Dès le 5 mai, sur la chaîne Savoir média et son site Web, sera présenté 1995. Espoirs et trahisons, nouveau documentaire dans lequel Dave Noël et Antoine Robitaille revisitent les coulisses du référendum.
Ils dévoilent une rencontre secrète tenue peu avant l’élection de Jacques Parizeau à titre de premier ministre du Québec à l’automne 1994, soit près d’un an avant la tenue du référendum.
Le Devoir la résume ainsi : Jacques Parizeau sautait seul dans un jet privé à destination inconnue que les artisans du film présument être le Rhode Island. Dans une maison vide, quatre individus du Département d’État des États-Unis l’interrogeront pendant quatre heures sur ses velléités indépendantistes et sonderont sa pensée géopolitique, sa vision de la défense nationale, de l’économie, pour ensuite le retourner chez lui.
C’est l’ex-directeur de cabinet de M. Parizeau, Jean Royer, qui confie, à la caméra pour la première fois, cet épisode : « Jean Royer était allé le conduire à l’aéroport, puisque les gardes du corps de M. Parizeau n’étaient même pas au courant », ajoute la réalisatrice Flavie Payette-Renouf.
Une autre réunion secrète
L’aut’journal a déjà fait part de la tenue d’une réunion secrète de Parizeau avec des dirigeants américains, dévoilée dans une biographie de Jacques Parizeau publié en 1992 par Laurence Richard, Jacques Parizeau, le bâtisseur (Éditions de l’Homme), passée à l’époque sous le radar des médias, sauf celui de L’aut’journal. Nous en citons un large extrait.
Début de l’extrait
Un jour de 1971, Jacques Parizeau reçoit un coup de téléphone d’un ami installé aux États-Unis.
« Pourrais-tu prendre l’avion pour Chicago cet après-midi? lui demande cet ami.
J’ai autre chose à faire. Pourquoi veux-tu que je fasse ça? répond Parizeau.
Je t’assure que c’est très important. Je ne te ferais pas faire ce déplacement pour rien. Je ne peux pas te donner de détails. Crois-moi. C’est important que tu y ailles. »
Jacques Parizeau prend donc l’avion à destination de Chicago. À la sortie de l’aéroport, un chauffeur, l’ayant identifié au moyen d’une photo, l’entraîne vers la sortie : « La voiture vous attend. »
L’auto démarre et file à toute allure, traversant toute la ville de Chicago, et poursuivant sa course jusqu’à Racine, ville de taille moyenne située sur les bords du lac Michigan, dans le Wisconsin. Elle s’engage finalement dans l’entrée d’une immense propriété, qui, Parizeau l’apprendra par la suite, appartient aux propriétaires de la société Johnson and Johnson, et qu’on utilise pour des séminaires et des réunions.
Une fois à l’intérieur du superbe manoir, Parizeau est accueilli par un personnage qui lui dit tout bonnement : « Le général vous attend. »
Il entre dans une pièce où sont déjà installées une quarantaine de personnes qui représentent entre autres l’ambassade canadienne de Washington, le State Department américain, le Pentagone et l’armée américaine et le ministère des Affaires extérieures d’Ottawa.
Le général en question est rattaché à la DIA (Defense Intelligence Agency, équivalent militaire de la CIA). Tout le monde est installé pour dîner, et on installe l’hôte québécois en face du général. Après le repas, on passe aux choses sérieuses. Et Jacques Parizeau est manifestement celui à qui vont s’adresser les questions de « grand intérêt ». La première va droit au but : « Que pensez-vous de la théorie des secteurs? »
Fort heureusement, quelques mois plus tôt, Jacques-Yvan Morin a fait un exposé à son collègue sur des questions de cette nature. Selon la théorie des secteurs, pour tout pays possédant une rive sur l’océan Arctique, on trace à partir du point le plus occidental de la côte et du point le plus oriental de celle-ci, deux lignes allant vers le pôle Nord et tout ce qui se trouve dans cette pointe de tarte tombe sous sa juridiction. Le Canada, l’URSS et la Norvège sont d’accord avec cette théorie. Par contre, les États-Unis, qui possèdent l’Alaska, sont partisans de la liberté de circuler. Mais pour que cette théorie des secteurs trouve une application pratique, il est essentiel que tous les pays riverains soient d’accord. Tant qu’il reste des récalcitrants, ça ne peut pas marcher.
La question suivante était prévisible : « Si le Québec devient souverain, est-ce qu’il sera pour la théorie des secteurs? »
La question de la théorie des secteurs a d’autant plus d’importance pour les Américains que, dans cette pointe de tarte qui serait définie à partir du point le plus occidental et le point le plus oriental de côte du Québec sur les régions arctiques, se situe la majeure partie de la Terre de Baffin sur laquelle on trouve à ce moment-là la deuxième plus grosse base aérienne des États-Unis après Thulé, au Groenland. « Ces braves Américains, dit Parizeau, se demandaient ce qui arriverait à leur base. »
À ce moment-là, Parizeau a compris que la montée du souverainisme, au Québec, commençait à être prise au sérieux. Quant aux Canadiens, ils étaient furieux de toute cette mise en scène, justement parce que ça constituait une reconnaissance de l’idée de la souveraineté. « Les Canadiens étaient très mécontents que les Américains m’aient invité à discuter avec eux. »
Jacques Parizeau et ses hôtes ont exploré ce soir-là nombre d’aspects importants de l’accession du Québec à la souveraineté.
Il a été, par exemple question de la participation du Québec à Norad et à l’OTAN : « Moi, dit-il, j’ai toujours pensé que ça allait de soi qu’un Québec souverain fasse partie de Norad et de l’OTAN. On ne peut pas, d’autre part, demander le parapluie de la défense des États-Unis, et, d’autre part, se déclarer neutre. »

