CONSIDÉRANT que tout être humain possède des droits et libertés intrinsèques, destinés à assurer sa protection et son épanouissement;

CONSIDÉRANT que tous les êtres humains sont égaux en valeur et en dignité et ont droit à une égale protection de la loi;

CONSIDÉRANT que le respect de la dignité de l’être humain, l’égalité entre les femmes et les hommes et la reconnaissance des droits et libertés dont ils sont titulaires constituent le fondement de la justice, de la liberté et de la paix;

Voici les trois premiers principes fondamentaux dans le préambule de la Charte des droits et libertés du Québec. Nous reconnaissons les droits et libertés, la valeur et la dignité de tous les êtres humains.

Paradoxalement, la décision de la Cour suprême, concernant l’accès aux services de garde subventionnés pour les demandeuses d’asile, a révélé que certains de nos dirigeants politiques considèrent certains êtres humains comme étant plus égaux que d’autres. Ainsi, Christine Fréchette accordera la priorité aux « familles québécoises », Bernard Drainville aux « Québécois » et Paul Saint-Pierre Plamondon aux « citoyens québécois qui paient leurs impôts ici depuis le début de leur vie professionnelle ».

Mettons de côté les questions que soulèvent ces distinctions. Par exemple, que signifie « prioriser les familles québécoises » quand la prochaine demandeuse d’asile à s’inscrire à une place en CPE sera la 30689e sur la liste ? Et, pour le PQ, faut-il avoir gagné, pendant un certain nombre d’années, un salaire assez élevé pour être imposable, pour recevoir des services publics ?

Ce réflexe est ancré dans une idéologie courante de l’extrême droite, en particulier en France, appelée « préférence nationale ». Les personnes de l’étranger ne méritent pas la même protection que le groupe « national ». Critiqué pendant longtemps, le vocabulaire a évolué et sa banalisation aussi. Selon Jordan Bardella, il est « principe de bon sens » de refuser des services publics aux personnes étrangères. Ou, comme le dit Éric Duhaime, « c’est la simple logique ».

Pour renforcer le discours « nous » contre « eux », on utilise des expressions péjoratives – on ne peut pas accueillir « toute la marmaille du monde » (Jean-François Lisée) –, ou on fait peur au monde avec des exagérations absurdes, comme des « milliards de personnes dans le monde qui auraient intérêt à immigrer au Québec pour améliorer leur qualité de vie » (le chef du Parti Québécois). Mettons les choses au clair : bon an mal an, le bassin de candidatures à l’immigration permanente au Québec tourne autour de 80 000 personnes.

Devant les décisions de divers tribunaux français et européens rejetant la discrimination fondée sur le statut de nationalité, on voit le précepte évoluer encore pour mettre plutôt des conditions de régularité et de durée sur l’accès aux services.

Cette théorie n’est pas pertinente au Québec, notamment car la majorité de la population ne fait pas de distinction entre les êtres humains. Selon un sondage d’Environics publié en octobre 2025, 85 % des Québécois estiment qu’une personne née à l’extérieur du Canada est tout aussi susceptible d’être un bon citoyen qu’une personne née au Canada, ce qui constitue le pourcentage le plus élevé au Canada.

En 2023, on a demandé aux gens si l’affirmation selon laquelle « les gens qui arrivent au Canada et qui disent être des personnes réfugiées imposent un lourd fardeau à notre système de sécurité sociale » leur semblait justifiée. Seuls 47 % des répondants québécois étaient d’accord, comparativement à 57 % de ceux du reste du Canada. Ce chiffre représente une baisse importante par rapport à 1992, où 75 % des Québécois se disaient favorables à cette idée, contre 81 % dans le reste du pays.

Toutefois, les deux gouvernements, ceux d’Ottawa et de Québec, portent la responsabilité d’avoir créé un terrain fertile pour le développement de ce mode de pensée chez nous. Comment? En créant sciemment une grande tranche de Québécoises et Québécois de deuxième classe, c’est-à-dire des résidents temporaires.

Le nombre annuel de nouveaux résidents permanents a connu une hausse de 20 % entre 2015 et 2025. Ces personnes ont les mêmes droits que les citoyens natifs ou naturalisés, à l’exception du droit de vote et de se présenter à des élections.

Pendant la même période, le nombre de résidents temporaires a quintuplé. Cela inclut les personnes en attente d’une décision concernant leur demande d’asile, celles avec un permis de travail ouvert, celles avec un permis de travail fermé, celles en attente du renouvellement ou de la prolongation de leur permis de travail, celles avec un permis d’étude (avec ou sans bourse du Québec), celles avec divers permis de séjour temporaire, celles avec un visa de visiteur, et des dizaines de milliers de détenteurs d’un Certificat de sélection du Québec (CSQ) qui attendent leur résidence permanente. Parmi ce groupe, qui comprend également les personnes à charge, 72 % détiennent un permis de travail.

Ce système chaotique non seulement maintient ces personnes dans un état d’insécurité et de précarité pendant des années, mais les conditions d’admission à chaque service de chaque ministère diffèrent selon chaque statut. N’oublions pas que c’est aussi le cas pour des services fédéraux.

La solution ne se trouve pas dans d’autres débats futiles sur la question de savoir qui est le plus raciste ou sur les bonnes ou mauvaises intentions de chacun.

Il incombe aux gouvernements ayant provoqué cette situation de prendre leurs responsabilités en accordant la résidence permanente à des personnes à statut temporaire attirées par des promesses trompeuses et établies au Québec, qui souhaitent y rester, et en mettant fin au système d’immigration à deux étapes.

Cela veut dire que les études internationales redeviennent un projet d’éducation et de partage d’expertise plutôt qu’un projet d’immigration, que les personnes qui viennent pour occuper un poste permanent viennent aussi avec la résidence permanente, et que le gouvernement arrête de fournir aux nouveaux projets privés une main-d’œuvre étrangère « temporaire », captive et jetable, comme il fournit des routes et des systèmes d’égout.

Accueillons des personnes de l’étranger qui choisissent le Québec avec un statut qui évite complètement le débat identitaire, parce qu’on les accueille comme Québécois et Québécoises à part entière.