On dit des choses laissées à la dérive ou à l’abandon qu’elles vont à vau-l’eau. Dans ce demi-pays du Québec, c’est quand il est question de l’eau que les choses vont dans ce sens-là.
Il y a une douzaine d’années, j’avais commis dans ce journal un texte auquel j’avais donné le titre Plus dure sera la chute. Il s’agissait de la bizarre décision du gouvernement péquiste de Pauline Marois de construire un barrage en amont de la chute de Val-Jalbert, au Lac-Saint-Jean.
J’y avais écrit : « Celles et ceux qui ont eu la chance de voir cette magnifique chute à Val-Jalbert, sur la rivière Ouiatchouan, et d’entendre le grondement fracassant de ces millions de litres d’eau dévalant en cascades d’une hauteur de 72 mètres en auront conservé un souvenir impérissable. Cette chute, plus haute que celles du Niagara, a été le témoin d’un développement industriel qui a marqué la région du Lac-Saint-Jean au début du 20e siècle.
« Mais il est arrivé que, pour plaire aux petites élites locales et faire plaisir au conseil de bande de Masteuiash, le gouvernement du Parti Québécois ait décrété que le Québec ne pouvait absolument pas se passer des 16 mégawatts qui seront produits par la minicentrale électrique construite en amont de la chute. »
Depuis, le débit est passé de 12 à 20 m cubes/sec. à 7,3 m cubes/sec. en période estivale. La nuit et en hiver, on ne compte plus qu’un débit de 0,3 m cube/sec. « Une crisse de chute… », aurait pu clamer Robert Charlebois. On soutenait à l’époque qu’on lui conserverait un « débit esthétique »…
Trois-Pistoles
Dix ans plus tôt, le gouvernement péquiste de Bernard Landry avait lancé le projet de construire 36 minicentrales privées. L’un de ces projets visait la rivière Trois-Pistoles. Un militant écologiste, Mikaël Rioux, avait passé 36 jours suspendu au-dessus de la chute pour protéger la rivière. Le barrage projeté aurait produit… 3,6 mégawatts. Le gouvernement avait finalement reculé, tout en versant 3,6 millions $ aux promoteurs du projet. Un montant de 1,38 M$ en dédommagement pour les travaux déjà exécutés, tels les plans et devis. Une somme de 1,9 M$ a aussi été versée aux actionnaires pour les pertes de profits anticipés.
Gros-Cacouna
Durant une cinquantaine d’années, le port de Gros-Cacouna a fait l’objet de convoitise pour qu’y soient construites les installations visant tantôt l’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL), tantôt du pétrole. Cent quatre-vingts pétroliers pourraient y passer, clamaient Trans-Canada Pipe Lines et Petro-Canada, les promoteurs. Un gros pétrolier aux deux jours à destination de l’Europe. Et tant pis pour les bélugas qui viennent mettre bas à cet endroit !
Heureusement, tous ces projets, plus pharaoniques les uns que les autres, ne se sont pas matérialisés.
Péribonka
Au Lac-Saint-Jean, le Mouvement Onésime-Tremblay fait campagne pour que le gouvernement du Québec reprenne possession des barrages de la rivière Péribonka actuellement loués à Rio Tinto, autrefois appelé Alcan.
Quand le bail avait été renouvelé en 1984, la multinationale s’était engagée à construire trois usines de classe mondiale, soit 400 000 tonnes métriques d’aluminium. L’échéance était de 25 ans. En 2006, l’échéance a été repoussée en 2015, puis en 2020. La dernière échéance est tombée le 31 décembre dernier. Durant cette période, Rio Tinto n’a atteint que la moitié de l’objectif fixé, soit 200 000 tonnes métriques.
Alcan s’était engagée, en retour de ces considérations, à soutenir l’emploi dans la région. Or, depuis une quarantaine d’années, les emplois ont connu une chute marquée, passant de 12 000 à 3000.
Gaz de schiste
Alors que tout le monde croyait que les projets d’extraction de gaz de schiste par fragmentation hydraulique étaient abandonnés pour de bon, l’aspirante première ministre Christine Fréchette a eu la bonne idée de remettre sur la table ce qui se révélerait funeste pour la vallée du Saint-Laurent.
« Le contexte a évolué. On a changé notre perspective au Québec en regard à ces possibilités-là, en rapport au gaz naturel, par exemple », a-t-elle avancé.
Cette technique mobilise de très importantes quantités d'eau, tout en mettant à risque les nappes d'eau souterraines à cause notamment des produits chimiques employés pour la fracturation. De grandes quantités de gaz à effet de serre (GES) sont aussi projetées dans l’atmosphère.
On a peut-être oublié qu’avant l’adoption en 2022 d’une loi interdisant l’exploitation de ces gaz, Lucien Bouchard s’en était fait le thuriféraire.
L’histoire ne dit pas si, depuis, l’ancien premier ministre a mis de l’eau dans son vin… À moins qu’à l’instar du comédien Francis Blanche, il préfère le vin d’ici à l’au-delà !

