Nadia El-Mabrouk, présidente du Rassemblement pour la laïcité, Caroline Kilsdonk, docteure en médecine vétérinaire et bioéthicienne et une liste de près de 300 signataires, dont plus de 130 médecins vétérinaires [1]
Nous venons d’apprendre que le gouvernement du Québec a investi 10,2 millions de dollars dans la modernisation des installations d’une entreprise québécoise spécialisée dans la transformation de viandes de veau, de bœuf et d’agneau [2]. Nous saluons l’effort déployé pour soutenir l’entreprise locale et, comme le dit le ministre Jean Boulet, renforcer toute la filière québécoise de la viande, des fermes jusqu’aux usines. Cependant, l’entreprise en question produit de la viande certifiée halal [3].
En janvier dernier, le Bloc québécois [4] dénonçait, avec raison, l’investissement de 40 millions de dollars annoncé dans le budget fédéral de 2025-2026 pour aider à la production de viande canadienne halal et casher [5]. Or, voilà maintenant que le gouvernement du Québec contribue, lui aussi, à financer le marché de la viande halal.
Rappelons que le Règlement sur la salubrité des aliments au Canada (RSAC) prévoit (article 141) que l’animal doit, avant la saignée, être étourdi afin de le rendre inconscient et qu’il ne reprenne pas conscience avant sa mort, lui évitant ainsi toute souffrance due à l’abattage.
Or, cette exigence est levée dans le cas de l’abattage rituel judaïque ou islamique (article 144), qui consiste à couper les vaisseaux sanguins du cou et à laisser le sang s'écouler alors que l’animal est vivant et conscient. Le faire sans insensibilisation préalable décuple inutilement sa souffrance pendant tout le temps séparant l’égorgement de la perte de conscience de l’animal.
Notons également qu’aucune loi ne requiert d’indiquer le mode d’abattage sur l’emballage de la viande, si bien qu’il est presque impossible pour le consommateur québécois de s’assurer d’acheter en épicerie de la viande obtenue par un abattage conventionnel.
Nous avons appris que, dans l’ensemble des abattoirs, une grande partie de la viande issue d’un abattage rituel n’est pas étiquetée ainsi, et ce, pour différentes raisons incluant la simplification de la gestion de l’abattoir et le refus de certaines parties du corps de l’animal par les représentants religieux.
Pourquoi l’argent du contribuable devrait-il servir à soutenir des intérêts religieux en bafouant les valeurs sociales relatives au bien-être animal, la liberté de conscience des citoyens, et en limitant davantage l’accès des consommateurs à de la viande obtenue sans accommodement religieux?
Par ailleurs, un gouvernement faisant de la laïcité une priorité ne peut accepter de financer, à même les deniers publics, un mode d’abattage soumis à des règles religieuses. Une simple consultation d’un site local de certification halal nous informe qu’une telle certification exige que les animaux soient « abattus par un musulman et au nom d'Allah » [6]. L’argent du contribuable ne devrait, en aucun cas, servir à financer des pratiques religieuses.
C’est pourquoi nous demandons instamment au Gouvernement du Québec :
- De s’assurer de ne pas cautionner, et encore moins encourager financièrement, un mode d’abattage rituel,
- D'exiger que toute viande d’animaux abattus sans étourdissement préalable soit étiquetée de façon à indiquer la méthode d’abattage utilisée,
- D’assurer la disponibilité de viande, ni halal ni casher et obtenue par un abattage respectant le bien-être animal, dans toutes les grandes chaînes alimentaires du Québec.
Il en va du droit des consommateurs, et de la crédibilité du gouvernement en matière de laïcité.
[1] https://drive.google.com/file/d/1KqJb-rrDtoJ0xzlEg6uvjCFY3GJYZpzw/view
[3] https://www.montpak.ca/notre-entreprise#certifications
[5] https://agriculture.canada.ca/fr/programmes/investissement-casher-halal

