L’auteur est syndicaliste
Le 30 septembre, nous avons eu droit au discours d’ouverture de la session parlementaire de l’Assemblée nationale. Sans grandes surprises, parce que la CAQ avait pris soin de couler l’information dans les semaines précédentes, François Legault nous a servi un discours portant sur ses grands champs d’action que sont l’économie et le portefeuille des contribuables, l’efficacité de l’État, l’identité et la sécurité.
Notre « bon » premier ministre nous a annoncé qu’il avait demandé au ministre des Finances de remettre de l’argent dans les poches des Québécoises et des Québécois. Nous aurons donc droit au bon vieux même film qui met en vedette « Le cadeau électoral de papa Legault », ce beau vieux cadeau qui creuse le déficit du Québec.
Mais, cette fois-ci, je crains que la méthode utilisée afin de camoufler le déficit soit la bonne vieille méthode de la droite, qui consiste à déshabiller Pierre pour habiller Paul. On coupe dans les programmes sociaux en faisant croire qu’il n’y aura aucun impact sur les services offerts à la population et on remet de l’argent dans les poches des contribuables, si possible avec une baisse d’impôt qui permet d’en donner plus aux riches qu’aux pauvres.
Détourner les projecteurs
J’ai également lu que notre « bon » premier ministre avait demandé à tous ses ministres de soulever toutes les pierres dans leur ministère afin de trouver des façons d’aller plus vite et d'économiser. Ce qu’il faut entendre ici c’est : « Je ne sais pas trop quoi faire, alors faites n’importe quoi pourvu qu’on économise et qu’on réalise des choses avant la fin du mandat. »
Durant ce beau discours, « papa » Legault n’a pas manqué de faire en sorte que les projecteurs se détournent du triste bilan de ses sept années au pouvoir. Son équipe de communication se sert d’un truc vieux comme la terre afin que la population oublie que la CAQ a été totalement inefficace à régler les problèmes auxquels la population du Québec doit faire face tous les jours, comme l’accès à un médecin ou à une chirurgie lorsque nécessaire, le manque de personnel dans nos écoles et l’état vétuste et délabré de certains bâtiments scolaires et du réseau de la santé.
Que dire de la crise du logement, de l’augmentation de la pauvreté, du manque de place dans les CPE et j’en passe. Ce bon vieux truc de droite, c’est de trouver un méchant et de le mettre sous le feu des projecteurs.
Le bouc émissaire chéri de la droite
Les méchants de prédilection des gouvernements de droite, ce sont les syndicats. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait utilisé la même stratégie en toute fin de mandat avant de perdre le pouvoir aux mains des libéraux.
Il avait fait adopter, sous le couvert du prétendu « Manque de transparence des syndicats », le projet de loi C-377 qui obligeait toutes les organisations syndicales à mettre à la disposition du public des rapports financiers annuels détaillés sur les salaires, les revenus et les dépenses ainsi que la divulgation de toute transaction de plus de 5 000 $ en indiquant le nom du payeur, du bénéficiaire et la description de la transaction. Des amendes étaient également prévues en cas de non-respect de la loi.
Cette liste de dépenses rendue publique serait devenue une source inépuisable pour nos « bons » détracteurs de la droite. Ils auraient pigé des informations dans la liste et, hors contexte ou avec un peu de distorsion de la vérité, ils en auraient fait les grands titres de leurs articles, blogues ou autres publications.
Le projet de loi C-525, autre projet de loi antisyndical adopté en toute fin de règne du gouvernement Harper, faisait en sorte que l’accréditation syndicale n’aurait pu s’obtenir qu’à la suite d’un vote de l’ensemble des salariés visés par l’accréditation.
La méthode a fait ses preuves. Partout où elle a été instaurée, le nombre de nouvelles accréditations syndicales a baissé. Et cela pour une raison très simple. Le moment du vote étant connu d’avance, les employeurs ont tout le loisir de faire ce qu’ils veulent pour tenter d’influencer en leur faveur son résultat.
Ces deux projets de loi n’avaient aucun lien avec la transparence syndicale. Ils avaient cependant tout à voir avec la volonté de ce gouvernement conservateur de mettre les projecteurs sur autre chose que son bilan et, il faut le dire, de fermer la gueule à ces syndicats qui ne cessent de dénoncer et de se battre contre les politiques antisociales des gouvernements de droite.
Heureusement, le gouvernement Trudeau a, en tout début de mandat, abrogé ces deux lois antisyndicales.
On ne connait pas encore le contenu de la loi que la CAQ compte déposer afin de nuire aux syndicats, mais surtout pour que tous les projecteurs se braquent sur la bataille du « bon papa » Legault contre les méchants syndicats plutôt que sur le piètre bilan de la CAQ.
Un défi pour les centrales syndicales
Les centrales syndicales auront du pain sur la planche d’ici les prochaines élections. Elles devront trouver le moyen de se défendre contre les attaques de la CAQ, de défendre les intérêts des familles québécoises contre toutes les folles idées que les ministres du gouvernement Legault « découvriront » en tournant les pierres dans leur ministère, afin de soi-disant faire mieux et plus vite. Des idées, des lois, des règlements pour éviter le véritable enjeu : les sept ans d’absence de gouvernance de la CAQ.
De plus, je crois que les grandes centrales devront exiger des partis politiques qui aspirent à remplacer la CAQ au pouvoir qu’ils s’engagent à abroger toute loi antisyndicale que la CAQ pourrait faire adopter et à réparer tous les dommages causés aux services publics durant ses deux mandats. Tout un défi pour nos centrales syndicales.
Tout cela m’amène à me demander pourquoi « papa » Legault déteste tant les travailleuses et travailleurs du Québec et leurs familles.

