En 2019 paraissait en anglais un livre qui, une fois traduit, porte le titre de Tricheur en chef.

L’auteur, Rick Reilley, un maître golfeur qui a souvent joué avec Donald Trump, raconte comment ce dernier organise effrontément la tricherie. « Trump ne triche jamais, son caddie le fait pour lui », écrit-il, ajoutant que le caddie a pour mission de déplacer discrètement la balle sur le gazon, d’un mouvement furtif. Pour parvenir le premier à la balle, qu’il rapproche souvent du trou avec son pied, Trump utilise des karts ultra-rapides qui labourent le gazon. Personne ne consulte ses cartes de pointage. Il proclame son résultat, c’est tout.

Les joueurs de golf appellent ce genre de type un crosseur!

Le Commissaire européen Thierry Breton – à qui on a bloqué l’entrée aux USA pour cause de résistance aux volontés du Parrain – s’était insurgé il y a six mois quand les pays d’Europe se sont mis à genoux dans la gravelle et ont baisé la bague du caïd en signant avec lui des ententes qui commandaient des tarifs douaniers de 25%. Reprenant la fameuse phrase de Churchill prononcée en 1940, il avait averti les dirigeants européens : «Vous avez eu à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur, vous aurez la guerre!»

En se tenant debout pour une rare fois et en refusant de baiser la bague, les pays européens menacés par Trump l’ont forcé à se tirer avec une pirouette des menaces proférées à l’endroit des Danois et du Groenland. Là-dessus, il faut souligner la posture de Carney : mieux vaut être à la table plutôt qu’au menu.

Le mégalomane narcissique a atteint des sommets dans la folie des grandeurs en écrivant au premier ministre danois que, « étant donné que votre pays a décidé de ne pas m’attribuer le prix Nobel de la paix pour avoir mis fin à “PLUS” de huit guerres, je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix ».

« Le Danemark ne peut pas protéger ce territoire contre la Russie ou la Chine », a-t-il écrit sur Truth Social. « Le monde ne sera pas en sécurité tant que nous n’aurons pas le Contrôle Total et Absolu du Groenland », a-t-il répété. Notez les majuscules…

Mais la vérité est ailleurs.

En plus de mettre la main sur des terres rares, des minéraux critiques, du pétrole et du gaz, ce qui n’est pas sans attirer la convoitise de ce capitaliste prédateur, il pourrait se targuer de passer à l’histoire comme le président, qui aurait augmenté de plus de 20% la superficie des États-Unis. De quoi nourrir un ego insatiable.

En entendant Trump et Vance détourner de leur sens le drame de Minneapolis, eux qui rendaient coupable la victime de l’agent de ICE, on se souviendra de ces mots de Soljenitsyne au sujet des dirigeants soviétiques : « Nous savons qu'ils mentent. Ils savent qu'ils mentent. Ils savent que nous savons qu'ils mentent. Nous savons qu'ils savent que nous savons qu'ils mentent. Et pourtant, ils persistent à mentir. »

Cinquante ans plus tôt, Theodore Roosevelt, président des États-Unis, dénonçait la fourberie des Russes alors sous le joug du tsar Nicolas II. « What I cannot understand about the Russian is the way he will lie when he knows perfectly well that you know he is lying! » En 1906, Roosevelt recevait le prix Nobel de la paix pour sa médiation dans le conflit russo-japonais. De quoi attiser la jalousie de celui qui se décrit comme « un génie très stable ». Roosevelt a sa tête sculptée sur le mont Rushmore. Trump rêve de l’y rejoindre.

On peut puiser dans la mythologie grecque quelques explications sur la psyché de ce génie. Le géant Antée, fils de Gaïa, retrouvait sa force au contact avec sa mère, la Terre. Il devenait invincible dès qu’il touchait le sol. Ce sont les projecteurs, une drogue dure pour lui, qui lui donnent l’illusion d’être invincible. C’est la raison pour laquelle il ne se passe pas une journée sans qu’il s’offre aux feux de la rampe, ce qui le convainc de sa puissance supposée. Même quand il profère à une journaliste des aménités comme : « Ferme-la, cochonne! »

Mais les feux de la rampe risquent de se révéler aussi fatidiques pour Trump que le fut le soleil pour Icare, qui s’y brûla les ailes…

Et l’affaire Epstein?

Disparue des écrans radars. Le prestidigitateur a depuis longtemps compris qu’en allumant des feux un peu partout sur la planète, l’attention se détourne de ce qui se passe à la maison. Mais après l’Iran, le Venezuela, Cuba, le Groenland, il faudra surveiller l’eau des Grands Lacs. Il en faut beaucoup pour irriguer les terrains de golf du Nevada, de l’Arizona, de la Floride…

Face à ce chaos planétaire, le départ de François Legault devient moins qu’une poussière de seconde sur le temps long de l’histoire.