Le jeudi 15 janvier dernier, le Mouvement Onésime-Tremblay tenait à Jonquière une conférence de presse pour informer la population d'une démarche importante effectuée au tout début de l’année 2026. Dans une lettre envoyée à la ministre Christine Fréchette, le Mouvement Onésime-Tremblay interpelle cette dernière au sujet du non-respect des engagements de Rio Tinto.

En conférence de presse, l’association des retraités syndiqués d'Alcan Rio Tinto, Mères au front Saguenay, Climat Québec, Québec Solidaire et l'ancien député du Bloc Robert Bouchard ont appuyé la démarche du Mouvement Onésime-Tremblay. Voici le contenu de la lettre à la ministre.

Saguenay, le premier janvier 2026

Mme Christine Fréchette
Ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie
Assemblée nationale du Québec
Hôtel du Parlement
1045, rue des Parlementaires

Québec (Québec) G1A 1A3
ministre@economie.gouv.qc.ca

Sujet: Bail de la Péribonka et non-respect des engagements. Le Mouvement Onésime-Tremblay demande au gouvernement d’appliquer la clause qui lui permet de prendre possession des barrages et de leurs installations.

Madame la ministre,

La présente est pour attirer votre attention sur le non-respect connu, reconnu et aujourd'hui banalisé des engagements de Rio Tinto envers le gouvernement du Québec et la population du Québec.

En 1984, le gouvernement du Québec et Alcan renouvelaient le bail de la rivière Péribonka pour les 50 années suivantes, avec une option de renouvellement supplémentaire de 25 ans, soit de 2033 à 2058. En retour du droit d’exploiter ses trois barrages sur ladite rivière, Alcan s’engageait en contrepartie à construire trois usines de classe mondiale (400 000 tonnes métriques). En vertu des clauses du bail, le non-respect des engagements par Alcan entraînait l’annulation de l’entente supplémentaire, ainsi que la prise de possession par le gouvernement des barrages ainsi que de toutes les installations permettant leur exploitation.

À l’époque, la signature de ce bail s’inscrivait dans un contexte de fermeture des vieilles usines d’Alcan et donc, de pertes d’emploi. Cette question des emplois a une forte résonance au Saguenay Lac-Saint-Jean, puisqu’au début des années 60, les barrages d’Alcan avaient été dispensés de nationalisation parce que la multinationale créait un grand nombre d’emplois bien rémunérés. C’est ce qu’on appelle dans notre région le « pacte social » : privilèges en retour d’emplois. C’est dans l’esprit de ce pacte que le renouvellement du bail de Péribonka en 1984 comprenait des engagements contraignants pour Alcan.

Que s’est-il passé depuis la signature de ce bail ? En 2006, deux usines avaient été construites (Alma et Laterrière), mais il en manquait une. Le gouvernement et Alcan ont alors signé une entente dite « de continuité » qui donnait jusqu’en 2015 à la multinationale pour respecter ses engagements. En 2015, on a ajouté cinq ans à ce délai et en 2020, rebelote avec un autre cinq ans fixant l’échéance au 31 décembre 2025.

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Rio Tinto, qui, entre-temps, a fait l’acquisition d’Alcan en 2007, a entrepris la construction de la deuxième phase de son usine d’Arvida, qui portera la production à 220 000 tonnes métriques, soit la moitié de son engagement. Si on en croit une entrevue donnée à La Presse en novembre par le président de Rio Tinto Aluminium Jérôme Pécresse, la construction de la deuxième moitié de l’usine n’est même pas dans les cartons. On ne saurait être plus clair, non seulement ils n’ont pas respecté leur engagement, mais ils n’ont pas l’intention de le faire, et ce, malgré les multiples délais. Sur le front des emplois, il faut parler d’hécatombe, puisqu’on en sera bientôt aux environs de 3 000 comparativement à 12 000 au début des années ‘80. Qu’est-ce qu’attend votre gouvernement pour mettre son pied à terre et imposer le respect des clauses du bail de Péribonka?

En juin dernier, deux anciens cadres d’Alcan (Jacques Dubuc et Myriam Potvin) lançaient un cri d’alarme en publiant un livre (L’exploitation de notre eau, Éditions Somme Toute). Dans ce livre, les auteurs étaient catégoriques: « Les engagements de Rio Tinto pris dans l’entente de 2006 sont toujours valides. Le dernier délai pour réaliser cet engagement aurait dû être le 31 décembre 2025.

Son non-respect devrait avoir pour conséquence de libérer le gouvernement de ses propres engagements dans l’entente de 2006, comme précisé dans le renouvellement du bail de la rivière Péribonka. Le levier du bail de location des forces hydrauliques de la rivière Péribonka et des conditions qui s’y rattachent se trouve toujours entre les mains du gouvernement du Québec » (p. 61).

Compte tenu que RTA n'a pas respecté ses engagements, le Mouvement Onésime-Tremblay interpelle donc le gouvernement afin qu’il signifie à Rio Tinto que l’entente supplémentaire de 25 ans est annulée et qu’il entend, en 2033, reprendre possession des trois barrages de la Péribonka ainsi que les installations les accompagnant. Ne rien faire signifierait qu’on accepte l’inacceptable, soit de prolonger indûment une entente avec une compagnie qui a refusé de respecter ses engagements, malgré les nombreux délais de plus de 20 ans, dont elle a bénéficié.

Ce geste représentera un geste significatif de respect de la parole, de dignité et d’indépendance.

Merci, en espérant une réponse de votre part.

Mouvement Onésime-Tremblay

c.c.: François Legault, premier ministre du Québec
Marc Tanguay, chef de l’opposition
Ruba Ghazal, co-cheffe parlementaire 2° opposition
Sol Zanetti, co-porte-parole 2° opposition
Paul Saint-Pierre Plamondon, chef 3° opposition

Créé dans la foulée d’un colloque (1926-2026 : cent ans d’occupation par Alcan et Rio Tinto, le bilan s’impose) tenu à Saguenay le 22 octobre 2024 et rassemblant une centaine de participant(e)s provenant des milieux communautaires, écologistes, syndicaux et populaires, le Mouvement Onésime-Tremblay a pour objectifs: 1 - de favoriser l’expression et la diffusion d’un point de vue axé sur le bien commun face à l’impact des actions passées, présentes et futures d’Alcan et Rio Tinto. 2 - De contribuer à la reprise en main de nos ressources naturelles dans l’intérêt de la collectivité.