L’auteur est syndicaliste

À quelques semaines de l’ouverture d’une nouvelle session parlementaire de l’Assemblée nationale, notre «bon» premier ministre avait annoncé qu’il fixait comme grandes priorités de son gouvernement l’économie, le portefeuille des Québécoises et Québécois, l’efficacité de l’État et, finalement, l’identité et la sécurité.

En octobre dernier, un sondage SOM La Presse nous informait des priorités des Québécoises et des Québécois.

La santé (69%), le logement (49%), l’éducation (43%), l’économie et le portefeuille des Québécois (37%), l’efficacité de l’État (20%), le réseau routier (17%), l’itinérance (16%), l’environnement (13%), la sécurité (10%), le transport collectif (6%), l’identité (3%), la souveraineté du Québec (3%), je ne sais pas (2%).

La première chose qui saute aux yeux est que la CAQ, pourtant un gouvernement habitué à gouverner en fonction des sondages, change complètement son approche. Les priorités de M. Legault ne font même pas partie du « top » trois des priorités de la population. Elles se retrouvent plutôt pour deux d’entre elles en 4e et 5e position et pour les deux autres en 9e et 11e place.

Bon, vous allez me dire qu’un gouvernement a parfaitement le droit de fixer ses propres priorités et qu’il revient au peuple de porter après coup un jugement et vous avez tout à fait raison.

Un bref bilan

Examinons d’un peu plus près les différentes actions de notre «bon» gouvernement depuis l’ouverture de la session. Concertant l’éducation (43%), troisième priorité de la population : nomination d’une nouvelle ministre, Sonia Lebel; elle annonce le déplafonnement de l’embauche de personnel à condition que les centres de services scolaires aient l’argent pour ce faire.

Depuis juin dernier, le budget de l’éducation a été coupé de 570 M $, accompagné d’un gel des embauches. Un mois plus tard, une enveloppe de 540 M $ a été allouée et, au mois d’octobre, on déplafonne l’embauche, mais à condition d’avoir l’argent. On comprend ici que l’objectif de la CAQ n’est pas la qualité des services offert aux élèves, mais le respect des budgets.

L’identité, une des quatre priorités de la CAQ, se retrouve au onzième rang des priorités de la population avec seulement 3 % d’appui. Le ministre Jolin-Barette a déposé « son » projet de constitution du Québec (J’insiste sur l’utilisation du terme « son »). Un projet, qualifié de « loi des lois », rédigé, de l’avis de la majorité des observateurs et des partis de l’opposition, sans grande consultation. Une preuve supplémentaire de l’arrogance de ce gouvernement.

Depuis, le ministre Jolin-Barette s’est dit ouvert à plus de consultations et le projet de « la loi des lois » est disparu des radars. On n’en entend plus parler! Souhaitons que ce soit parce que le ministre est en grande consultation!

La santé, priorité numéro un des Québécois, ne fait pas partie des priorités fixées par « papa » Legault. Nous avons eu droit à l’adoption sous le bâillon du projet de loi 2 sur la rémunération des médecins. Depuis son adoption, la loi fait les manchettes. Les associations de médecins sont totalement opposées à la loi et en contestent certains aspects devant les tribunaux.

Les médecins et les experts s’entendent tous pour dire que le changement de rémunération des médecins proposé dans la loi n'améliorera en rien l’accessibilité et la qualité des soins pour la population du Québec.

Des médecins disent vouloir quitter le bateau, prendre leur retraite ou pratiquer ailleurs. Le ministre Lionel Carmant a décidé de quitter le cabinet, mais également la CAQ. Cependant, soyons rassurés, le ministre Dubé répète qu’il ne faut pas s’en faire puisque, une fois la réelle portée de la loi expliquée aux médecins, ils vont en saisir les bienfaits.

Loi antisyndicale

Le ministre Boulet a déposé son projet de loi 3, un projet de loi qui ne fait aucunement partie de la liste des priorités de Québécoises et des Québécois. En fait, le ministre Boulet a trouvé une solution à un problème inventé de toute pièce. Il vise, selon le ministre, à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique des syndicats de travailleuses et de travailleurs.

