Il faut avoir une vision assez réduite de la chose publique pour déplorer le militantisme chez les Québécois. En effet quelle vie publique peut se passer du militantisme? Le travail même du ministre lui a été accordé par des militants.
Et est-ce que ce ne sont pas les Québécois impliqués dans la vie publique qui font le dynamisme de la démocratie? Est-ce que les citoyens, qui deviennent les acteurs de leur propre cause, qu’ils soient ouvriers ou membres ordinaires de la société, ne sont pas les agents mêmes du débat public?
Et est-ce que le débat public ne doit pas être animé par des actions, fussent-elles des grèves ou des arrêts de travail? Est-ce que ce qui dérange le ministre, ce ne sont pas justement les gestes, dans l’espace public, qui dérangent aussi le plus les patrons?
Alors, il prend parti en faveur de ceux qui sont incommodés par les grèves. Le public n’a pas grand-chose à y voir qui s’identifie plus aux travailleurs qu’ils sont eux-mêmes.
Mais ne devrait-on pas considérer que lorsque des travailleurs décident de se priver de salaire, il y a là une source de mécontentement qui mérite qu’on s’y arrête, qu’on se penche sur le problème qui cause ces insatisfactions publiques? N’y a -t-il pas lieu d’un débat sur ce qui engendre cette insatisfaction?
On l’a assez répété, l’inflation cause de multiples problèmes aux consommateurs, qui sont aussi des travailleurs, comme si les travailleurs n’étaient pas des citoyens participant à la vie de la cité, comme s’ils faisaient partie d’une catégorie à part qu’il faille exclure des débats de société.
Quand l’inflation gruge les revenus, les travailleurs se tournent vers leurs organisations les plus proches d’eux et s’engagent dans un processus militant, qui devrait devenir l’occasion d’interpeller le ministre du Travail pour qu’il interpelle son gouvernement afin qu’il prenne des mesures contre l’inflation.
Et non pas que celui-ci blâme le militantisme des travailleurs et de leurs organisations parce que ce militantisme est une occasion à saisir pour un débat véritable. C’est se défiler royalement de ses responsabilités publiques que d’esquiver ainsi la manifestation d’insatisfaction des travailleurs. Son gouvernement n’a-t-il pas de pouvoir sur les prix?
Ces esquives répétées font mal à la CAQ qui se retrouve avec le pire taux d’insatisfaction de sa courte histoire au pouvoir et qui lui coutera sans doute sa prochaine élection. On ne s’en soucie guère à la CAQ et on fait l’indifférente parce que le régime suivant sera peut-être de même acabit aussi propatronal. Alors, on se fait peu de souci pour la succession du régime. D’autres feront le travail.
Les travailleurs resteront avec leurs problèmes et les solutions militantes dont ils disposent. Cela indiffère monsieur le ministre dont les militants auront sans doute déserté le parti. Mais la vie militante, elle, que déplore le ministre, restera un attribut de la société québécoise, dont les affaires publiques continueront d’intéresser les travailleurs jusqu’à ce qu’un ministre daigne se préoccuper de leur sort. Ce n’est pas demain la veille! Ainsi va la lutte politique de classe.
