L’auteur est porte-parole du Regroupement Vigilance Mines Abitibi-Témiscamingue (REVIMAT)

Le congrès de la Coalition pour que le Québec ait Meilleure Mine (QMM) s’est tenu le 18 novembre 2025 au manoir du Lac Delage. L’objectif de la rencontre était de rédiger une déclaration qui engloberait les enjeux à défendre concernant la défense de l’environnement ainsi que les droits des peuples autochtones et des populations locales face aux impacts miniers sur les territoires du Québec.

Rappelons que la première loi sur les mines au Québec, l'Acte général des mines de Québec, a été adoptée en 1880. Cette loi établissait que le gouvernement du Québec était propriétaire du sous-sol sur tout son territoire. Le gouvernement, jugeant qu’il n’avait pas les moyens d’exploiter ses ressources minérales, s’en est remis aux minières privées pour les exploiter. En échange, des redevances minières devaient être versées. Ces dernières étaient faibles comparées aux profits encaissés par les minières. À titre d’exemple, on a enregistré des redevances durant la période de 2002 à 2008 d'environ 259 millions de dollars, soit une moyenne de 43 millions $ par année.

Comment QMM a pris forme

Après une baisse marquée de l’activité minière entre 1987 et 2004, QMM a vu le jour en 2008 dans un contexte de croissance minière. Le projet minier ayant favorisé la création de la coalition est la mine d’or Canadian Malartic appartenant à Osisko. C’est aujourd’hui la plus grande fosse de mine à ciel ouvert au Canada.

À l’époque, la minière Osisko avait décidé qu’elle déménageait au total 138 maisons sur 205 du secteur sud de Malartic vers le quartier nord, les autres étant détruites sans même attendre l’autorisation gouvernementale. Elle avait aussi délocalisé six édifices publics à Malartic. Environ un cinquième de la ville a été déplacé, ce qui représentait 500 à 600 personnes sur une population totale de 3 592 habitants, le tout en pleine enquête du Bureau d’audience publique (BAPE). Les élus appuyaient le projet, car ils espéraient voir la ville s’agrandir jusqu’à 8000 habitants. Aujourd’hui, il n’y a que 3489 habitants. Le rêve de l’augmentation de la population n’était qu’une chimère.

Cette délocalisation sauvage de la population résidant au sud de la ville a donc déclenché la mobilisation citoyenne. Dans ce contexte de perturbation, QMM a pris forme. Ugo Lapointe, Henri Jacob et Me Nicole Kirouac étaient responsables des communications, ainsi que moi-même, à titre de président du Syndicat de l’enseignement de la Jamésie et de l’Abitibi-Témiscamingue.

Sans surprise, Osisko a eu l’autorisation d’exploiter le site. La compagnie minière en a été le maître d’œuvre jusqu’en 2014. Cette année-là, elle a cédé la mine en échange de 5% des redevances aux compagnies Agnico Eagle Mines et Yamana Gold. Son passage a été teinté de plusieurs infractions règlementaires dans ses opérations. L’important pour elle était de procéder rapidement. Les pénalités étaient probablement plus faibles que les sommes requises si elle se conformait.

QMM a commencé à gagner une large reconnaissance publique vers 2011 dans le contexte politique où le gouvernement péquiste légiférait pour augmenter les redevances minières.

Le nom de QMM a résonné dans le milieu minier lorsqu’elle a aidé à déposer une demande de recours collectif en août 2016 avec le cabinet d’avocats TJL. Les demandeurs désiraient obtenir des dédommagements pour les inconvénients causés par la minière et ils voulaient aussi pouvoir vendre leur maison à la minière au montant de l’achat d’une nouvelle propriété ailleurs. La minière a déposé, un mois plus tard, un guide de compensation pour les citoyens qui subissaient des inconvénients. Le litige entre les deux partis s’est finalement terminé en décembre 2019 après la signature d’une entente hors cour.

Que représente QMM en 2025

Aujourd’hui, la coalition QMM, sous la supervision de Me Rodrigue Turgeon, regroupe une quarantaine d’organismes qui représentent collectivement 300 000 personnes. On y retrouve des comités de citoyens, des organismes environnementaux, des syndicats, des instituts de recherches universitaires et des associations de médecins. Son implication s’est élargie et couvre autant les droits des peuples autochtones et des populations locales que la protection de l’environnement.

En effet, la coalition note qu’au Québec le régime minier québécois repose sur la dépossession des peuples autochtones et la négation de leurs droits ancestraux. Pourtant, depuis 2007, on retrouve dans la Déclaration des Nations Unies que les droits collectifs et individuels des peuples autochtones concernant leurs terres, leurs territoires et leurs ressources doivent être respectés.

La coalition dresse le portrait du rôle que jouent les gouvernements provincial et fédéral dans le développement minier. C’est encore plus évident depuis que le président Trump a imposé des tarifs. Les gouvernements placent maintenant les industries minières et militaires au cœur de leur vision économique, même si c’est au détriment de la qualité de l’environnement. Pourtant, la population revendique une protection accrue de l’environnement et de sa santé. QMM met donc en lumière que tout le discours politique qui traite de la transition, de la numérisation, de l’électrification et de la militarisation de l’économie repose sur la consommation de minéraux.

Elle démontre que la circularité de l’économie québécoise ne parvient pas à réduire l’extraction de gisements vierges dans un contexte de demandes croissantes en minéraux.

Finalement, la coalition constate qu’une large partie de la population et des élus dans les municipalités affectées par l’exploitation minière cherchent à convaincre le gouvernement provincial de hausser et de redistribuer les redevances minières sans sacrifier les ressources des générations futures.

Déclaration de QMM approuvée lors du congrès

  • Les lois minières doivent respecter les droits des peuples autochtones et des populations locales et assurer une protection réelle de l’environnement et de la santé publique;
  • L’agenda gouvernemental de militarisation de l’économie doit être rejeté;
  • Une conversation nationale sur le détournement de la transition énergétique à des fins militaires doit avoir lieu;
  • L’eau douce, l’air pur et la biodiversité sont critiques et d’intérêt national;
  • La lutte à la surconsommation minérale doit devenir une priorité nationale;
  • L’exploitation minière au Québec doit répondre aux besoins réels de l’humanité;
  • L’importation et l’exportation de minéraux nécessaires ne peuvent se faire au détriment de la dignité humaine;
  • L’activité minière ne doit pas exacerber la crise climatique et l’effondrement de la biodiversité;
  • La diversification des économies régionales doit être priorisée devant l’exploitation primaire des ressources;
  • La transformation locale des minéraux nécessaires doit être encouragée;
  • La préséance et l’autorégulation de l’activité minière doivent être abolies;
  • Les peuples autochtones et les populations locales doivent obtenir justice.

En foi de quoi, nous poursuivrons nos actions jusqu’à ce que nos gouvernements encadrent le secteur minier de telle façon.