Jocelyn Sioui est auteur et chercheur d’histoires wendat. Cet article est paru dans La Presse le 29 janvier 2026.
« Nous ne sommes pas issus d’une domination coloniale sur d’autres nations et nous n’avons pas vraiment de passé conflictuel », a lancé Paul St-Pierre Plamondon le week-end dernier, en parlant du Québec et de son « Livre bleu ».
J’aimerais bien que le chef du Parti québécois répète sa pensée devant une assemblée d’Eeyou de la Baie-James, qui ont signé la Paix des Braves en 2002 avec un gouvernement péquiste. S’ils ont signé un traité de paix, c’est sans doute parce qu’il y avait un « passé conflictuel ».
Et pour rafraîchir la mémoire de ces politiciens qui se réclament de la « vérité historique », c’est parce que leurs terres ont été dévalisées par le Québec que les Eeyou, les Innus, les Attikamek, les Wendats, tous les Premiers Peuples du Québec ne cessent de revendiquer leurs droits.
Le conflit très récent sur la gestion de la forêt québécoise sans consultation véritable des Premières Nations en est le dernier exemple.
Il faut ajouter que le Québec a très bien su profiter de la Loi sur les Indiens pour étendre sa domination.
D’ailleurs, c’est pendant les années 1970 que les Attikamek ont été forcés d’apprendre le français, entre autres, sous le gouvernement de René Lévesque. Le français, cette langue coloniale, met en péril langue, culture et savoir attikamek, une culture millénaire, faut-il le rappeler.
Durant presque tout le XXe siècle, nos peuples ont été déplacés, ignorés, bafoués, violentés pour permettre au Québec de se développer. Et non, ce n’était pas à cause du fédéral et du Canada anglais.
Aujourd’hui, nous tentons de réparer ce qui a été cassé. Je salue au passage tous les autochtones et les Québécois qui travaillent en ce sens.
Ne vous en déplaise, le Québec d’aujourd’hui est issu d’une domination coloniale, pourquoi continuer à jouer à l’autruche ?
Au Québec, bien des historiens ont la fâcheuse tradition d’effacer les Premières Nations de leur ligne du temps et de pratiquer une amnésie sélective. L’invisibilisation systémique sur la place publique de nos peuples est une maladie contre laquelle il ne semble pas y avoir de remède. Il semblerait que nous sommes l’épine dans le pied des envies nationales de bien des Québécois.
Occasion ratée
Par exemple, il est clair que, selon le gouvernement actuel, nous n’existons pas vraiment. Encore tout récemment, le gouvernement caquiste aurait pu saisir une opportunité historique en dévoilant les nouvelles armoiries du Québec. La Couronne britannique a été un supplice pour les Canadiens français ainsi que pour les autochtones. Pour survivre, nous avons fait ce que nous avons pu chacun de notre côté. Cette Couronne n’avait plus sa place.
En dévoilant les nouvelles armoiries, on nous a rappelé que la fleur de lys, le lion et la feuille d’érable sont les trois symboles de l’histoire du Québec. Que dire ? Pour bien des nationalistes, le XVIIe siècle, c’est le début des temps. On a mis de côté 10 000 ans d’histoire.
Il aurait été tout à fait possible d’y insérer un quatrième élément, comme la feuille de tabac ou la plume d’aigle, par exemple. Montréal a opté pour le pin blanc, l’arbre de la paix chez les Premières Nations. Personne n’en est mort, parce que c’était la chose à faire.
Le discours maladroit de Mark Carney sur les plaines d’Abraham a indigné les nationalistes, mais aussi les Canadiens français partout au pays, et avec raison. Réécrire l’histoire pour vendre ses idées politiques n’est jamais une bonne idée. Déformer la réalité, mentir sans sourciller, c’est ce que font les peuples dominateurs.
Et j’ajouterai ceci à l’endroit de M. St-Pierre Plamondon : la souveraineté du Québec ne pourra pas se faire sans les Premières Nations.
Au Québec, la devise semble trop souvent être : « Je me souviens seulement de ce que je veux bien me souvenir ».

