Quelques centaines de personnes se sont réunies le dimanche 11 mai sous le ciel bleu de Montréal, à l’occasion d’un rassemblement orchestré par le mouvement Mères au front pour la fête des Mères. La couleur rouge dominant la foule rassemblée au pied du Mont-Royal, contrastait avec le verdoiement du printemps alors que des mères, des grands-mères, des enfants et des jeunes de tous les âges, à qui un ruban de la même couleur avait été remis à leur arrivée, vaquaient d’une activité à l’autre.
Une sensation de familiarité, de partage, de joie, et de solidarité imprégnait les lieux. Des kiosques aménagés sur le site offraient tantôt des jeux-questionnaires teintés d’humour sur le dossier très controversé de Northvolt, tantôt la possibilité d’écrire un message d’espoir ou d’offrir un dessin en soutien aux familles palestiniennes. L’exposition photographique « Embarquez avec nous », alliant recherche et vécu de femmes vivant en situation de handicap physique et faisant face aux enjeux liés à la mobilité durable, était également installée par la Table des groupes de femmes de Montréal.

Les femmes, les mères et les familles étaient invitées à se couronner, puis à enfiler une cape confectionnée à partir de multiples pièces de tissus par la costumière Fruzsina Lanyi, symbolisant les lignées de femmes qui s’entrecroisent, unies par l’histoire des luttes à travers les décennies. L’objectif était d’immortaliser le portrait de ces « guerrières » dans l’œil de la photographe Ève B. Lavoie.

L’une des activités centrales à la mobilisation résidait en la confection d’une grande courtepointe. Toutes les mains se sont mises de la partie, assemblant avec soin et concentration les carrés rouges préparés par les artistes Sarabeth Triviño et Catherine Brault. Une occasion de partager les savoirs intergénérationnels en couture, en broderie ; certaines personnes avaient même apporté leurs aiguilles à tricoter et leur crochet.

À l’appel de la militante Karine Cloutier, qui avait d’ailleurs animé un flashmob au rassemblement de l’année dernière, les gens se sont approchés de la scène pour bouger en chœur au son des chansons Tout le monde en même temps (Louis-Jean Cormier), et Le grand rendez-vous (Fanny Bloom). C’est l’auteure-compositrice-interprète Belle Grand Fille, originaire du Lac-Saint-Jean, qui a précédé les allocutions en s’accompagnant sobrement à la guitare pour une première chanson, Comment on continue, tirée de son album Les loups dorment tranquilles.
« Si le pire est plus proche qu'avant
Que tout ce qui nous reste, c'est maintenant
Est-ce qu'on vit?
Est-ce qu'on survit? »

« Lier les forces vives » était la phrase clé de ce rassemblement annuel du mouvement, qui célèbre d’ailleurs 5 années d’existence. Derrière ces mots, le désir de voir la société civile du Québec s’unir et s’organiser autour de préoccupations qui affectent et ébranlent toutes les communautés de la province, en plus de témoigner de la solidarité envers les mères et les familles palestiniennes victimes des bombardements et des violences qui perdurent.
« En tant que mères du monde entier, nous ne pouvons détourner le regard ni rester silencieuses face à leur souffrance, face à ce génocide invisible que trop de voix refusent encore de nommer. » - Khadija Barbe, militante
Près de 500 personnes, qui applaudissaient avec vigueur et qui levaient parfois le poing en signe de solidarité, ont suivi les prises de parole « à relais », dont les mots se faisaient écho les uns aux autres.
« Moi, j'ai 22 ans, je suis le contre-pouvoir. Je suis Mère au front, sans enfants, étudiante en enseignement, je milite pour ces enfants. » - Emma Thibault, militante
« Nous combattons le patriarcat, qui prospère sur l’injustice et le déni de droit. Nous résistons au capitalisme, qui marchande nos vies, nos corps, nos choix, nos terres. Nous dénonçons le colonialisme, qui vole, exploite et détruit sans mémoire ni remords. » - Julie Antoine, Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes
« Nous sommes le contre-pouvoir » est devenu un nouveau leitmotiv pour les Mères au front depuis la grande mobilisation du 8 mars, qui avait rassemblé des milliers de personnes à Montréal, et ailleurs au Québec, dénonçant l’oligarchie et les décisions de Donald Trump, qui venait alors tout juste d’être élu président des États-Unis. Cette fois, la phrase figurait au-devant de la scène, au cœur de la courtepointe, et dans les discours prononcés.
« Je suis le contre-pouvoir parce que je suis une artiste engagée, auprès des enfants, des femmes, des communautés 2ELGBTQIAP+ et des alliés. Une artiste plurielle, engagée dans une pluralité de causes et mère dans une famille pluriparentale. » - Sophie Paradis, comédienne et militante

Le Cri du cœur, sorte de manifeste des Mères au front depuis la naissance du mouvement, a été déclamé par une dizaine de femmes, terminant d’une même voix avec un puissant « Nous sommes le contre-pouvoir! », le poing dressé, arborant le ruban rouge noué à leur poignet, signe des liens qui unissent les humains et les luttes, mues par la colère et l’amour.
Les personnes massées devant la scène ont imité le geste pendant que la courtepointe était amenée au centre de la foule, bien tendue par toutes les petites et les grandes mains autour, pour que l’on puisse y lire les mêmes mots et constater l’ampleur des nombreux morceaux de tissus assemblés, formant maintenant une grande toile aux motifs variés, à l’image des communautés présentes et du message véhiculé selon lequel il faut se rassembler, nombreuses et nombreux, « lier les forces vives », afin que la masse critique nécessaire aux transformations socio-environnementales se forme.

Belle Grand Fille a finalement entonné la chanson Allumette, figurant sur la trame sonore du film Les Fleurs oubliées d’André Forcier, pour clore les prises de parole.
« S’il faut mettre le feu pour faire lever les matins
pour que la lumière soit parce que partis comme ça
le poids s’écrase sous le poids de ceux qui le voient pas
Allez l’amour il te reste combien d’allumettes?
Allez les enfants il vous reste tout plein d’allumettes »

Au même moment, des centaines de personnes se réunissaient pour des mobilisations ayant lieu à travers la province, notamment à Sherbrooke, à Québec, à Jonquière, à Dubuisson, ainsi qu’à Baie-Comeau, pour célébrer ces femmes, militantes, mères, grands-mères, qui transforment la face du monde et qui, dans leur désir de léguer un futur différent aux prochaines générations, continuent chaque jour de lutter.
