Du 23 au 25 janvier 2026 se tenait le Congrès d’orientation du PQ à Saint-Hyacinthe. Au cours de la fin de semaine, le parti a énoncé ses intentions quant à la protection des droits des femmes et a, par le fait même, révélé sa position sur les personnes transgenres et non binaires, position que je juge hostile.

Je m’appuie ici sur l’article de Marie-Claude Girard, qui résume bien trois des points qui ont été abordés lors du Congrès.

La distinction entre le sexe biologique et l’identité de genre

Premièrement, le PQ souhaite promouvoir la séparation entre les notions de « sexe biologique » et d’« identité de genre », entre autres dans les données statistiques, les lois et les programmes gouvernementaux. La définition de ce qu’est une femme serait donc basée sur le sexe, et les femmes trans s’en retrouveraient exclues.

Ce fossé que certains cherchent à créer entre les femmes transgenres et cisgenres n’est pas seulement blessant, il est aussi profondément erroné parce qu’il ne prend pas en compte la réalité des femmes trans.

La transition de genre, qui est généralement faite en trois volets (social, médical et légal), amène une foule de changements physiques, biologiques (rappelons que le sexe biologique n’est pas déterminé que par les chromosomes, mais aussi par les taux d’hormones et les caractéristiques sexuelles secondaires, deux facteurs qui seront influencés par la thérapie hormonale), psychologiques, sociologiques et légaux. Au fil de leur transition, les femmes trans cessent d’exister en tant qu’hommes au sein de la société.

Certes, certaines différences continueront de subsister entre les femmes cisgenres et transgenres, mais classer ces dernières dans la catégorie « homme » représenterait une inaptitude à comprendre non seulement la perception qu’elles ont d’elles-mêmes, mais aussi comment elles interagissent avec le monde qui les entoure.

Les espaces non mixtes

Deuxièmement, le PQ se positionne en faveur du droit aux activités et espaces séparés selon le sexe biologique, donc, par exemple, les toilettes, les vestiaires, les compétitions sportives, les groupes de lesbiennes, les refuges pour femmes, les prisons, etc. Encore une fois, une telle mesure contribue à l’exclusion des femmes trans de la catégorie sociale qui leur convient.

Cependant, autre chose me dérange. Comment le PQ pense-t-il mettre en place concrètement cette non-mixité? Sur quels critères va-t-on se baser pour décider qui peut accéder aux toilettes ou aux vestiaires pour femmes? Il n’existe pas vraiment de méthode pour déterminer avec certitude si la personne en face de nous est trans. Si on se base sur l’apparence, n’importe quelle femme cisgenre qui a le malheur d’être le moindrement non conforme dans son expression de genre, volontairement ou involontairement, se retrouvera aussi pénalisée. C’est un phénomène auquel nous commençons déjà à assister.

Je me dois aussi d’aborder l’inclusion des groupes de lesbiennes dans la liste des organismes qui auraient le droit à la séparation selon le sexe. C’est pour moi un exemple flagrant que les personnes derrière ces prises de position ne connaissent pas beaucoup de personnes transgenres dans leur vie personnelle.

Il y a effectivement des lesbiennes cisgenres qui ne veulent pas s’associer aux femmes trans (sexuellement, romantiquement et idéologiquement). Mais quand je regarde autour de moi, quand je sors dans des bars gais, des événements queers, des manifs, dans mon cercle d’ami.e.s, je ne peux que constater l’importance qu’ont les femmes trans au sein de la communauté lesbienne, et ce, depuis très longtemps. Selon un sondage de l’organisme Just Like Us réalisé en 2023, les lesbiennes seraient d’ailleurs le groupe qui soutient le plus les personnes transgenres au Royaume-Uni.

L’éducation à la sexualité

Troisièmement, le Parti québécois souhaiterait revoir le contenu des outils à l’éducation sexuelle incorporés dans le programme du cours de CCQ (Culture et citoyenneté québécoise) pour s’assurer que ceux-ci se basent sur la science et évitent les stéréotypes de genre.

Ici, je citerai un extrait de l’éloquente lettre de Tarah Paul, membre de la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) publiée dans la Presse le 2 février :

« En tant que coordonnatrice de la Coalition pour l’éducation à la sexualité depuis 2018, la FQPN souhaite avertir des dangers de la politisation des programmes scolaires, notamment à travers la justification douteuse de la ‘‘biologie’’.

« Le programme d’éducation à la sexualité faisant partie du nouveau cours de Culture et citoyenneté québécoise (CCQ) a été développé et évalué par des experts et expertes, et inclut déjà du contenu sur ‘‘l’égalité des sexes et la sensibilisation aux stéréotypes sexuels’’. Ainsi, ce programme est conçu en fonction du développement de l’enfant et des différents groupes d’âge.

« Il serait irresponsable de gaspiller des ressources publiques pour réévaluer ce programme en commission parlementaire alors que le personnel enseignant le porte déjà à bout de temps, de bras et de ressources. »

Le manque de nuances

Quelque chose qui m’agace particulièrement lorsque je me retrouve en face de l’argumentaire de certains « critiques du genre » est la tendance que j’observe souvent à inclure un large éventail de sujets complexes et nuancés dans un même article, une même allocution, un même projet de loi. Même dans mon propre texte, j’ai l’impression de devoir prendre des raccourcis sur certains éléments par manque de temps.

Prenons par exemple la question controversée qu’est l’inclusion de détenues trans dans des prisons pour femmes.

Je comprends que certaines personnes soient inconfortables à l’idée qu’une personne assignée « homme » à la naissance se retrouve dans une prison pour femmes, l’enjeu ici étant l’intimité des détenues cisgenres, voire carrément leur sécurité si la détenue transgenre est une délinquante sexuelle.

Cependant, il y a beaucoup de nuances que l’on pourrait amener. Premièrement, pourquoi la personne a-t-elle été condamnée? La nature du crime était-elle justement sexuelle ou violente, ou était-ce de l’évasion fiscale? La personne exhibe-t-elle des comportements agressifs ou inappropriés? A-t-elle entamé une transition médicale? Depuis combien de temps? La personne s’identifiait telle comme transgenre longtemps avant sa condamnation, ou est-ce récent? A-t-elle-même encore un pénis (rappelons que la vaginoplastie existe)? Tous ces facteurs joueront un rôle dans le degré de « dangerosité » de cette détenue hypothétique.

Bref, on pourrait noircir des pages en évoquant ces possibilités, et cela n’est que pour une seule préoccupation! Imaginez alors à quel point il peut être difficile de faire valoir ses points lorsqu’une dizaine d’autres enjeux sont cités l’un à la suite de l’autre. À chaque fois que ces enjeux complexes sont mélangés, condensés et libellés, comme « la question trans » ou « l’idéologie woke », cela devient presque comme une mare de goudron sophistique. On a beau se débattre, on continue de s’enfoncer.

Je comprends bien qu’un gouvernement n’a pas le choix de mettre des délimitations à un moment donné et ne pourra pas prendre en considération chaque cas spécial et situation particulière. Je me désole simplement du choix du PQ de mettre ses limites en assumant le pire de la communauté trans, soit que nous dérangeons, posons problème et menaçons la sécurité des femmes cisgenres et la visibilité des enjeux auxquels elles font face.

Le féminisme et les droits LGBTQ+ n’ont pas à exister en opposition. En vérité, nous avons beaucoup de points communs.