Le Canada vient de dépasser les 2 % du budget de ses dépenses militaires. On souligne l’événement dans les médias en semblant s’en réjouir comme si c’était une bonne nouvelle. Et en plus, on évoque la possibilité qu’elles aillent à 5 % du budget. On y ajoute une déclaration du secrétaire de l’OTAN pour en accentuer la quasi-unanimité.

Pourtant, c’est une décision, influencée par les États-Unis de Trump, qui s’est prise sans vastes débats publics. Il n’y a pas eu de commission parlementaire. On a accordé tous ces fonds sans que la population ne soit consultée autrement que durant une élection où l’on n’en a presque pas parlé.

Ça s’est fait par le haut, presque en catimini, entre initiés, politiques ou militaires. Il n’y a pas eu de sondage d’opinion proposant des choix clairs sur l’affectation des fonds publics. C’est une application très restreinte de choix vraiment démocratiques.

On ne s’est pas demandé, par exemple, si c’était la meilleure manière de dépenser nos impôts compte tenu des besoins en logements, en itinérance ou pour les banques alimentaires. Je suis sûr que, si la question avait été posée honnêtement, sans détour, il y aurait presque eu unanimité pour consacrer ces fonds ailleurs.

Il n’y avait pas grand appétit dans l’opinion publique pour augmenter les dépenses militaires. Alors, on l’a tout simplement formaté pour qu’elle s’ajuste à l’idée que le monde est moins sécuritaire qu’avant sans se demander si l’augmentation des dépenses militaires n’aggrave pas, en elles-mêmes, l’insécurité en préparant tout autant l’opinion à une extension de la guerre. En tout cas, ce n’est sûrement pas pour calmer le jeu et mettre plus de moyens dans la diplomatie.

Par rapport aux besoins sociaux, les dépenses militaires, sont un choix politique qui consacre des moyens à un armement dont on ne se demande pas réellement quels en sont les besoins. En effet, on tient pour acquis qu’un monde plus dangereux s’annonce sans se demander comment véritablement le rendre moins dangereux. Chose sûre, ce n’est pas en accumulant la quincaillerie militaire qu’on en atténuera les aspérités. Cela ne fait qu’aggraver le problème et l’on repousse à plus tard les solutions pour combler les besoins sociaux.

Je reste persuadé que le climat n’est pas propice à une militarisation de l’économie et qu’il vaudrait mieux consacrer tout cet argent au logement, à la santé et à l’éducation par des transferts fédéraux dans ces domaines plutôt qu’à un budget qui fait plus de place au militaire.