Dans son célèbre discours de Davos, Marc Carney appelait les «puissances moyennes» à s’unir contre le pouvoir dominant des «superpuissances».
« Devant ce constat, les pays ont fortement tendance à suivre le mouvement pour rester en bons termes. Ils s’adaptent. Ils évitent les conflits. Ils espèrent que ce conformisme leur garantira la sécurité », reconnaissait-il.
Pour illustrer son propos, il citait Vaclav Havel, qui expliquait que le système communiste s’était maintenu parce que tous les commerçants plaçaient chaque matin une affiche dans leur vitrine témoignant de leur soumission.
Mais, le temps est venu de rompre avec cette attitude, plaide Carney. « Ces pays, particulièrement les puissances moyennes, ne sont pas impuissants. Ils possèdent la capacité de construire un nouvel ordre qui intègre nos valeurs, comme le respect des droits humains, le développement durable, la solidarité, la souveraineté et l’intégrité territoriale des États. »
Il enchaînait : « Nous demeurons fidèles à nos principes quant à nos valeurs fondamentales : souveraineté et intégrité territoriale, interdiction du recours à la force, sauf dans les cas prévus par la Charte des Nations Unies, et respect des droits de la personne. »
Il concluait : « Le moment est venu pour les entreprises et les pays de retirer leurs enseignes » et prêchait par l’exemple : « Nous retirons l’affiche de la vitrine. »
L’affiche, toujours dans la vitrine
Eh bien non! L’affiche est toujours dans la vitrine. À la première occasion, Mark Carney a trahi son engagement. Sous sa gouverne, le Canada a été, avec l’Australie, un de deux seuls pays à appuyer l’agression militaire conjointe des États-Unis et Israël contre l’Iran.
Une agression qui bafoue son « interdiction du recours à la force, sauf dans les cas prévus par la Charte des Nations Unies », et même la constitution américaine. Une agression qui viole « la souveraineté et l’intégrité territoriale des États », dont Carney nous dit qu’ils font partie des « valeurs fondamentales » du Canada.
Le premier ministre Carney a invoqué la défense des « droits de la personne » par l’Iran pour justifier son appui aux frappes, lui qui a écarté du revers de la main toute référence au respect de ces mêmes droits dans ses nouvelles relations avec des régimes autoritaires, comme la Chine et l’Inde.
Mais, il y a plus, Netanyahou et Trump ont été clairs : l’objectif n’a pas trait au respect des droits de l’homme ou à la destruction des installations nucléaires iraniennes, mais bien d’un changement de régime, enfreignant la pierre d’assise du droit internationale.
En somme, Carney veut « rester en bons termes » avec l’Oncle Trump, en espérant « que ce conformisme garantira la sécurité » du Canada.
L’avis d’un expert américain
Dans un article publié sur le site de la revue Foreign Affairs, le 24 février dernier, intitulé « Why Iran Will Escalate. U.S. Military Strikes and the Risk of a Quagmire », Nate Swanson, un spécialiste de l’Iran, mettait en garde contre le risque d’embrasement de la région.
Il rappelle que Trump s’en est bien tiré jusqu’ici en ne respectant pas les normes habituelles de l’establishment de la politique étrangère américaine. En 2018, il a déménagé l’ambassade américaine à Jérusalem. Le même modus operandi a été utilisé lors des bombardements des installations nucléaires iraniennes et de l’enlèvement du président Maduro au Venezuela.
Rappelant qu’il a occupé pendant 18 ans différents postes, relatifs à l’Iran, dans l’administration américaine, dont conseiller principal du président Biden et membre de l’équipe de négociation du président Trump en 2025, Swanson affirme que Trump fait l’erreur fondamentale de ne pas comprendre que la faiblesse iranienne n’amènera pas le pays à capituler à la table de négociation, comme dans le cas du Venezuela.
Swanson a réalisé que la République islamique croyait désormais qu’Israël et les États-Unis attaqueraient à répétition son programme de missile balistique et qu’elle doit répondre de façon plus agressive à ces attaques. Il en conclut qu’une attaque contre l’Iran entraînerait des représailles iraniennes inattendues et en un conflit prolongé.
