Qui peut revendiquer dans son curriculum vitae d’avoir assumé des postes de gouverneur général des Banques centrales de deux nations développées, le Canada et l’Angleterre?

Qui peut se targuer, après ces deux mandats, d’avoir été choisi par le premier haut-fonctionnaire de la planète, M. Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, comme envoyé spécial pour le financement de l’action climatique, dont l’urgence n’est plus à démontrer?

Nul autre que M. Mark Carney! Et c’est tout à son honneur!

Ne cessant de répéter que le monde était loin de réaliser les objectifs de l’Accord de Paris de maintenir l’augmentation de la température de la planète en-deçà de 1,5*C, M. Guterres souhaitait que M. Carney contribue à mettre en place des mécanismes qui permettent « d’intégrer l’impact des changements climatiques dans les processus de prises de décisions du secteur privé et permette ainsi d’accélérer la transition vers une économie à neutralité carbone ».

Les faits bruts semblent démontrer que M. Carney n’a pu imprimer sa marque vers une économie carboneutre au niveau international. Mais lorsqu’il s’est présenté comme Premier ministre du Canada, était-ce de la naïveté de croire que, peut-être, nous avions devant nous quelqu’un capable de penser l’avenir au-delà d’un ou deux mandats électoraux?

Le Canada n’a jamais respecté ses cibles climatiques! Avec M. Carney, était-on en droit de penser qu’il pouvait en être autrement?

Hélas! Dans son édition du 23 septembre dernier, Le Devoir nous révèle les conclusions d’un rapport rendu public par trois organismes de recherche sur le climat, dont l’Institut international du développement durable.

On y apprend que le Canada se classe parmi les quatre premiers producteurs de pétrole, avec 6,5% de la production mondiale. Comptant pour 0,5% de la population mondiale, notre responsabilité est grande lorsque nous laissons notre gouvernement autoriser et favoriser une activité économique mortifère, telle que la production des énergies fossiles.

Alors que les scientifiques du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat) ne cessent d’en appeler à l’urgence de diminuer drastiquement et même de mettre fin à la production des énergies fossiles, le gouvernement Carney donne le feu vert à plusieurs nouveaux projets de gaz naturel liquéfié, élimine la tarification du carbone pourtant reconnue comme une mesure efficace de diminution des gaz à effet de serre, suspend l’obligation pour les producteurs de vendre des véhicules électriques!

Comment croire M. Carney lorsqu’il affirme que son gouvernement vise toujours la neutralité carbone pour 2050 lorsqu’il favorise l’expansion de la production pétrolière et gazière et qu’il demeure d’un vague absolu sur l’atteinte des objectifs d’émissions pour 2030-2035, objectifs pourtant adoptés légalement?

En acceptant que nos impôts continuent de financer la production des énergies fossiles, nous continuons d’alimenter les changements climatiques, et ce faisant, nous participons à être des fossoyeurs d’avenir pour les générations futures.

Le rapport rappelle des faits têtus qui démontrent qu’une autre trajectoire est possible. L’accès à l’énergie solaire, les batteries et les véhicules électriques continuent de battre des records, avec un déploiement accéléré et une baisse rapide des coûts de production. Le coût des énergies renouvelables a chuté de façon spectaculaire ces dernières années, selon le rapport.

Il faut en finir avec des solutions du passé qui prennent en otage l’avenir de nos enfants et petits-enfants. Ces derniers méritent mieux que cela, qu’ils soient autochtones, québécois ou albertains!