Le 29 septembre 2015, le Gouverneur de la Banque d’Angleterre de l’époque, M. Mark Carney, prononçait au Lloyds of London un discours remarqué, qualifié par certains « d’historique ». Sous le titre inspiré de « La tragédie des horizons », il identifiait, selon lui, une des causes importantes de l’incapacité des décideurs politiques et financiers à agir efficacement sur les risques climatiques catastrophiques dont il reconnaissait la réalité.

Ainsi donc, avec des élections à tous les 4 ou 5 ans, ou avec des bilans financiers trimestriels ou annuels, les politiciens et les financiers prennent leurs décisions dans des «horizons» temporels à très court terme pour répondre aux demandes, aux besoins et aux exigences de leurs commettants, alors que les impacts de leurs décisions au niveau de l’accumulation des gaz à effet de serre et des extrêmes climatiques qu’ils engendrent ne sont perceptibles qu’après plusieurs décennies, voire des siècles.

Ce temps long entre les décisions et la prise de conscience de leurs conséquences rend difficiles sinon impossibles l’évaluation des résultats et, si nécessaire, la mise en place de politiques pour rectifier le tir. Avec le risque qui nous guette de perdre le contrôle sur le climat et qu’il soit trop tard pour y remédier.

Il n’est pas interdit de penser que la franchise, la lucidité et peut-être même un certain courage chez M. Carney aient pu jouer dans la décision du Secrétaire général de l’ONU, M. Antonio Guterres, le 1er décembre 2019, de le nommer « Envoyé spécial de l’action climatique » dans le but d’insuffler de l’ambition dans la mise en œuvre d’une action climatique vers une économie à neutralité carbone.

Il n’est pas exclu non plus de penser que certains Canadiens aient pu le choisir comme premier ministre en lui reconnaissant une capacité de penser à plus long terme.

Mais que s’est-il donc passé chez M. Carney durant les 10 dernières années, pour que, de lanceur d’alerte sur la « tragédie des horizons » en 2015, il se transforme en 2025 en acteur important d’un « horizon tragique » en dirigeant un gouvernement qui ouvre la porte à la construction d’un nouveau pipeline, en adoptant la loi C-5, qui permet à certains projets de contourner de multiples lois ou règlementations actuelles, majoritairement liées à la protection de l’environnement?

Que penser du projet de loi C-15 discuté actuellement en Chambre et qui permettrait à tout ministre « d’exempter toute personne, entreprise ou organisation de l’application de toute loi fédérale et de tout règlement si elle propose un projet visant à stimuler l’innovation, la compétitivité ou la croissance économique »?

Un tel projet de loi viendrait valider le droit à un abus de pouvoir. Il n’y a pas d’avenir pour une économie qui ne se fonde pas sur l’écologie. Et il faut refuser une économie qui fragilise les conditions de vie de nos enfants, petits-enfants et générations futures.

Durant les Fêtes, les Anciens aimaient exprimer leurs vœux par l’expression « Santé, Prospérité, et le Paradis à la fin de vos jours!» Qu’on se le dise : il n’y a aucune prospérité et santé possible quand on relativise ou tourne le dos aux lois qu’on s’est données pour protéger la vie sous toutes ses formes. Sinon, nos vœux ne seront que des vœux pieux.

Si chacun et chacune d’entre nous s’engage à défendre et à promouvoir notre héritage de lois environnementales, alors, il me semble que nos vœux à celles et ceux qui nous sont chers pourraient s’exprimer ainsi : « Santé, Prospérité, et un Horizon d’espoir et de confiance en l’avenir avant la fin de vos jours »!