L’auteur est syndicaliste

Le ministre Girard a déposé son huitième budget qu’il qualifie de « sobre et ciblé ». La plupart des analystes l’ont qualifié de sobre, sans grande ambition, ou même de drabe. Ce budget de la CAQ, que j’espère fortement être le dernier, est effectivement sans saveur. L’objectif du duo Legault et Girard semble surtout avoir été de faire passer le déficit sous le seuil psychologique de 10 milliards de dollars.

Pour le reste, le budget prévoit maintenir la croissance des dépenses à 2,5%, ce qui se traduira par des mesures d’austérité dans plusieurs ministères. On y trouve également des petites mesures, qui mettent un plaster sur des plaies béantes, comme la transformation de 5 000 places en garderies non subventionnées en garderies subventionnées. Un soulagement financier pour plusieurs familles, mais qui ne changera rien sur le manque actuel d’environ 30 000 places.

La hausse moyenne de la taxe scolaire sera plafonnée à 3%, ce qui apparaît, à première vue, bénéfique pour les familles québécoises. Mais il faut se souvenir que la réforme qui a uniformisé et réduit la taxe scolaire s’est soldée par une perte d’au moins 8 milliards de dollars depuis 2019, selon les acteurs du réseau scolaire. Pertes qui devaient être compensées par des subventions gouvernementales.

Cette réforme s’est traduite par une plus grande concentration du pouvoir de dépenser en matière d’éducation dans les mains de « Papa » Legault plutôt que par un réel allègement de taxes pour les contribuables.

La lutte à la pauvreté

En matière de lutte à la pauvreté, le collectif « Pour un Québec sans pauvreté » qualifie le bilan de la CAQ de « huit ans de perdus en matière de lutte à la pauvreté ». Selon le collectif, le gouvernement de la CAQ n’a jamais instauré de véritables mesures de lutte à la pauvreté depuis son arrivée au pouvoir.

Il exhorte les différents partis politiques, qui feront connaitre leurs plateformes électorales dans les prochains mois, à prendre des engagements fermes en matière de lutte à la pauvreté et de nous expliquer comment ils comptent les financer.

Pour ma part, je ne m’attendais pas à grand-chose de ce budget qui, de toute façon, risque d’être revu d’ici quelques semaines par la ou le prochain premier ministre et, surtout, jeté à la poubelle par le prochain gouvernement.

Ce qui m’a le plus choqué dans cet exercice budgétaire est l’attitude de ce gouvernement, je devrais dire le total mépris de « Papa » Legault et de son gouvernement à l’endroit du peuple québécois.

Des promesses non réalisées

À son arrivée au pouvoir, « Papa » Legault avait placé l’éducation au cœur de son engagement politique. Il avait même déclaré être prêt à mettre son siège en jeu pour cette cause. Deux de ses politiques phares étaient les maternelles 4 ans et les Labs-écoles. Deux belles promesses qui n’ont vu le jour qu’en partie. De plus, après huit ans au pouvoir, le niveau de vétusté des écoles primaires s’élève à 57% et celui des écoles secondaires à 61%, ce qui représente une hausse de 13 et 34 points de pourcentage.

Face à ce constat, le ministre responsable des infrastructures, Benoit Charette, a déclaré : « Ça ne s’est pas dégradé. On est juste plus conscient de l’état réel de nos propriétés. »

Il faut vraiment prendre le peuple québécois pour une gang d’imbéciles en tentant de lui faire croire que nous ne sommes pas au fait de l’état de décrépitude des établissements scolaires. On le voit tous les jours, Monsieur le Ministre, surtout les parents qui ont des enfants d’âge scolaire.

La maison en désordre

Et Legault, qui ose affirmer tout sourire, au moment de la présentation du budget : « On laisse la maison en ordre. » C’est toute une gifle au visage des Québécoises et des Québécois. Ça nous démontre toute l’arrogance de ce premier ministre.

Jusqu’à la dernière minute, il aura voulu nier l’évidence, tenter de nous faire croire que tout est beau dans le meilleur des mondes et, surtout, que c’est grâce à lui!

Je ne reviendrai pas sur le fait qu’à son arrivée au pouvoir, la CAQ a hérité d’un surplus budgétaire de plusieurs milliards de dollars et qu’elle a réussi à tout dilapider et transformer ce surplus en déficit record.

Ce gaspillage a fait en sorte de ne pas entreprendre une réelle lutte à la pauvreté, de ne pas s’attaquer à la crise du logement, de ne pas répondre aux besoins des Québécoises et des Québécois en matière d’éducation, de santé et de services sociaux. De ne pas s’occuper adéquatement des infrastructures québécoises ni d’une répartition équitable de la richesse au Québec.

Ce sont là toutes des missions de l’État que « Papa » Legault et son gouvernement s’étaient pourtant engagés à mener dans l'intérêt supérieur des familles québécoises. Tout ce dont nous avons bénéficié, ce sont de grandes promesses non tenues. Cette succession de mauvaises décisions a fait passer, au bout du compte, des milliers de personnes à travers les mailles de notre filet social. Des personnes qui, malgré tous leurs efforts et leur bonne volonté, se trouvent en situation précaire dans plusieurs aspects de leur vie.

Les dernières mailles de notre filet social au Québec, ce sont nos organismes sociaux. C’est plus de 72 000 personnes, la plupart du temps des femmes, réparties partout au Québec dans près de 4 200 organismes sociaux autonomes qui, jour après jour, s’occupent de personnes qui ont besoin d’assistance.

Nous subirons également les conséquences de la loi 14, qui vient limiter le droit légitime de grève des travailleuses et des travailleurs, et le projet de loi 1 d’une constitution québécoise dénoncée par près de 800 organisations, qui y voient une attaque grave à la démocratie et un effritement des droits fondamentaux.

Ce sont là des symptômes d’un égocentrisme démesuré, d’un mépris des besoins et de revendications du peuple québécois et de leurs représentants. Je ne dis pas que le gouvernement de la CAQ n’a rien fait au cours de ses deux mandats. C’est très difficile de gouverner un État et je ne crois pas à l’existence d’un gouvernement parfait. Mais, à la veille de son départ, « Papa » Legault aurait pu avoir l’humilité d’admettre qu’il a fait fausse route à plusieurs égards et de ne pas ajouter l’insulte à l’injure en disant qu’il laisse la maison en ordre. C’est faux archi faux! Vivement votre départ « Papa Legault »!