Fondateur de la Coalition pour une constituante et de la Coalition pour un Québec des régions, l’auteur habite à Saint-Germain-de-Kamouraska.
Un détail du cabinet Fréchette a peu fait parler les journalistes : la création d’un Conseil des régions, dirigé par le ministre délégué aux Régions, Mathieu Lévesque, lui-même rattaché au ministre des Affaires municipales, Samuel Poulin. Ce Conseil, qui devra se réunir chaque semaine, est composé de 18 députés caquistes représentant les 18 régions administratives, parmi lesquels seulement deux sont des ministres (Chantal Rouleau pour Montréal et Jean-François Simard pour Québec).
Comme je suis un mordu de décentralisation politique régionale et locale, ça ne m’a pas échappé. L’idée est bonne, mais sa composition est pour le moins paradoxale.
C’est un conseil d’élus, donc partisan. Un conseil des régions sans les régions, en somme. Ce n’est pas un conseil citoyen, composé de représentants des régions elles-mêmes. Pour cela, il faudrait donner un statut politique et des ressources aux régions, au moins un président élu au suffrage universel et un conseil formé des préfets de MRC de la région.
Ce sont les instances régionales qui devraient représenter les régions dans ce conseil et non des élus du parti au pouvoir. Mais on a fait disparaître toute forme d’instance régionale : les conseils régionaux de développement, les conférences régionales des élus, etc.
La formule proposée ne fait que confirmer que c’est Québec et le parti au pouvoir qui pensent pour les régions, ou plutôt les partis politiques qui courtisent les régions à chaque élection, sans suite. Lors du débat sur le projet de constitution, Simon Jolin-Barrette a formulé clairement ce principe autoritaire et partisan : ce sont les élus qui représentent les citoyens : les citoyens ne sont pas dépositaires de la souveraineté populaire. Le peuple, les régions, les communautés locales n’existent plus dans nos institutions politiques britanniques.
Je me permets de faire le lien avec la question des Premières Nations. Je propose depuis plusieurs années la création d’un conseil permanent Québec-Premières Nations qui — puisque le gouvernement Lévesque les a reconnues comme des nations entières — traiterait de nos rapports de nation à nation avec les Premières Nations, de notre coexistence et du partage des ressources sur notre territoire commun.
Au lieu de cela, on a le ministre Ian Lafrenière — aussi maintenant vice-premier ministre et ministre de la Sécurité intérieure — qui détient outrageusement tout le pouvoir dans ces relations, comme si la seule nation existante au Québec était la nation québécoise.
On a vu ce que ça a donné dans le débat sur le projet de constitution. Les Premières Nations n’ont pas de pouvoir et n’existent pas politiquement dans nos institutions politiques britanniques.
Le gouvernement québécois a réussi, avec les années, à dépouiller les citoyens de tout pouvoir politique. Je souligne souvent que beaucoup de réalisations de la Révolution tranquille sont issues du puissant Conseil d’orientation économique du Québec, créé en 1961.
Ce Conseil ouvrait la porte aux meilleurs spécialistes et militants citoyens du développement et avait pour mission de formuler un plan global pour le développement du Québec. On a fait disparaître cet organe citoyen de consultation sur le développement du Québec. Les élus ont accaparé tout le pouvoir. Le peuple — et ses penseurs — n’a plus droit de parole.
Le chemin est encore long si on veut revenir à la souveraineté politique du peuple… à la démocratie en somme. Nous subissons les effets de cette concentration du pouvoir chez les élus avec l’engorgement bureaucratique de nos gouvernements et leur éloignement progressif des besoins et des valeurs des citoyens.

