Quel bilan peut-on tirer de la COP30 et du Sommet des peuples qui se sont tenus à Belém au Brésil ?
Tel était l’objet de la table ronde qui s’est tenue à l’Université de Montréal, le 26 novembre dernier, à laquelle ont participé trois panélistes qui revenaient de Belém : la professeure de géographie au Cégep Ahuntsic, Marie-Josée Béliveau, la jeune participante Thalie Labonté (via LOJIQ – Les Offices jeunesse internationaux du Québec) et Claudevan da Silva Santos, Autochtone de la Volta Grande du Xingu – une région brésilienne marquée par les impacts cumulés du barrage Belo Monte et par la présence menaçante d’une minière canadienne.
Le prix fossile au Canada
Contrairement aux COP précédentes, le Canada a fait piètre figure. Le premier ministre, Mark Carney, a préféré se rendre aux Émirats arabes unis pendant que la COP se déroulait à Belém, a ironisé Marie-Josée Béliveau.
Dans ce contexte, il est peu surprenant que le Canada ait reçu le prix satirique « Fossile du jour » lors de la COP30, en raison du recul dans ses politiques climatiques et son manque de leadership. Ce prix a été attribué au Canada parce que le gouvernement a été jugé « complètement absent » des négociations où le multilatéralisme devrait être sauvé, selon l’organisation Climate Action Network International.
Ce prix a été décerné au Canada avant que le gouvernement Carney annonce son intention de développer un oléoduc de l’Alberta aux côtes de la Colombie-Britannique, sans le consentement du gouvernement de cette province ni des nations autochtones, oubliant ainsi son projet de plafonner les GES des énergies fossiles.
Si, à la COP30, les pays ont une fois de plus échoué à s’attaquer à la cause principale des changements climatiques, les énergies fossiles, elle a été – paradoxalement –un moment d’espoir politique : l’affirmation de peuples qui refusent de disparaître.
Le témoignage de Claudevan da Silva Santos était très éloquent en ce sens. Dès qu’il a pris la parole, il n’y est pas allé d’un conte diplomatique : il a livré un cri.
« Nous existons, nous résistons »
Claudevan a commencé par raconter ce que la plupart des délégations dans la zone bleue de la COP30 n’ont jamais entendu. La zone bleue, c’est la zone la plus restreinte de la COP où ont lieu les grandes négociations officielles avec les délégations des différents pays ainsi que les réunions à huis clos.
« La Volta Grande du Xingu est en train de mourir », a-t-il dit. La rivière, « origine de la vie », est asséchée. Les poissons disparaissent. Les terres, vidées de leur eau, craquent sous le soleil amazonien. Le barrage de Belo Monte – « l’un des plus grands du monde » – a bouleversé un équilibre millénaire au profit d’une énergie bon marché destinée… non pas aux populations locales, mais aux industries extractives de la région.
Et c’est précisément cette énergie abondante et bon marché qui attire Belo Sun, une société minière canadienne désireuse d’implanter une grande mine d’or à ciel ouvert. Au lieu de répondre aux préoccupations légitimes concernant l’impact de ce projet sur l’environnement et les droits de la personne, l’entreprise a intenté une action pénale afin de criminaliser les défenseurs des terres brésiliennes.
« L’argent ne peut pas avoir plus de valeur que la vie », a martelé Claudevan.
Les délégations autochtones étaient venues à Belém pour se faire entendre. Pourtant, comme trop souvent dans les COP, les gardiens de la forêt sont restés à la porte : noyés dans un océan de 1 600 délégués de l’industrie énergétique, contre environ 100 représentants autochtones.
« Nous avons traversé des milliers de kilomètres, des heures de bateau et de bus pour être là, mais nous n’avons pas été écoutés. »
Dans les rues de Belém, une autre COP
Si la COP officielle donne souvent la sensation d’un théâtre figé – où les engagements s’effritent chaque année davantage – Marie-Josée Béliveau a rappelé que cette COP30 avait pourtant quelque chose d’unique : elle se déroulait en Amazonie.
Le Sommet des peuples, accueilli sur le campus de l’Université fédérale du Pará, a réuni des milliers de délégués autochtones venant de tout le bassin amazonien. « L’ambiance n’était pas à la fatalité : elle était à la mobilisation, souligne Marie-Josée Béliveau. Les vrais gardiens de l’Amazonie, ce sont les peuples autochtones. »
Cette mobilisation s’est manifestée sur le terrain. Les Mundurukus ont bloqué l’entrée du site officiel pendant plusieurs heures. Les mouvements autochtones ont réussi, à une occasion, à franchir brièvement la sécurité de l’ONU, forçant la fermeture du site. Le lendemain, la COP est devenue une scène aseptisée, fortement militarisée et contrôlée par les industries fossiles.
Les discussions parallèles, la COP du peuple et le tribunal des peuples sur la destruction de l’Amazonie ont redonné un sens politique au mot « urgence ». Dans ces espaces, on ne parlait pas de « neutralité carbone » à l’horizon 2050 : on parlait de survie, de territoires, de morts, d’assassinats, de barrages, de mines, de crédits carbone transformés en menaces coloniales modernes.
Un fonds qui fond
Dans la salle, une étudiante a demandé : « Qu’en est-il du nouveau fonds international proposé pour payer les pays afin de préserver leurs forêts ? »
Le mécanisme, annoncé en fanfare par la présidence brésilienne, était censé disposer de 125 milliards de dollars. Il s’est finalement réduit à… 5 milliards. Un effondrement spectaculaire et un signal clair que les pays riches préfèrent les promesses creuses à la redistribution réelle.
Marie-Josée Béliveau a soulevé un autre point : le fonds doit être financé en grande partie par des capitaux privés. « Est-ce vraiment à des entreprises privées de dicter la protection du climat ? », demande-t-elle. La réponse paraît évidente quand on observe les stratégies agressives de certaines compagnies cherchant à imposer des projets controversés de crédits carbone aux communautés autochtones. Pour plusieurs peuples, ces crédits ne sont pas une solution : ils sont une nouvelle forme de dépossession.
Belo Monte, Belo Sun, et l’ombre canadienne
Durant toute la table ronde, une question revenait comme un écho : quelle est la responsabilité du Canada dans tout cela ?
Car Belo Sun est une entreprise canadienne. Et l’inaction du gouvernement fédéral face aux accusations répétées de violations environnementales et sociales est un silence assourdissant.
Claudevan l’a dit avec une clarté douloureuse : « Nous demandons que le Canada nous écoute. Que son gouvernement empêche cette entreprise de détruire davantage notre territoire. »
Comment ne pas voir dans cette situation une continuité du colonialisme extractif ?
Ce que nous enseigne Belém
En sortant de l’événement, je repensais à ce que Marie-Josée avait dit : « Les peuples autochtones n’ont pas besoin de crédits carbone pour protéger la forêt. Ils la protègent déjà, au prix de leur vie. »
Car s’il y a une leçon à tirer de Belém, c’est celle-ci : Les COP continueront d’échouer tant qu’elles excluront ceux qui protègent réellement la planète.