Swanson souligne qu’en tant que membre de l’équipe de négociateurs de l’administration Biden, il a constaté que les Iraniens aimaient centrer les négos sur des enjeux spécifiques avec des concessions réciproques. Mais Trump a congédié l’équipe de négociateurs pour la remplacer par les inévitables Steve Witkoff et son gendre Jared Kushner.
Swanson rappelle qu’en 2004 et 2005, l’Iran a choisi la désescalade avec Israël et les États-Unis. Mais il affirme que ce ne sera pas le cas cette fois-ci. L’Iran ne peut plus compter sur ses milices dans d’autres pays, son programme nucléaire est en ruines, sa défense antiaérienne en miettes. Les motifs de Trump étant peu clairs, sauf de se distinguer de l’administration Obama, l’Iran en a conclu qu’Israël et les États-Unis vont attaquer à répétition, sans provocation, uniquement pour satisfaire des considérations domestiques.
Dans cet article, Swanson affirme ne pas croire que l’Iran riposterait en attaquant un porte-avions américain ou en fermant le détroit d’Ormuz, mais plutôt en attaquant les bases militaires américaines pour tuer le plus de soldats possible, en se rappelant que le président Reagan avait retiré ses troupes du Liban après une attaque d’un commando-suicide contre un campement de soldats américains, qui avait causé la mort de 241 soldats.
Une autre cible serait, selon lui, les installations énergétiques des pays de la région et le trafic des navires pétroliers, de façon sélective, dans le détroit d’Ormuz, dans le but de provoquer une hausse du prix du pétrole.
Le Canada, cible d’attentats terroristes?
Des attentats terroristes sont une autre riposte possible. C’est la crainte qu’exprimait Raymond Chrétien, l’ex-ambassadeur du Canada aux États-Unis à l’émission « Les faits d’abord », le 28 février, sur les ondes de Radio-Canada.
Selon lui, nous sommes « au tout début d’une crise qui va durer des semaines, des mois ». Il doute qu’il puisse y avoir un changement de régime sans troupes sur le terrain. Il se dit « loin d’être convaincu qu’il n’y aura pas des conséquences néfastes », dont possiblement « des attentats terroristes aux États-Unis ». Même s’il ne l’a pas mentionné, le Canada pourrait être lui-même une cible, étant donné qu’il a été, un des deux seuls pays (avec l’Australie) à donner son appui à l’agression militaire.
Raymond Chrétien s’inquiète également sur les réactions possibles de la Russie et plus particulièrement de la Chine, qui s’approvisionne en pétrole auprès de l’Iran. Le frère de l’ex-premier ministre Jean Chrétien cite les paroles de Volodymyr Zelensky selon lesquelles « la troisième guerre mondiale est commencée ».
« Je n’irai pas jusque-là, précise-t-il, mais cette intervention est un pas dans cette direction dans un monde, qui craque de toutes parts, où les alliances habituelles n’existent plus. L’époque dans laquelle nous vivons est devenue encore plus dangereuse avec cette intervention en Iran. Et ça me fait peur. »
« Est-ce que cette décision a été pensée froidement auprès des instances appropriées à Washington? Les États-Unis ont de grands experts sur l’Iran, ont-ils été consultés? Ou est-ce une décision de Trump? La politique américaine est devenue inexplicable et dangereuse. »
Nous ajouterions que la politique canadienne est également devenue dangereuse.
Cap sur l’indépendance
Ces événements ont révélé que le discours de Carney à Davos était de la bouillie pour les chats. Sous sa gouverne, le Canada est en voie de se militariser pour s’aligner comme étant le plus proche allié de l’administration Trump dans ses frasques. Il lui offre sur un plateau d’argent l’accès aux minéraux critiques du Québec et du Canada, en ayant pris soin d’adopter une législation qui permet de suspendre toutes les lois environnementales et autres qui s’interposeraient.
Pour atteindre les objectifs de minières, des pétrolières, de Bay Street et de Washington, le gouvernement Carney va couper dans les programmes sociaux et les transferts aux provinces. Quand il s’agira de faire des choix, le Québec écopera.
Aussi, s’imposera de plus en plus la nécessité de rompre les liens avec le Canada et de devenir un État indépendant pacifiste. C’est la thèse que nous défendons dans Cap sur l’indépendance, que vous pouvez vous procurer en cliquant ici.