J’ai intentionnellement ajouté les mots «travailleuses» et «travailleurs» après syndicat parce que les gouvernements de droite, comme la CAQ, s’attaquent toujours aux syndicats de travailleurs et jamais aux syndicats d’employeurs, comme le Conseil du patronat, la Fédération des Chambres de commerce ou encore la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante.

Les grandes centrales syndicales et leurs syndicats affiliés dénoncent en chœur ce projet de loi, entre autres parce qu’il laisse faussement croire qu’il n’existe aucune démocratie à l’intérieur des syndicats.

J’ai lu attentivement le projet de loi et des modifications proposées sont déjà des pratiques courantes dans le monde syndical. Les inscrire dans le projet de loi laisse croire le contraire.

Selon moi, la plus grande attaque contre les syndicats est l’introduction de la cotisation facultative. La CAQ espère, par ce stratagème, que les membres des syndicats vont voter contre la cotisation facultative et, par le fait même, empêcher les syndicats de faire de l’action politique.

La CAQ voudrait que le Québec soit un État où les syndicats d’employeurs puissent à leur guise faire de l’action politique, participer aux commissions parlementaires, contester devant les tribunaux les lois qui ne font pas leur affaire ou encore participer activement aux campagnes électorales pour faire élire des gouvernements qui servent leurs intérêts. Des actions qui seraient dorénavant interdites aux syndicats de travailleuses et de travailleurs.

J’ai entendu le ministre Boulet déclarer en entrevue qu’il reconnaissait que les syndicats étaient responsables de plusieurs des avancées sociales du Québec, qu’il ne voulait pas les empêcher de continuer à apporter leur contribution, et qu’il voulait seulement donner plus d’outils aux travailleuses et aux travailleurs afin qu’ils puissent se prononcer démocratiquement sur ces activités syndicales.

On reconnait là tout le paternalisme et le mépris de ce gouvernement envers les syndicats et les travailleuses et les travailleurs du Québec. Il faut vraiment que ce gouvernement les prenne pour une bande de caves, ignorant les actions politiques de leur syndicat, et privés de moyens pour contester ou dire leur mot sur toutes ces actions syndicales.

Mon expérience

J’ai passé toute ma vie active à occuper des fonctions syndicales. J’ai été représentant syndical dans mon usine, j’ai côtoyé les membres tous les jours. J’ai été conseiller syndical et tenu des centaines d’assemblées syndicales sur de multiples sujets. J’ai été directeur québécois de mon syndicat et j’ai participé à des dizaines d’instances et de congrès où je devais rendre des comptes aux représentantes et représentants des unités de négociation de mon syndicat. J’ai terminé ma carrière comme conseiller politique de la FTQ, où j’ai côtoyé des représentantes et représentants des syndicats affiliés à la FTQ.

Durant toutes ces décennies, j’ai toujours été accessible et au service des membres. Au cours de toutes ces années, je n’ai reçu qu’une seule plainte d’un membre concernant l’action politique que nous menions. C’était en 2012, au moment de la grève du mouvement étudiant. J’étais alors directeur québécois de mon syndicat et, lors d’une instance, nous avions décidé de façon démocratique d’appuyer les revendications des associations étudiantes.

Un de nos membres m’avait alors signifié par texto son désaccord. C’est la seule plainte concernant l’action politique que j’ai reçue au cours de ma carrière. J’ai reçu, à l’occasion, des plaintes d’autres natures, mais pas pour l’action politique. Je suis convaincu de ne pas être l’exception dans le monde syndical. Mon parcours syndical est une preuve directe que le ministre Boulet a trouvé une solution à un problème qui n’existe pas.

Une Kakistocratie

Un terme a été inventé pour qualifier le type de gérance du gouvernement Legault : la « Kakistocratie ». Voici ce que j’ai pu lire comme définition:

« Kakistocratie » est construit à partir de deux mots grecs : kakistos, qui signifie « les pires » et kratos, « le pouvoir », terminaison qu’on retrouve dans démocratie (le pouvoir du peuple, demos en grec), soit un gouvernement dirigé par des incompétents

Voilà où nous en sommes après sept années de gouvernement de la CAQ. Une Kakistocratie, un État dirigé par des incompétents!