Pour les membres de l’équipe de Villeray du MTC du Québec : Micheline Roy, Pierre Roy, Manuela Banfi, Marie-Thérèse Caron, Diane Brunet, Marc Alarie, Lucie Gaulin et Victor Fupuy

Le 4 février dernier, la Centrale des syndicats nationaux (CSN) appelait

les différents paliers de gouvernement et les organismes publics du pays à boycotter Amazon en solidarité avec les 4 500 personnes qui se retrouveront sans emploi après la fermeture des entrepôts québécois du géant du commerce en ligne.

Nous, membres de l’équipe de Villeray du Mouvement des travailleuses et travailleurs chrétiens (MTC) du Québec appuyons fortement cet appel de la CSN. Mais en tant que consommateurs et consommatrices, nous invitons aussi l’ensemble des travailleuses et travailleurs du Québec à se joindre au mouvement de boycott d’Amazon.

Nous soumettons à la réflexion de chacun et de chacune les éléments suivants pour aider à prendre une décision.

Une atteinte à nos droits définis par nos lois, dont celui de la syndicalisation, constitue un déni de droits pour nous tous et toutes. Nous devons en appeler au respect sans condition envers les choix de société que nous avons faits.

Mme Caroline Senneville, présidente de la CSN, rappelait que des démarches de syndicalisation étaient entreprises en Alberta et surtout en Colombie Britannique. Or Amazon, en fermant ses entrepôts au Québec, veut lancer un message d’intimidation à ses autres travailleurs. Et cela peut avoir un effet dissuasif.

Un rapport du Sénat américain publié en 2024 constatait l’obsession d’Amazon pour la vitesse, et sa conséquence : « des taux d’accidents de travail plus élevés que la moyenne du secteur ». Et le rapport concluait : « La mise en danger quotidienne et continue de la deuxième plus grande main-d’œuvre du secteur privé au pays doit cesser. Le Congrès des États-Unis ne peut permettre à aucune entreprise de traiter ses travailleurs comme s’ils étaient jetables ». Nous affirmons que cela vaut aussi pour les travailleuses et travailleurs du Québec.

En janvier 2025, l’agence Forbes évaluait la fortune du fondateur et premier actionnaire d’Amazon, Jeff Bezos, à 233,5 milliards de dollars. Nous dénonçons l’appétit sans « faim » de ces multimillionnaires et milliardaires qui ont fait et qui font encore leur fortune sur le dos des travailleurs et travailleuses.

Nous affirmons que ces derniers, dans toute leur dignité, ne peuvent être considérés exclusivement comme des coûts compressibles dans les colonnes comptables de l’actif et du passif. Cette pensée économique s’avère dépourvue d’humanité, excessive, égocentrique et foncièrement injuste.

Nous comprenons qu’il soit tentant et, parfois, nécessaire d’opter pour des produits moins chers. Mais il demeure légitime de se questionner sur la qualité réelle de ces produits et dans quelles conditions ils sont fabriqués.

Lorsque nous consommons des produits d’une compagnie étrangère, ce sont des ressources imposables qui filent à l’étranger, privant nos gouvernements d’autant de moyens pour remplir la mission de l’État au niveau de l’éducation, de la santé, de la culture, du renouvellement des infrastructures, et autres, ce qui est une façon de nous appauvrir collectivement.

Notre appel au boycott d’Amazon trouve ses motivations dans notre propre tradition spirituelle. Le 19 décembre 2022, lors d’une rencontre avec la première confédération syndicale italienne, le Pape François déclarait : « Il n’y a pas de syndicat sans travailleurs et il n’y a pas de travailleurs libres sans syndicat. »

Il y a plus de 2 500 ans, des prophètes du Moyen-Orient ne cessaient d’en appeler à la justice, en dénonçant l’appropriation injuste et l’accumulation inacceptable des terres et des richesses par quelques individus.

Enfin, plus près de nous, la pensée sociale de l’Église, après avoir proclamé que « les droits des travailleurs et travailleuses, comme tous les autres droits, se basent sur la nature de la personne humaine et sur sa dignité transcendante », leur reconnaît explicitement « le droit de se réunir et de s’associer » (Compendium, art. 301).

Elle soutient même « le rôle fondamental joué par les syndicats » (art. 305)… qui « sont à proprement parler les promoteurs de la lutte pour la justice sociale » (art. 306).

Pour nous, le boycott d’Amazon constitue un acte de résistance nécessaire pour le respect de nos droits et pour une plus grande justice sociale.