L’auteur est porte-parole du Regroupement Vigilance Mines Abitibi-Témiscamingue (REVIMAT)
On constate que les changements climatiques affectent différemment les municipalités selon leur position géographique. En Abitibi, la qualité de l’air, l’accessibilité à l’eau potable, l’augmentation des inondations, l’augmentation des feux de forêt, l’augmentation des périodes de chaleur intense et de sécheresse, la destruction de milieux humides et de tourbières et la perte de territoire due à l’activité minière sont des enjeux incontournables.
Les élections municipales amènent à réfléchir sur les engagements des prochains élus sur la réglementation à imposer afin de s’adapter aux changements climatiques.
Nous vivons dans un monde où on encourage l’individualisme et la surconsommation. Cette façon de vivre est bien ancrée et tout changement dans nos habitudes risque de soulever l’ire de certains groupes et rendre les élus impopulaires.
Afin de susciter des questions à adresser aux candidats, voici quelques problèmes et quelques solutions assez simples qui pourraient être envisagés très rapidement.
Diminution de l’eau potable
Les Québécois ont toujours perçu leur province comme un endroit où l’eau potable est en grande quantité et même sans limites. Cependant, certains évènements récents nous ont fait prendre conscience que plusieurs municipalités au Québec commencent à manquer d’eau.
En Abitibi, les exploitations minières consomment de grande quantité d’eau, ce qui risque de vider plus rapidement les nappes phréatiques. Le fait que la région ait plus de 73 % de sa population qui s’alimente en eau par les eaux souterraines, dont des eskers via des réseaux municipaux ou privés, démontre que l’enjeu de la qualité et de la quantité d’eau est majeur.
Pour y faire face, les Municipalités régionales de comté (MRC) pourraient délimiter, dans leur schéma d’aménagement et de développement (SAD), des territoires dont l’alimentation en eau potable serait compromise par les répercussions engendrées par l’activité minière. Cette délimitation est permise par la règle des Territoires incompatibles avec l’activité minière (TIAM) que l’on retrouve dans la loi des mines.
Pour les municipalités qui alimentent la population par des réseaux d’aqueducs, elles pourraient limiter la consommation de chaque résidence et de chaque industrie en installant des compteurs. Passé un certain seuil de consommation, une taxe pourrait s’ajouter.
Dans les cas extrêmes où la baisse du niveau d’eau est critique, une municipalité pourrait interdire l’utilisation de piscine dans les cours résidentielles.
Milieux humides et tourbières
Les élus municipaux devraient aussi être proactifs lorsque vient le temps de protéger les milieux humides et les tourbières. Il est important de les protéger contre toute forme d’exploitation, car les tourbières sont les plus grands capteurs de CO2. De plus, les milieux humides protègent les berges des cours d’eau contre les inondations. Il est à noter qu’au Québec, il est encore possible légalement de détruire ces milieux si l’exploitant paie un montant dérisoire par m² détruit.
Réduction de la biodiversité
Certaines municipalités de la région utilisent des insecticides afin de réduire le nombre de maringouins et de mouches noires qui pullulent quand l’été est humide. Selon certaines études, d’autres insectes sont affectés par cet épandage, perturbant ainsi toute la chaine alimentaire et entrainant une baisse de la qualité de la biodiversité dans le milieu. Afin de remettre les écosystèmes en bonne santé, il faudrait mettre fin à cette pratique. Ceci permettrait des économies pour les municipalités et redonnerait un milieu plus sain.
Feux de forêt
Les feux de forêt de l’été 2023, en Abitibi et au nord du Québec, ne sont qu’un aperçu de ce qui peut arriver quand on exploite des forêts anciennes et des forêts riches en biodiversité. Les forêts qui ont brûlé étaient en grande majorité des forêts reboisées avec quelques essences de bois considérées comme rentables pour l’industrie forestière. Malheureusement, ces milieux sont plus fragiles et se défendent moins bien contre les feux. Comme me l’a dit un forestier, nous avons reboisé avec des allumettes.
Des municipalités comme Senneterre ou Lebel-sur-Quévillon ont dû dégager en catastrophe de longs couloirs de forêt autour de leur municipalité afin de créer des zones tampons pour protéger leur ville. Il faudra sans doute que les couloirs déjà aménagés soient entretenus et peut-être même augmentés.
Il serait aussi possible d’interdire l’exploitation des forêts anciennes restantes dans un périmètre défini autour des villes. À cet endroit, il faudrait aussi obliger un reboisement des zones exploitées avec de la végétation indigène diversifiée comprenant autant de feuillus que de résineux.
Période de chaleur intense
Les périodes de canicules augmentent. Dans les villes, les hausses de température sont encore plus grandes en partie à cause des rues asphaltées.
Il faudrait repenser le développement de nos quartiers résidentiels. La densification pourrait être envisagée afin de réduire l’étalement des villes en diminuant la grosseur des terrains et des maisons. On pourrait par exemple envisager des quartiers résidentiels en forme de pétale qui seraient accessibles par devant par un trottoir. Pour ce qui est de l’accessibilité aux autos, on pourrait envisager un stationnement unique pour chaque rue ou encore aménager des ruelles étroites en gravelle, à sens unique, dans les cours arrière.
On pourrait aussi développer le même genre de quartier avec des immeubles à appartements à quelques étages. Ainsi, la diminution importante de l’asphalte combinée à une obligation d’avoir sur son terrain un certain nombre d’arbres aurait un impact majeur sur la baisse de la température. Donc, en plus d’avoir un milieu plus agréable, les quartiers résidentiels seraient protégés des temps chauds à venir.
Augmenter notre autonomie alimentaire
Présentement, la plupart des régions sont dépendantes de l’extérieur pour leur approvisionnement alimentaire. Pour augmenter leur autonomie, on pourrait envisager la construction de serres sur des toits d’industries ou de commerces à grande surface. Ce genre de projet novateur, qui a déjà fait ses preuves dans certaines villes, est rentable, réduit l’utilisation du territoire et diminue les impacts négatifs environnementaux. Ce serait une bonne façon d’assurer une certaine protection régionale contre les aléas des changements climatiques.
Pour la suite
Les élus municipaux sont en mesure d’agir. Le principal frein à une prise de décision axée sur l’environnement est le système de taxation basée sur la valeur immobilière. Dans le but de remplir leur mandat et d’être réélus, nos représentants cherchent à accroitre la construction d’immeubles et à implanter de nouvelles industries pour augmenter les taxes. Cette logique de croissance accroit les dépenses de la ville et oblige à continuer dans une croissance sans fin. Nous ne pourrons jamais en venir à atteindre un équilibre environnemental de cette façon. Seul un crash économique catastrophique nous obligerait à nous ressaisir, mais malheureusement, le mal serait fait pour des décennies.
N’attendons pas d’atteindre un point de non-retour. Nos prochains élus devront prendre du recul et reconnaître la priorité de l’environnement sur l’économie.
