L’auteur est syndicaliste
L’année 2026 sera une année électorale au Québec et certains diront : enfin! Il n’est pas trop tôt! Après huit ans d’un régime caquiste avec « papa » Legault à sa tête, on est mûrs pour du changement. D’accord! Mais pas n’importe quel changement et pas n’importe comment.
On croyait que la campagne électorale opposerait Francois Legault (CAQ), Pablo Rodriguez (Libéraux), Ruba Ghazal et Sol Zanetti (Québec Solidaire), Paul Saint-Pierre Plamondon (Parti Québécois) et Éric Duhaime (Parti Conservateur du Québec).
Mais le portrait a rapidement changé. Rodriguez a été forcé de démissionner, « papa » Legault a annoncé sa démission, suivie par d’autres ministres d’importance. Aujourd’hui, deux partis doivent organiser une course à la chefferie en l’espace de quelques mois. À la CAQ, Christine Fréchette semble prendre de l’avance, chez les Libéraux, tout porte à croire que Charles Milliard sera leur nouveau chef.
La trame de fond de la prochaine campagne électorale
Le parti au pouvoir devra nécessairement défendre son bilan. Pas très reluisant, il faut le dire. Un système de santé où l’accès à un médecin de famille n’est toujours pas réglé et qui est en éternelle pénurie de main-d’œuvre. La création de Santé Québec, une structure qui devait révolutionner notre système de santé, n’a à ce jour rien réglé de concret.
Les infrastructures, les routes, les hôpitaux et les écoles tombent en ruine. Le système d’éducation était une priorité pour « Papa » Legault. Mais la scolarité à trois vitesses est toujours en place, avec des coupures de budget et un manque de ressources pour aider les élèves en difficulté.
La crise du logement a été niée pendant tout le premier mandat pour ensuite être admise du bout des lèvres devant l’augmentation du nombre de personnes en situation d’itinérance. Que dire de l’adoption de lois qui sont des attaques directes envers les syndicats et les droits des travailleuses et travailleurs du Québec.
M. Legault se vante d’une augmentation de la richesse des familles québécoise plus rapide qu’en Ontario. Pourtant, les banques alimentaires du Québec n’ont jamais été aussi sollicitées. Et ce n’est là qu’un court survol du bilan des huit années au pouvoir de la CAQ. La personne qui prendra les rênes de ce parti aura un lourd bilan à défendre.
L’offre des partis d’opposition
Les partis de l’opposition n’ont pas de bilan à défendre, mais ils ont des défis à relever. Le nouveau chef libéral devra trouver une façon de se défaire de l’image d’un parti où la corruption, ou du moins l’apparence de corruption ne sont jamais trop loin. Une aura de « fling flang » flotte toujours dans l’air autour du Parti Libéral du Québec.
À la suite du dernier scrutin, Québec Solidaire affichait un air hautain face au Parti Québécois. Aujourd’hui, le parti n’est pas au bout de sa peine après avoir connu le départ de ses deux porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois et Émilise Lessard-Therrien. Cela s’est traduit par une baisse dans les intentions de vote et une stagnation de l’appui de la population à leur vision de ce que devrait être le Québec.
Paul St-Pierre-Plamondon flotte en tête des sondages depuis plusieurs mois. Certains pensent qu’il pourrait subir le même sort que le Parti Conservateur du Canada. Pour ma part, je crois que le plus grand défi du PQ sera de faire face à la peur qui pourrait être ressentie par le peuple québécois à cause des frasques de notre voisin du Sud. Les électeurs pourraient choisir la stabilité du Canada plutôt que l’incertitude que peut représenter la création d’un pays. Et vous pouvez être sûr que nos bons amis fédéralistes et pseudo nationalistes de la CAQ vont s’en donner à cœur joie pour alimenter cette crainte.
Un autre défi pour PSPP et son parti est d’aller au-delà de la promesse de la tenue d’un référendum. Il doit nous présenter le processus qui mènera à un référendum et la façon dont le Québec sera gouverné dans l’intervalle. Est-ce que nous aurons une société où le dialogue social prend tout son sens et que l’objectif de réduire les inégalités sociales est primordial, ou bien une société où le libéralisme fait foi de tout.
Finalement, le Parti Conservateur du Québec, va-t-il se contenter de capitaliser sur l’insatisfaction d’une partie de la population, promettre la construction du troisième lien et proposer ses mêmes vielles idées de privatisation des services publics et de baisses d’impôt pour tenter de faire élire au moins un député sur la Rive-Sud de Québec, ou bien se présenter comme une réelle option pour l’ensemble du Québec.
Avec toutes ces offres politiques, personne ne peut prédire l’issue de la prochaine élection. À cause de notre mode de scrutin, nous pouvons nous retrouver avec un gouvernement majoritaire élu avec l’appui de moins de 40% de la population. Il est aussi possible que nous ayons un gouvernement minoritaire. Ce qui saute aux yeux, c’est qu’aucun parti politique ne réussit à fédérer une majorité de la population. Nous en sommes souvent réduits à voter contre une option ou pour la moins pire des options.
Le rôle fédérateur des syndicats
À mon avis, les syndicats et les grandes centrales syndicales (FTQ, CSN, CSQ) pourraient et devraient jouer ce rôle fédérateur de la volonté du peuple québécois. Les centrales ont le savoir-faire. Elles savent être à l’écoute de leurs membres, recueillir leurs revendications et leurs aspirations. Elles savent créer des forums de discussion efficaces. Elles le font avant les négociations avec les employeurs, mais également pour décider des grandes orientations de leurs organisations respectives.
Les centrales ont des structures qui leur permettent d’être présentes dans toutes les régions du Québec. Tout ce savoir-faire et ces structures régionales devraient être mis au service de la population québécoise pour fédérer ses aspirations et déterminer ce que le Québec devrait être.
La CAQ et le ministre Boulet tentent de museler les syndicats et les centrales syndicales avec le projet de loi 3. À plusieurs reprises et à juste titre, des dirigeantes et dirigeants syndicaux ont averti le ministre Boulet que jamais il ne réussirait à les réduire au silence. Je crois que les syndicats et les centrales syndicales doivent non seulement dénoncer haut et fort les injustices dans notre société, mais également jouer ce rôle fédérateur du peuple québécois.
Actuellement, aucun parti politique ne le fait. Aucune de leurs options ne permet de le faire. Il faut sortir de ce paradigme. Les élections doivent être l’occasion pour le peuple québécois de dire aux partis politiques ce qu’ils souhaitent comme société et non de se limiter à l’exercice du choix du moins pire. Les associations syndicales peuvent et doivent jouer ce rôle fédérateur.

