Comme la CAQ ne fait pas ou peu d’éducation à la démocratie de sa jeunesse, celle-ci dérive vers des qualificatifs qui sont en fait des dénis de démocratie. Quand les jeunes CAQistes dénoncent « les dérives antidémocratiques » des syndicats, ils s’attaquent à une institution on ne peut plus démocratique de la société libérale, qui est parfaitement légale et légitime.
Les syndicats sont en effet des démocraties, au sens où les dirigeants, ceux qui lancent les mots d’ordre d’action comme ceux de manifester devant les bureaux de députés ou de faire la grève, sont élus par la majorité des membres. Et s’ils ne le faisaient pas, devant les attaques antidémocratiques de la Loi 89 et devant l’inflation généralisée, ils seraient remplacés par d’autres plus militants par les membres eux-mêmes. C’est la démocratie rapprochée, spontanée, encore embryonnaire, que connaissent les travailleurs.
Le ministre Boulet met de l’avant une loi qui va entraver le droit de grève, le Loi 89, qui est elle-même antidémocratique puisqu’elle lui donne le pouvoir de faire cesser une grève, votée démocratiquement, au nom de « l’intérêt public ».
Qui décidera de l’intérêt public ? Le Ministre, naturellement en bon autocrate qu’il serait dans les circonstances puisque le pouvoir, qui lui a été dévolu, lui sera enlevé lors des prochaines élections, d’après les sondages.
Les jeunes CAQistes, au lieu de se faire les porte-voix d’un ministre qui veut régir, au nom de sa désignation comme ministre, le régime des relations de travail au Québec à la manière toute fédéraliste d’Ottawa, devraient prendre la peine de questionner leur parti sur ce qu’il représente comme instrument de la démocratie après avoir été désavoué dans les sondages par une majorité de citoyens.
En effet, et comme nous l’avons déjà souligné auparavant, lors du Front Commun, il s’agit ici d’une confrontation entre la démocratie libérale, qui a élu et désigné le ministre Boulet et les autres députés, et la démocratie syndicale, qui a élu ces lanceurs d’alerte que sont devenus, envers la Loi 89, les dirigeants syndicaux.
Que ceux-ci poussent leurs membres à l’action devant les bureaux des députés n’est que le résultat de cette démocratie syndicale, dont la culture militante a désigné les représentants des travailleurs. Si, comme le font les jeunes CAQistes, on dénie aux travailleurs eux-mêmes ou à leurs représentants un rôle important dans la démocratie, on bafoue alors le jeu démocratique, qui devient la chasse gardée d’une élite fortement remise en cause ces temps-ci par les sondages avant même les élections.
En fin de compte, qui est le plus démocratique ? Les travailleurs en action ou un parti qui plonge dans les sondages préfigurant sa défaite aux élections ? Les jeunes CAQiste n’ont pas de leçon de démocratie à donner à qui que ce soit, eux dont le parti dont le pouvoir s’érode et qui, par le fait même, est de plus en plus illégitime.
La culture militante au Québec, qui amène les manifestants devant les bureaux des députés, est la même que celle qui a conduit ces jeunes à s’impliquer à la CAQ. Et ceux-ci devraient manifester plus de considération pour la démocratie des travailleurs, que ne le fait leur ministre en proposant de s’arroger le droit de s’ingérer, au nom d’un public qu’il ne représentera déjà plus, dans les relations de travail.
C’est dire qu’il le fait peut-être au nom du patronat dont les dirigeants syndicaux, qui apprennent sans cesse de leur implication militante, voient l’ombre à l’œuvre derrière le ministre, la minorité dans la société libérale dans laquelle nous sommes. Les différents partis politiques, depuis 2012, des Libéraux à la CAQ, ont été désavoués, sauf pour quelques figures nouvelles, à cause de l’intervention des syndicats.
Qui est donc le plus démocratique ? Les travailleurs qui manifestent contre de futurs abus de pouvoir d’un ministre qui ne le sera plus dans un an ou quelques jeunes manquant de jugement sur la démocratie qu’ils disent représenter alors que leur parti dégringole dans des sondages … démocratiques ?

