Le ministre du Travail, Jean Boulet, essaiera de rendre les syndicats plus transparents, dit-il. Mais c’est peine perdue : les syndicats sont déjà très transparents. Ce sont des institutions démocratiques dont les dirigeants sont élus par des assemblées on ne peut plus démocratiques qui peuvent les remplacer en en élisant d’autres. Ce sera un autre coup d’épée dans l’eau de la CAQ qui y perdra d’autant plus de plumes que les syndicats ne se laisseront pas faire.
Ceux-ci ont été reconnus par la population, lors du dernier Front Commun, comme des remparts des services publics. Ils n’auront donc pas de peine à faire valoir qu’ils jouent un rôle politique dans la défense des services, donc des conditions de vie et de travail avec lesquelles leurs membres exercent leur emploi.
Si la CAQ cherche des boucs émissaires, comme il est dit, elle ne trouvera que désapprobation et des reculs encore plus marqués dans les sondages puisque les électeurs ne sont pas dupes du petit jeu auquel elle s’adonne en faveur de son maintien au pouvoir. Boulet est lui-même un ancien avocat patronal et son siège sera en jeu avec quelques manifestations bruyantes dans son comté qui gagneront l’opinion contre sa réélection.
Dans ce bras de fer, je n’ai aucun doute que les syndicats chercheront l’appui de leurs membres pour maintenir contre la CAQ leur militantisme politique. C’est bien compris que, depuis les années 70, sous Robert Bourassa, les syndicats rendent impopulaires les gouvernements qui veulent en découdre avec eux. Si la CAQ ne l’a pas encore compris et qu’elle ramène un vieux discours antisyndical pour se faire du capital politique sur le dos des salariés, les dirigeants ne la laisseront pas faire et mobiliseront leur base et l’opinion. Ils en ont vu d’autres qui s’y sont essayés sans succès.
Est-ce si mal que les syndicats fassent de la politique? Comme ancien travailleur, et comme syndicaliste à la retraite, j’avoue que je me réjouis que des syndicalistes d’expérience exercent en mon nom une certaine vigilance, qui s’avère être très appropriée, envers des politiques qui ne cherchent, au bout du compte, qu’à se maintenir au pouvoir de façon opportuniste après en avoir abusé contre l’intérêt général comme l’a fait la CAQ avec Northvolt. Sa défaveur dans les sondages prouve qu’elle n’a plus l’assentiment pour gouverner et qu’on souhaite du changement. Que les syndicats y contribuent relève de la joute politique bien comprise et les intérêts des travailleurs, comme masses concernées par la décision, y sont bien servis au grand déplaisir de ceux qui font de la politique contre eux.
N'en déplaise à ceux qui cherchent chicane contre les salariés organisés, la politique aura toujours un rôle à jouer dans ces sociétés où le commun des mortels n’est pas toujours bien servi par la politique et il a raison de se méfier de ceux qui lui promettent mer et monde tout en s’enfermant dans les officines du pouvoir. L’exercice des contre-pouvoirs est toujours bien accueilli par ceux qui sont démunis de ces pouvoirs au profit de biens nantis loin des préoccupations des gens ordinaires. Bien que cela paraisse hors de portée des brillants cerveaux qui nous gouvernent, les travailleurs et leurs dirigeants gardent le dernier mot quand il s’agit de choisir qui exercera le pouvoir sur eux. Il s’agit d’un principe démocratique qui fait du gouvernement le reflet d’une volonté populaire qui s’exprime dans la majorité des éléments du peuple, i.e. les travailleurs salariés eux-mêmes.

