À l’émission Les faits d’abord du 8 novembre, l’animateur Alain Gravel a organisé un débat entre le chef du Parti conservateur Éric Duhaime et le syndicaliste Marc Ranger sous le thème « Les syndicats du secteur public sont-ils trop forts? » en référence à la grève des employés de soutien et des chauffeurs de métro et d’autobus de Montréal.
Le thème était du pain béni pour Éric Duhaime, auteur d’un pamphlet intitulé « Libérez-nous des syndicats ». Ce défenseur du troisième lien à Québec, de l’automobile, de la diminution de la taxe sur l’essence, de la privatisation de la SAAQ, s’est amusé comme un petit fou en se transformant pour l’occasion en défenseur du transport collectif public pour s’en prendre aux syndicats.
La question de Gravel était biaisée, comme le sont la plupart des reportages sur la grève. Il aurait été beaucoup plus pertinent de demander : « La société de transport est-elle suffisamment financée? » Et Gravel aurait pu inviter Laure Waridel, qui a publié une opinion sur le sujet dans le Journal de Montréal le même jour.
Sa réponse est claire : « Son financement est insuffisant pour assurer l’entretien et la modernisation d’infrastructures et d’équipement âgés en moyenne de 44 ans. Insuffisant aussi pour répondre positivement aux employés, qui demandent des hausses salariales justifiées par l’inflation. C’est ainsi qu’on laisse se dégrader un bien collectif essentiel évalué à plus de 50 milliards $. »
Elle ajoute pertinemment : « Comment se fait-il que, lorsqu’il est question de construire une nouvelle route, on ne demande pas aux usagers de payer, mais pour les transports publics, oui? On dépense des millions pour des chemins à l’usage de compagnies milliardaires qui vont extraire nos minerais et notre bois pour une bouchée de pain, mais on n’a pas d’argent pour assurer la mobilité des principaux payeurs de taxes. »
Voilà pour « les faits d’abord », monsieur Gravel!
Ensuite, on aurait pu aborder votre question sur les syndicats.
La fin de l’exercice légal de la grève
Les syndicats du secteur public, trop forts? Les syndicats n’ont en fin de compte qu’une seule arme véritable pour appuyer leurs revendications : la grève. Les gouvernements, tant à Québec qu’à Ottawa, sont à la manœuvre pour les en priver, particulièrement ceux du secteur public.
Ce qui embête les gouvernements, c’est l’arrêt Saskatchewan de la Cour suprême, qui reconnaît que le droit de grève est une composante indispensable du droit à un processus véritable de négociation collective et qu’il est également protégé constitutionnellement.
Les arrêts de la Cour suprême sont parole d’Évangile, sauf quand ils ne plaisent pas aux pouvoirs en place. Aussi, pour contourner ce jugement, Ottawa utilise l’article 107 du Code canadien du travail, qui confère au gouvernement le pouvoir unilatéral de demander au Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) d’imposer l’arbitrage exécutoire pour mettre un terme à des arrêts de travail.
Québec a adopté le projet de loi 89, Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out, qui limite l’exercice du droit de grève et réfère les parties à un arbitre. La loi doit entrer en vigueur le 30 novembre, mais les « commentateurs » politiques « travaillent » au corps l’opinion publique pour hâter sa mise en pratique.
Les dirigeants d’Air Canada, de la Société des postes, du Port de Montréal, de la STM, etc., ont vite compris qu’ils n’avaient qu’à « faire semblant » de négocier et s’asseoir sur leurs deux mains, jusqu’à ce que les gouvernements imposent l’arbitrage.
Est-ce que cela est garant d’une « paix sociale »? Bien sûr que non. L’histoire nous apprend que, lorsque les syndiqués sont bridés, privés de leur droit de grève et n’obtiennent pas de convention collective satisfaisante, ils ont recours à d’autres moyens de pression (ralentissement du travail, grève du zèle, grèves sauvages, etc.).
C’est à quoi il faudra dorénavant s’attendre dans ce contexte où les gouvernements coupent allègrement dans la fonction publique et dans les investissements publics pour subventionner l’industrie militaire, les minières, les énergies fossiles et maintenant les centres de données et l’intelligence artificielle avec l’octroi de blocs d’électricité aux géants du numérique.
P.S. Nous saluons l'excellente intervention du député solidaire Alexandre Leduc à l'émission de Tout un matin avec Masbourian, diffusée le mardi 11 novembre. Écoutez l’extrait en cliquant ici.

