Au cours des dernières semaines, le gouvernement de François Legault a adopté des lois antisyndicales très contraignantes. Il vient maintenant de lancer les consultations à propos de son projet de loi sur la transparence et la gouvernance syndicales, le projet de loi no 3.
Sur la place publique, le ministre du Travail, Jean Boulet, multiplie les attaques contre les organisations de travailleuses et de travailleurs, prétextant que les conflits de travail prennent trop souvent et malheureusement la population en otage et particulièrement les personnes en situation de vulnérabilité. Dans ses divers plaidoyers, Jean Boulet invoque régulièrement la sécurité sociale, économique ou environnementale des Québécoises et des Québécois pour défendre la décision de son gouvernement de restreindre les droits des travailleuses et travailleurs syndiqués.
Il est vrai que certains conflits de travail occasionnent passablement de désagréments. Quelques jours, voire quelques semaines, de grève génèrent bien sûr des inquiétudes, des entraves et des bouleversements dans la vie de la population. Faut-il en conclure pour autant que la population est littéralement prise en otage ? L‘expression est lourde de sens, avouons-le. C’est un peu fort de café de laisser entendre que les syndicats sont responsables de l’incertitude et de l’insécurité qui minent actuellement la vie d’une bonne partie de la société. En réalité, cette opération de la CAQ ressemble davantage à un stratagème afin de faire oublier son catastrophique bilan politique, social et économique.
Les véritables sources d’insécurité
Si le gouvernement Legault s’intéressait véritablement à la sécurité économique, sociale ou environnementale des Québécoises et des Québécois, il se pencherait en premier lieu sur la réalité des familles qui peinent à trouver un loyer abordable. Des familles inquiétées par la pénurie de logements, à la merci d’un marché impitoyable où la surenchère et des propriétaires insatiables condamnent les moins nantis à vivre dans l’insécurité locative.
De la même manière, si le gouvernement de la CAQ était réellement soucieux de la sécurité économique des gens de chez nous, il s’inquièterait de voir des familles, de plus en plus nombreuses, utiliser les comptoirs d’aide alimentaire pour se rendre à la fin du mois.
Il faudrait peut-être rappeler aux élues et élus de la CAQ que l’insécurité revêt de multiples autres visages au Québec. Pensons à nos personnes aînées qui ont de la difficulté à trouver des résidences pour les accueillir et leur offrir des soins convenables. On peut également facilement envisager l’inquiétude d’un nombre grandissant de Québécoises et de Québécois qui n’ont pas accès à un médecin de famille. Et que dire de nos enfants les plus vulnérables dans les écoles, qui voient peu à peu disparaitre les services d’accompagnement. C’est au quotidien que toutes ces personnes vivent différents épisodes d’inquiétude et d’insécurité.
Au moment où notre jeunesse souffre de plus en plus d’écoanxiété face à l’avenir de la planète, nous apprenions, dernièrement, que le gouvernement Legault tournait maintenant le dos à l’environnement pour se lancer tête baissée dans une économie de guerre et dans le soutien de multinationales énergivores, comme Google, Microsoft et autres rapaces numériques. À n’en pas douter, ce doit être très rassurant pour nos jeunes...
Alors, quand nous entendons ces messieurs et ces dames de la CAQ affirmer qu’ils et qu’elles s’inquiètent pour la sécurité et le bien-être de la population, quand on analyse les choix politiques de ce gouvernement, on comprend aisément le cynisme croissant de nos concitoyennes et de nos concitoyens. Tout le monde constate qu’il est plus facile aujourd’hui, pour François Legault et ses troupes, de s’attaquer aux syndicats et de tenter d’identifier des coupables, plutôt que de reconnaître l’échec de leurs politiques sociales et économiques.
À la lumière de toutes ces réalités, nous pouvons raisonnablement affirmer que les véritables facteurs d’insécurité au Québec restent sur la touche dans le débat parlementaire actuel. Et pour reprendre une expression chère aux caquistes, nous sommes en droit de demander qui sont ces gens « qui prennent trop souvent et malheureusement la population en otage et particulièrement les personnes en situation de vulnérabilité ? » Les organisations syndicales ou le gouvernement ?

