La prochaine hausse du salaire minimum peut paraître lointaine, mais les travaux visant à fixer le taux horaire des plus bas salarié.e.s du Québec se déroulent fort probablement déjà entre les murs du ministère du Travail.
En prévision de l’annonce prévue au début de l’année prochaine, le Front de défense des non-syndiqués.es invite le ministre à faire preuve de courage politique et à lutter de manière durable et significative contre la pauvreté au Québec en fixant un salaire minimum supérieur à 20,00 $.
En ce moment, le salaire minimum au Québec est de 16,10 $ l’heure, ce montant est nettement insuffisant, puisqu’il laisse une travailleuse ou un travailleur occupant un emploi à temps plein avec un déficit personnel de 28 % (soit près de 10 000 $) par rapport au revenu disponible nécessaire pour sortir durablement de la pauvreté et participer pleinement à la société.
Les différents indicateurs de sortie de pauvreté (la mesure de faible revenu (MFR60), soit 60 % du revenu médian, ou le revenu viable calculé par l’IRIS) démontrent qu’il faut un revenu disponible entre 37 362 $ et 40 084 $ pour qu’une personne seule puisse s’extirper de l’insécurité économique.
Les 26 906 $ qui restent dans les poches d’une personne au salaire minimum creusent un écart considérable, menant l’acceptation de conditions de logement insalubre ou l’abandon de projets d’études. Il est à noter, par ailleurs, que les demandes d’aide alimentaire ont bondi de 37 % depuis 2022[1] et que les ménages du quintile le plus pauvre (revenus de moins de 30 000 $) ont vu leur revenu diminuer de 568,00 $, un recul de près de 2 % entre 2020 et 2024[2].
Le salaire minimum a connu un progrès important dans les dernières années grâce à la mobilisation et à une certaine volonté politique. Cependant, il faut accélérer le rattrapage. L’ensemble des salaires a progressé rapidement depuis la pandémie : en 2026, le salaire moyen au Québec dépassera les 35,50 $[3] soit une croissance de 32 % depuis 2019. Si le gouvernement applique réellement son énoncé politique visant à porter le salaire minimum à 50 % du salaire moyen[4], on peut s’attendre à un taux de 17,75 $ pour 2026. Cette augmentation attendue demeure insuffisante, puisqu’ elle laissera un manque à gagner de plus de 20 % dans le budget des travailleuses et travailleurs.
Les associations patronales sauront, encore une fois, nous faire peur en brandissant la menace des pertes d’emploi, de l’inflation ou de la perte de compétitivité. S’ajouteront cette année à leur répertoire les tarifs de Trump et le chômage des jeunes.
Il est vrai que la situation de l’emploi chez les jeunes de moins de 25 ans s’est détériorée par rapport à la période de pénurie de 2022, le taux d’emploi étant passé de 65 % à 60 %. Cependant, les études économiques fondées sur des méthodologies récentes ont clairement invalidé l’idée de la relation directe entre la hausse du salaire minimum et les pertes d’emploi.
Si le gouvernement du Québec veut démontrer qu’il prend au sérieux la lutte contre la pauvreté, il doit se rappeler que le salaire minimum est son meilleur levier pour améliorer les conditions de travail dans le secteur privé et pour les personnes non syndiquées. Une hausse du salaire minimum au-delà des 20,00 $ l’heure constitue une mesure efficace pour donner à plus de 177 000 travailleuses et travailleurs du Québec une réelle chance de se sortir durablement de la pauvreté.
Espérons qu’en janvier 2026, le ministre du Travail aura le courage d’écouter les travailleuses et travailleurs qui peinent à joindre les deux bouts et qu’il ne se contentera pas d’un 17,50 $ visant à plaire aux employeurs. Espérons qu’il reconnaîtra enfin la contribution essentielle des bas salariés.es du Québec à la société et qu’il leur rendra leur dû.
[3] En septembre, il était déjà à 35,55 $ selon Statistique Canada. Tableau 14-10-0065 -01 / Salaires des employés selon la permanence de l'emploi et la couverture syndicale, données mensuelles non désaisonnalisées.

