Dans le dossier de la fonderie Horne, Glencore Canada menace à coups de publicité de fermer l’usine si le gouvernement ne s’engage pas à changer les clauses de l’autorisation ministérielle signée en mars 2023.

L’entreprise cherche à obtenir un délai supplémentaire de 18 mois afin d’atteindre la cible prévue de 15 ng/m³ d’arsenic, ce qui amènerait l’atteinte de la cible en 2030 plutôt qu’en 2027. Pour assurer la prévisibilité, elle demande aussi de geler la cible à 15 ng/m³ pour une durée illimitée.

Ce report implique que la population sera exposée à un taux annuel d’arsenic de 45 ng/m³ jusqu’en 2030.

Rappel des évènements

En 2022, la Fonderie Horne a annoncé le projet AERIS, qui impliquait une modernisation technologique majeure. Cette annonce avait suscité beaucoup d’espoir auprès des citoyens de voir l’usine atteindre la norme annuelle québécoise d’arsenic.

Avant l’émission de l’autorisation ministérielle en mars 2023, la compagnie a écrit au gouvernement qu’elle serait incapable d’atteindre la norme québécoise de 3 ng/m³ d’arsenic dans l’air parce que la population demeurait trop à proximité de la fonderie.

Le gouvernement avait répondu à cette missive, sans consultation publique, en annonçant qu’il établirait une zone tampon dans le quartier Notre-Dame qui obligerait la relocalisation des occupants de 80 immeubles. Comme le règlement sur l’assainissement de l’atmosphère prévoit que les normes de qualité de l’atmosphère s’appliquent aux limites de propriété, on pouvait donc spéculer qu’en éloignant de la fonderie la station légale qui capte les contaminants dans l’air, on pourrait réduire la teneur de ceux-ci.

Lors de la signature de l’autorisation ministérielle, Glencore s’est engagée à étudier la faisabilité du projet AERIS.

En juin 2025, la fonderie Horne a annoncé publiquement qu’elle n’irait pas de l’avant avec ce projet pour des raisons de faisabilité et qu’elle exigeait maintenant du gouvernement un délai de 18 mois pour l’atteinte de la cible de 15 ng/m³ et une prévisibilité à long terme.

Le premier ministre Legault, qui est aussi ministre régional, s’est dit prêt à se soumettre aux exigences de Glencore en autant que la municipalité de Rouyn-Noranda lui confirmerait qu’il y avait acceptabilité sociale pour cette nouvelle entente.

Dans une décision totalement inattendue, prise majoritairement à huis clos lors du conseil de ville de Rouyn-Noranda le 10 février 2026, le conseil a donné son aval au délai supplémentaire exigé. Le maire Gilles Chapadeau, applaudi par les uns et hué par les autres, s’est justifié en disant : « C'est une voie de passage qu'on essayait de trouver, qui nous permette de tourner la page, d'avancer ».

Par cette prise de position, les élus de la ville nous ont donné un portrait complètement « orwellien » de la notion d’acceptabilité sociale. Ils n’ont même pas tenu compte de la consultation tenue en octobre 2022 dans laquelle la population s’était prononcée majoritairement contre le report de l’atteinte de la norme québécoise pour l’arsenic dans l’autorisation ministérielle de 2023-2028. Pourtant, le premier ministre François Legault s’était engagé à respecter le résultat de la consultation. C’est comme si la santé de la population n’était plus un enjeu.

Les jours suivants, dans plusieurs entrevues, le maire s’est défendu d’avoir mesuré l’acceptabilité sociale comme le demandait le premier ministre. Il a aussi précisé qu’il allait déposer les attentes de la ville et expliquer les points qu’il voulait voir dans l’entente.

Réaction de la santé publique régionale [1]

La directrice de santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue, Omobola Sobanjo, a écrit une lettre à la docteure Quach-Thanh, Directrice nationale de santé publique et sous-ministre adjointe u ministère de la Santé et des Services sociaux, pour lui rappeler l’analyse qu’avait produite l’INSPQ sur les effets d’une moyenne annuelle de 15 ng/m³ d’arsenic et sur un maximum de 200 ng/m³ maximale par jour. On y lit ceci :

- Ces cibles constituent des objectifs intermédiaires pour protéger les groupes vulnérables contre les effets chroniques (non cancérigènes) et à court terme de l’arsenic.

- Ces repères visent à protéger prioritairement les personnes vivant le plus près de la fonderie, notamment les jeunes enfants et les enfants à naître des effets de l’arsenic sur les effets neurodéveloppementaux.

- Un report dans l’atteinte des cibles pourrait exposer des cohortes d’enfants supplémentaires aux risques des effets neurodéveloppementaux. Dans ce contexte, la DSPu recommande de maintenir une approche prudente visant à atteindre le plus rapidement possible les objectifs.

- Quant aux effets cancérigènes, une moyenne annuelle de 45 ng/m³ dans l’air ambiant constitue un niveau de risque correspondant à un excès de cas de cancer de 1 sur 10 000, généralement reconnu comme inacceptable par les organismes internationaux (…) Considérant les moyennes annuelles d’arsenic enregistrées historiquement dans le quartier Notre-Dame, certaines personnes résidant dans ce quartier pourraient avoir vécu pratiquement leur vie entière dans un environnement où le niveau de risque cancérigène est considéré comme inacceptable.

- Un délai additionnel de quelques mois ou années pour l’atteinte du 15 ng/m3 aura un impact marginal sur les estimations de risques cancérigènes, considérant qu’elles sont calculées sur une exposition de 70 ans. Toutefois, il est important de noter que ces estimations reposent uniquement sur les concentrations mesurées dans l’air ambiant. Elles ne tiennent pas compte de l’exposition par ingestion (notamment via les sols, et les poussières intérieures et extérieures) ni de la présence concomitante d’autres contaminants, tels que le plomb, le cadmium, et le nickel, ce qui pourrait conduire à une sous-estimation du risque réel pour les populations concernées.

- Tout délai additionnel pourrait accentuer les tensions et accroître l’anxiété liée à l’incertitude quant à une amélioration durable de la situation.

Réaction de la population

La polarisation est montée de plusieurs crans depuis l’annonce de Marc Bédard, chef des opérations à la fonderie Horne. Ce dernier a mentionné sur les ondes de Radio-Canada qu’ils devront prendre des décisions difficiles si le gouvernement ne répond pas à leurs exigences d’ici mars 2027. On comprend aisément que c’est une menace de fermeture.

Deux groupes s’affrontent sur les réseaux sociaux et dans les rues de la ville. Ils se définissent comme suit :

- Les personnes qui priorisent la santé des enfants et de la population avant l’économie.

- Les travailleurs, leur syndicat et la chambre de commerce qui priorisent les emplois « bien payés » et l’économie.

La prise de position du conseil de ville ne fera qu’augmenter le climat toxique dans la communauté et amplifier le clivage. La confiance envers la fonderie Horne, qui s’était déjà érodée depuis des années, va s’effondrer. L’attractivité de la ville va continuer à s’effriter.

[1] https://www.environnement.gouv.qc.ca/ministere/consultation-fonderie-horne/documents//Travaux%20comit%C3%A9%20interminist%C3%A9riel/Air%20ambiant%20stations%20FH/D%C3%A9placement%20station%20ALTSP1/2022-08-15_MELCC_Note_technique_D%C3%A9placement_ALTSP1.pdf