« Jesse Jackson était une figure dominante de l’histoire des États-Unis, non pas seulement pour son engagement pour les droits civiques, mais peut-être surtout pour son projet de faire en sorte que les États-Unis vivent réellement selon ses principes fondateurs », dit Fred Anderson, auteur de Eyes have seen, from Mississippi to Montreal. [1]
Pour Fred Anderson, qui est né à Hattiesburg au Mississippi, et qui s’est joint au mouvement des droits civiques en 1962, à l’âge de 15 ans, la philosophie et l’action de Jesse Jackson étaient ancrées dans l’Église noire du Sud des États-Unis, qui conférait une clarté morale au mouvement.
« Il était un homme en avance sur son temps, ajoute Anderson, notamment parce qu’il savait que le droit de vote seul, qui était au cœur du combat, n’était pas assez, même si c’était très important. Il fallait s’attaquer à l’économie et aux inégalités générées et à la pauvreté abjecte qui en découlait. »
Il était en avance sur son temps aussi en raison de sa philosophie derrière l’organisation PUSH (People United to Save Humanity) et la Coalition arc-en-ciel, qui l’ont aidé à prendre l’avant-scène lors de sa campagne pour la nomination du candidat démocrate à la présidentielle de 1984. « Ça faisait réfléchir à ce que le Parti démocrate représentait vraiment pour le peuple. »
Le Parti démocrate était « terrifié à l’idée que le peuple se rendrait compte qu’il n’allait pas tenir ses promesses ». Par conséquent, il y avait énormément d’embûches pour un candidat comme Jesse Jackson. « Il y a aux États-Unis ce démonique soubassement capable de générer de nombreuses façons de le faire tomber. » Un exemple frappant était les accusations d’antisémitisme lancées contre lui en 1984 à la suite d’une opération piège du Washington Post.
Fred Anderson a eu l’honneur de rencontrer Jesse Jackson à deux reprises au printemps 1964 à titre de membre d’une délégation du Student Non-Violent Coordinating Committee, connu sous l’acronyme de SNCC. « Nous étions sur le point de mettre en branle le Freedom Summer Project et Jesse Jackson était venu pour apprendre des organisateurs sur le terrain. »
Ces réunions ont eu lieu dans la capitale du Mississippi, Jackson, et à Greenwood. « Le révérend Jackson était extrêmement éloquent. Mais il avait aussi une grande capacité d’écoute et de poser les bonnes questions. »
On se rappellera que, dans le cadre du Freedom Summer Project, à la demande du SNCC, beaucoup de jeunes du Nord, blancs et noirs, sont allés dans les États du Sud pour soutenir la campagne d’enregistrement des résidents noirs qui, en raison des lois discriminatoires (Jim Crow), n’avaient pas le droit de vote. L’idée était de capter l’attention des grands médias sur le sort de la population afro-américaine dans ces États. (Voir entre autres le film Mississippi Burning.)
Le décès de Jesse Jackson est une grande perte. Surtout, dit Fred Anderson, « parce qu’on est en train de reculer sur tout ce qui a été accompli ».
Pour une histoire des années Martin Luther King, cliquez ici.
[1] EYES HAVE SEEN, FROM MISSISSIPPI TO MONTREAL, de Fred Anderson sera publié en français par Les éditions du Septentrion dans une traduction d’Aly Ndiaye (Webster).

