L’auteur est syndicaliste

À la mi-août se sont tenus, au même moment, les congrès des jeunes du Parti Québécois et du Parti libéral du Québec. Au congrès des jeunes péquistes, le sujet sur toutes les lèvres était la souveraineté du Québec. Forts d’un sondage paru dans La Presse, qui démontre un appui grandissant des jeunes de 18-34 au projet souverainiste, les jeunes péquistes ont à plusieurs reprises scandé en chœur « Le Québec un pays, le Québec un pays! »

De leur côté, les jeunes libéraux ont adopté des propositions pour un encadrement de l’IA et l’avenir du logement social. On peut être d’accord ou pas avec les visions de la société québécoise débattues lors de ces deux congrès. Cependant, nous serons tous d'accord pour affirmer que ces congrès tranchent avec celui de l’aile jeunesse de la CAQ du début juin.

La CAQ junior

Un congrès où les propositions adoptées par les jeunes caquistes visaient essentiellement les organisations syndicales des travailleuses et travailleurs et les associations étudiantes, en proposant, entre autres, de restreindre leur capacité d’intervenir sur le plan politique, en fragilisant l’exercice du droit de grève et en obligeant la divulgation publique de certaines de leurs dépenses. De vieilles propositions de droite mises de l’avant jadis par le gouvernement Harper.

C’est également à ce congrès que notre « bon papa » Legault a déclaré que les jeunes caquistes avaient raison de vouloir « brasser la cage » des syndicats et des associations étudiantes.

Nous avons donc, d’une part, de jeunes militantes et militants avec une vision de ce que pourrait être l’État d’un Québec-pays ou qui se questionnent sur l’IA et le logement social et, d’autre part, les jeunes caquistes dont la vision d’avenir du Québec est la mise de l’avant de vieilles idées de droite. Ce contraste m’a tout de suite sauté aux yeux et a surtout mis en lumière ce qu’est la CAQ.

Le parti d’un homme

La CAQ est le parti d’un seul homme, François Legault, où il est le seul maitre à bord. Il choisit ses candidats sans investiture de comté, sauf s’il le désire, et l’aile jeunesse lui sert à lancer des ballons politiques afin de tester l’opinion publique. Son ambition est de gérer le Québec et non de gouverner.

La CAQ, selon les dires de son chef, serait un gouvernement économique dont l’objectif est la création d’emplois payants. Après sept ans de pouvoir à la tête d’un gouvernement, qui a les coudées franches avec sa forte majorité à l’Assemblée nationale, où sont ces emplois payants? Chez Northvolt?

Deux fois plutôt qu’une, la CAQ a promis en campagne électorale de régler les problèmes de notre système de santé, mais n’a réussi qu’à créer une nouvelle structure, Santé Québec, pour en confier la direction à Geneviève Biron, issue directement du secteur privé. Sans surprise, elle propose comme solution le recours aux cliniques privées afin de réduire les listes d’attente pour certaines chirurgies.

Notre « bon » gouvernement s’est empressé d’acquiescer à cette demande, ce qui aura comme conséquence de vampiriser notre système public de deux façons. L’argent investi au privé ne sera plus disponible pour le système public et les entreprises de santé privées viendront drainer à leur profit le personnel du réseau public, qui souffre déjà d’un manque de main-d’œuvre. Toute une solution!

Mauvaise gestion des fonds publics

Le gouvernement de la CAQ se dit soucieux de la saine gestion des finances publiques, mais a réussi à transformer un surplus de plusieurs milliards de dollars, hérité des années d’austérité du gouvernement libéral, en déficit record pour le Québec.

Le fiasco SAAQ-clic est un exemple éloquent. Un projet qui, au départ, était évalué à 600 millions $ risque de nous coûter plus de 1,2 milliard $. La saga Northvolt a vu disparaître plus de 700 millions $ dans un projet qui ne verra jamais le jour.

M. Legault avait promis que sa principale priorité était le système d’éducation, mais il ne cesse de tergiverser dans ce dossier. À l’écouter, les maternelles quatre ans et les labs-écoles allaient révolutionner notre système d’éducation. Deux projets inachevés. Les infrastructures scolaires sont dans un état déplorable. On coupe dans le réseau en prétendant que ce ne sont pas des coupures, puis on remet de l’argent, mais sous conditions. Imaginez ce que serait notre système si « papa » Legault n'en avait pas fait sa priorité!

La CAQ se vantait d’avoir des solutions afin d’améliorer la vie de la population. Les résultats sont plus que douteux. Voici quelques exemples. La CAQ a nié l’existence même d’une crise du logement pendant trois ans avant de l’admettre du bout des lèvres. Les maisons des ainés devaient être LA solution pour l’hébergement des personnes ainées, mais elles ne profitent qu’à une minorité et nous coûtent collectivement beaucoup plus cher que prévu.

L'hydroélectricité, un joyau québécois, que la CAQ est en train de détruire à petit feu en permettant à des entreprises privées de produire et de vendre de l’électricité. Les attaques contre les travailleuses et les travailleurs, en limitant leur droit de grève, ne seraient pas terminées à en croire l’appui donné aux propositions adoptées au congrès de l’aile jeunesse. J’en oublie sûrement bien d’autres

Gérer n’est pas gouverner

Après sept ans au pouvoir, ce qui me saute finalement aux yeux, c’est que la CAQ n’est pas réellement un parti politique, mais plutôt une entreprise de gestion de l’État, créée par François Legault. Notre « bon papa » a créé une entreprise, en a choisi tous les acteurs et a tenté de gérer l’État plutôt que de gouverner. C’est là où le bât blesse. Un État ne se gère pas, un État se gouverne, avec comme objectif le bien-être de ses citoyens.

Gouverner un État, c’est travailler avec les différents acteurs de la société civile, et non pas les ignorer, ou pire, tenter de les affaiblir, comme le propose l’aile jeunesse.

Gouverner un État, au niveau économique, c’est nationaliser l’électricité, de créer un bras économique comme la Caisse de dépôt et placement, d’avoir une vision de développement des secteurs économiques, de voir à ce que la population bénéficie d’un bon filet social en cas de coup dur.

Gouverner un État, ce n’est pas de privatiser Hydro-Québec et tout miser sur Northvolt en déclarant, suite à un échec annoncé, que l’important dans les investissements, c'est la moyenne au bâton.

Gouverner un État, c’est d’assurer à la population un accès à un système de santé et des services publics gratuits comprenant, entre autres, un programme de prévention des maladies et de l’éducation aux bonnes habitudes de vie et non la privation du système.

Gouverner un État, c’est rendre les ministres responsables et imputables des actions et décisions de leur ministère. C’est faire la promotion des services publics. C’est éduquer la population, dès l’école, à l’importance que tout le monde paie sa juste part d’impôt pour assurer la pérennité des services publics.

Nous méritons mieux qu’une entreprise de gestion de l’État. Nous méritons un parti politique et une équipe dont les membres auront à cœur le bien-être de la population et qui seront prêts à travailler en collaboration avec l’ensemble de la société civile.