Nadia El-Mabrouk, François Dugré, Fatima Aboubakr, Marie-Claude Girard, Christian Sabourin, Claude Kamal Codsi, Éric Ouellet, Lise Boivin, François Chapleau, Francine Lavoie, David Rand et Danielle Soulières

Membres du Rassemblement pour la laïcité

On apprenait cette semaine que la viande offerte dans 26 écoles francophones du Nouveau-Brunswick était désormais entièrement halal, c’est-à-dire provenant d’un animal égorgé selon un rituel musulman. La nouvelle n’aurait certainement pas franchi les frontières de la province sans la controverse provoquée par une mère dénonçant la mesure dans l’école de ses enfants. Or, nul besoin de changer de province pour constater le même phénomène. Le rapport Pelchat-Rousseau sur la laïcité fait état d’au moins un centre de la petite enfance offrant un menu de viande entièrement halal et plusieurs écoles du Québec font affaire des traiteurs distribuant de la viande halal. Une mère de notre groupe rapporte le cas de son école qui organise une fête de la rentrée dont le menu est uniquement composé de viande halal.

Cette systématisation de l’offre halal n’étonne pas lorsqu’on sait que le gouvernement fédéral a annoncé un programme de 25 millions de dollars sur deux ans pour aider l'abattage rituel judaïque et islamique et la production de viande casher et halal [1]. Autrement dit, l’accommodement religieux n’est pas seulement toléré, il est promu.

Tout en soulignant la controverse au Nouveau-Brunswick, la couverture médiatique se veut surtout rassurante sur le fait qu’il s’agit là d’une mesure d’inclusion, ni plus ni moins qu’une « logistique plus simple » facilitant la vie des gestionnaires et permettant de « s’adapter aux besoins de tout le monde. » On nous explique que le produit reste le même, « consommable pour tous » [2], et qu’il ne s’agit là que d’une simple différence dans la méthode d’abattage.

L’universalisation d’une telle pratique islamique semble tellement aller de soi qu’un journaliste va même jusqu’à demander si, une fois le virage halal complété, un parent pourrait demander un « accommodement » pour que son enfant ait droit à de la viande non-halal [3]. Voilà bien une totale inversion de la notion d’accommodement raisonnable!

Une simple différence dans la méthode d’abattage? Les enjeux sanitaires et moraux.

Au Canada et au Québec, l'abattage est règlementé par des lois assurant des normes d'hygiène strictes garantissant la salubrité alimentaire, ainsi qu’une mise à mort sans cruauté, minimisant la détresse et la souffrance animale. À cette fin, l’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) soutient qu’un étourdissement efficace avant l’abattage devrait toujours être utilisé [4]. Or, le Règlement sur la salubrité des aliments au Canada prévoit une exception pour l’abattage rituel judaïque ou islamique, sans étourdissement préalable. Pourtant, selon l’ACMV, cela cause à l’animal une souffrance et une détresse accrues en raison du délai entre l’exsanguination et sa perte de conscience.

Quant à la salubrité des aliments, selon de nombreux professionnels [5], le risque de contamination bactérienne de la viande est majoré par un abattage rituel sans étourdissement car il augmente les risques de régurgitation du contenu de l’estomac pouvant ainsi souiller la coupe de la viande. Autrement dit, hormis le volet religieux, l’abattage rituel n’offre aucun bénéfice à la population, mais entraine plutôt des conséquences non-négligeables pour la salubrité des aliments et le bien-être animal.

Sommes-nous prêts à faire une croix sur ces enjeux afin d’accommoder des normes religieuses?

Accommodement raisonnable? Les enjeux laïques et politiques.

Renoncer à des règles communes établies pour des raisons d’intérêt général n’a rien de raisonnable, c’est plutôt une abdication désolante de gestionnaires d’organismes publics face à des injonctions religieuses particulières qu’ils acceptent d’imposer à tous. C’est une entrave flagrante à la laïcité des services publics.

Passer à une alimentation portant le label halal ou casher signifie pour des institutions publiques comme des écoles, des CPE ou des hôpitaux, de favoriser uniquement des producteurs musulmans ou juifs. Autrement dit, cela revient à sélectionner des producteurs sur la base de leur religion, ce qui est discriminatoire et injuste pour les producteurs ne s’identifiant par aucune de ces deux religions. C’est une entorse majeure à la neutralité religieuse de l’État ainsi qu’à son devoir de promouvoir et de garantir l’égalité de toutes et tous.

Pour ce qui est du halal, les deux autrices d’origine musulmane de ce texte peuvent témoigner du fait que l’injonction faite aux musulmans de consommer halal est un discours plutôt récent mais qui ne cesse de prendre de l’expansion et d’accentuer la pression sur les musulmans eux-mêmes. Alors qu’au départ le label halal ne concernait que les viandes, voilà qu’il s’est progressivement étendu à tous les produits alimentaires, cosmétiques, médicaux, ou même aux hôtels, aux vêtements et à la finance, enveloppant ainsi intégralement la vie du musulman et l’isolant des autres. Ainsi, encourager le déploiement du halal ne peut qu’accentuer la fracture sociale et les pressions communautaires dont les premières victimes sont les membres des communautés elles-mêmes.

Finalement, il n’est plus à démontrer que le déploiement du marché halal est une partie intégrante de la stratégie d’entrisme des réseaux islamistes dans les sociétés occidentales [6]. Comme le dit Florence Bergeaud-Blackler, présidente du Centre européen de recherche et d’information sur le frérisme, le contrôle du halal n’est pas qu’une question commerciale, c’est aussi une question de contrôle du champ islamique.

Il en va de la responsabilité de l’État de protéger la liberté de conscience des citoyens en n’imposant pas à tous des normes alimentaires religieuses. D’autres solutions existent pour offrir des menus qui conviennent à tous, sans hypothéquer nos principes sanitaires, moraux et laïques.

[1] https://agriculture.canada.ca/fr/programmes/investissement-casher-halal

[2] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2191727/menu-viande-halal-cafeterias-ecoles

[3] https://www.msn.com/fr-ca/actualites/Maritimes/viande-halal-le-dsfs-a-l-obligation-d-accommoder-mais-peut-choisir-comment/ar-AA1MG32Z

[4] https://www.veterinairesaucanada.net/politiques-et-rayonnement/enonces-de-position/enonces/abattage-sans-cruaute-des-animaux-de-ferme/

[5] https://www.lefigaro.fr/sciences/intoxications-alimentaires-la-viande-halal-a-t-elle-plus-de-risque-d-etre-contaminee-20250625

[6] Voir par exemple le Rapport Frères musulmans et islamisme politique commandé par le gouvernement français et paru au printemps 2025.