peu près invisibles, avec les reflets du jour;
- Passages croustillants (le titre en anglais n’est pas « rumeurs », mais « rumours ») où vous verrez les fesses musclées de Roy Dupuis au sortir d’une baise avec l’éternelle éminemment séduisante Cate Blanchett, la moins caricaturale de tous ces comédiens, puisqu’elle est l’hôtesse à Dankerode en Saxe en évoquant l’équilibrée Angela Merkel;
- Satire politique impitoyable à la cible parfaite, que les réalisateurs remercient au début du film pour son inépuisable provision de déclarations creuses, c’est-à-dire le G7 dont les spectateurs plus politisés savent qu’il n’a été créé, tel le sommet de Davos, que pour court-circuiter l’ONU avec ses exigences inacceptables par nos gouvernants, en regroupant arbitrairement les sept plus riches « soi-disant démocraties » du globe en des sommets miroirs du « gros bon sens » à la Poilièvre, notre leader conservateur, de plus en plus déconnectés du monde ordinaire et insensibles aux crises humanitaires génocidaires.
Un scénario politique fertile
Les sept ineptes marionnettes du pouvoir mondial s’attellent à la recherche de l’usuel « texte provisoire marquant », voulant brillamment verbaliser (mais surtout ne pas régler!) la crise mondiale, les futures pandémies, les guerres et le dérèglement climatique dont « ils sont responsables » (à la presse internationale réunie au Festival de Cannes, qui ne voulut pas la croire, l’artiste Cate Blanchett l’affirma haut et fort, en incitant le monde et les femmes, surtout, à voter, comme c’est obligatoire dans son pays, l’Australie).
En fait, les pays impérialistes (cela inclut la Russie) ne veulent-ils pas préserver leur autorité raciste occidentale blanche, dont le Japon est complice depuis sa triple alliance criminelle nazie lors de la Seconde Guerre mondiale? Sans compter l’Angleterre colonialiste, représentée dans le film par Nikki Amuka-Bird, une traîtresse des Blacks Blocs (je ne parle pas des respectables Black Lives Matter!), rien n’étant plus proche du pouvoir d’extrême droite que l’extrême gauche violente...
Une satire
aux nombreuses cibles
Pour aimer le film et en rire, soyez constamment à l’affût des nombreuses allusions qui dévoilent ça et là des vérités nationales, telles :
- La sympathique couardise italienne dont l’insignifiant représentant d’extrême-droite (Rolando Ravello, suave) déclare ne savoir nager qu’à reculons et tente continuellement, avec le représentant japonais (Takehiro Hira), de flatter le vieux président américain (Charles Dance, illustre pour avoir joué trois rôles de Dracula) qui s’endort épisodiquement (les auteurs du scénario comptaient sur la survie présidentielle de Biden) en déclarant, complètement désabusé : « Nothing seems to matter anymore »;
- L’amour de la chère et du bon vin chez le Français (Denis Ménochet – excellent aussi dans le film Chien blanc, d’Anaïs Barbeau-Lavalette – qui, à la conférence de Cannes, a dit s’être inspiré pour son rôle de François Hollande). Le président français semble en outre allumé par une petite fille vulnérable isolée dans le château, que l’intelligence artificielle antipédophile fait miroiter.
Est-ce lui, détenteur de bombes nucléaires, qui déclare cyniquement qu’« il vaut mieux brûler promptement que mourir à petit feu » ou qui prononce, nostalgique du premier G-6 (sans le Canada) de Rambouillet en 1975 : « J’ai tendance à m’enfermer dans ma rhétorique »? À moins que ce soit Célestine (Alicia Vikander), à la tête de l’Union européenne, qui ne peut plus parler que suédois à la suite d’un choc avec « l’immense cerveau grand comme une voiture » dont son ancien amant canadien l’a rescapée au péril de leurs vies (intellectuelles?) à voir, dans le film pour comprendre;
- Enfin, the last but not the least, le Canadien Maxime, dont on vient de parler, joué par Roy Dupuis à contre-emploi, qui tente (quoiqu’il s’en est défendu en entrevue) de mimer la vacuité intellectuelle de Justin Trudeau ou plutôt celle de l’ancien ministre des Affaires étrangères, Maxime Bernier, nommé par Harper à ce poste, que son patron méprisait secrètement, faute de pouvoir y exercer un pouvoir illusoire pour son petit Canada.
Chargé d’incarner aussi le mythe de la brute canadienne sans peur et sans reproche, prétendu « féministe amoureux de femmes fortes », Maxime se montre vulnérable comme son extraordinaire personnage d’À cœur battant (Fabienne Larouche), ici en ne faisant que s’enivrer et s’excuser à tout vent, en particulier du génocide envers les Premières Nations.
Le réalisateur Guy Maddin a laissé entendre en conférence de presse qu’une fois qu’on s’est excusé, on tourne le dos à leurs problèmes de réserves manquant d’eau potable, encore de nos jours, et de cimetières pour enterrer leurs morts, victimes des pensionnats MacDonald.
En conclusion, perdu dans un monde dont les repères civilisationnels lui échappent comme le simple Sylvain gagnant d’un César accordé à Monia Chokri, le personnage de Roy s’applique, à la fin du film, à coller des bribes de discours antérieurs du G7 et de les prononcer avec une émotion qu’une jeune journaliste canadienne-anglaise, admirative du discours « formidable », a crue sincère, alors que cette tirade d’anthologie, accumulant les poncifs-banalités, est accueillie, comme il se doit, par un zombie-miroir qui se masturbe frénétiquement.
L’auteur est artiste pour la paix
