L’auteur est porte-parole du Regroupement Vigilance Mines Abitibi-Témiscamingue (REVIMAT)

Le gouvernement américain est aux prises avec un problème d’approvisionnement en métaux et minéraux pour alimenter sa filière numérique et de défense. En ce moment, c’est la Chine qui domine le marché mondial sur ce plan. Avec ses tarifs douaniers, le président Trump tente de regagner le marché.

Pour reprendre le contrôle, il s’inspire de la méthode du 25e président des États-Unis, William McKinley (1887-1901). En effet, grâce au Tarif Act de 1890, McKinley aurait permis aux USA de s’enrichir et de protéger l’industrie américaine. Aux yeux de Trump, cette période ayant été la plus prospère des États-Unis, il cherche à la reproduire. Il fait toutefois abstraction du contexte économique actuel, qui est bien différent de celui du XIXe siècle, où la taxation était la principale source de revenus du gouvernement fédéral avant l’impôt sur le revenu.

Aujourd’hui, cette politique de tarifs remet en question la notion de libre-échange, qui a comme objectif de favoriser le commerce international en supprimant les barrières nationales susceptibles de restreindre l'importation des biens et des services.

Ceux qui font la promotion du libre-échange clament qu’il a un effet positif sur la croissance économique et sur le développement des pays riches et leurs industries. Pourtant, on constate que la main-d'œuvre abondante et peu coûteuse en Chine entraîne des délocalisations massives de plusieurs filières industrielles de l'Occident.

Entre 1978 et 2000, un événement est venu bouleverser l’équilibre économique du libre-échange. En Chine, après la mort de Mao Zedong, Deng Xiaoping introduit une économie de marché s’ouvrant aux capitaux étrangers. Dès lors, la Chine émerge économiquement et devient le pays à favoriser et l’atelier du monde. Elle a connu une croissance économique exceptionnelle annuelle de 8 à 9% depuis 2006.

En 2010, la Chine a mis en branle un développement stratégique qui lui a permis de dominer l’exploitation des métaux stratégiques et critiques. Par le fait même, l’autonomie de plusieurs pays, et plus particulièrement les États-Unis, s’en est trouvée affaiblie.

Les transactions minières entre deux grandes puissances

Les métaux stratégiques et critiques sont un enjeu crucial dans la lutte entre les grandes puissances. L’utilisation de ces métaux dépend des besoins industriels de chaque pays, mais on les retrouve surtout dans les trois secteurs industriels suivants :

  • Les technologies à bas-carbone comme pour l’électrification, les cellules des panneaux photovoltaïques, le revêtement des éoliennes et les batteries des véhicules électriques.
  • Les technologies du numérique pour les équipements électroniques, les infrastructures numériques, le secteur émergent de l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, les micro-processeurs de pointe, les câblages en fibre optique, les batteries et les aimants permanents des ventilateurs de refroidissement.
  • Les technologies de défense pour les superalliages fortement résistants.

Portrait des États-Unis

La ruée vers l'or au XIXe siècle a été une période frénétique de migration et de prospection minière aux États-Unis. Jusqu’en 1970, ils sont une puissance minière et métallurgique globale. L’extraction domestique de fer représente 12% de la production mondiale, celle du cuivre 26%, son raffinage 23%, sa production d’aluminium 37% et sa production d’acier 20%. [1]

À partir de 1970, l’exploitation intensive des gisements a vidé les sites les plus rentables. Il ne reste que des gisements pauvres et plus dispendieux à exploiter. De plus, la réglementation environnementale américaine vient impacter l’industrie minière causant la fermeture de plusieurs raffineries. Elle augmente aussi les délais de mise en opération des mines, rendant l’exploitation moins intéressante aux yeux des investisseurs.

Les USA externalisent donc leur apport en métaux. Les capitaux sont injectés dans d’autres pays où l’environnement est laissé pour compte. Les travailleurs sont mal payés et les minières ne craignent pas de poursuites dues aux conditions exécrables dans lesquelles les employés opèrent. La Chine devient ainsi une importante source d’alimentation en métaux à bas prix.

En 2026, les États-Unis dominent dans les technologies numériques au niveau de la production de microprocesseurs et de l’IA, qui est toutefois dépendante de minéraux critiques et stratégiques provenant majoritairement de la Chine. Cette dépendance fragilise sérieusement les approvisionnements américains.

Trouver des mines exploitables et les mettre en production est un processus très long; d’où la rhétorique de Trump d’annexer le Canada et le Groenland afin de s’accaparer de leurs ressources minérales.

Portrait de la Chine

En 2026, la Chine domine dans les technologies à bas-carbone qui nécessitent des métaux critiques. Le pays est responsable de 75 % de la production mondiale de batteries électriques, 98 % de celle en batteries LFP (en plein développement) et 80 % de la production mondiale de panneaux solaires et de ses composantes. Le pays représente aussi 92 % de la production mondiale d’aimants permanents.

Elle détient aussi 70% de la production minière mondiale de graphite, des terres rares et du tungstène ainsi que 20 à 50% de la production de bauxite, d’étain, de zinc, de titane, d’antimoine et de magnésium. Elle détient également 40 à 90 % de la production mondiale sur l’ensemble des métaux critiques raffinés. La valeur ajoutée industrielle mondiale est passée de 5 % en 1997 à 24 % en 2024.

La Chine est compétitive sur le marché, car sa règlementation environnementale n’est pas restrictive, ce qui permet de réduire les coûts de production. De plus, la Chine n’a pas à payer les coûts environnementaux causés par les produits qu’elle vend dans les pays qui les consomment.

Au-delà de son propre territoire, la Chine s’alimente aussi en minéraux grâce à sa politique de colonisation connue sous le nom de la route de la Soie.

Sa production domestique de charbon, indispensable au développement énergivore de ses industries, accroit aussi considérablement sa capacité à raffiner des métaux critiques.

Une guerre économique sur le territoire minier

Depuis 2010, les gouvernements américains successifs ont pris conscience du déséquilibre économique grandissant entre les pays et de leur vulnérabilité dans le domaine de la défense.

Même la dominance des États-Unis dans la technologie numérique est tributaire de la filière technologique à bas-carbone de la Chine, ce qui rend sa croissance dépendante de ce pays.

C’est pourquoi le président Trump cherche à mettre fin au libre-échange. Il veut dominer ou négocier de gré à gré avec chaque pays afin d’être moins dépendant de la Chine.

Les conséquences géopolitiques et économiques peuvent être graves. Pour l’instant, l’inconstance du président américain dans ses décisions et les hausses drastiques des tarifs n’aident pas son plan de développement. L’instabilité géopolitique provoquée par les tarifs et l’augmentation de la dette américaine affectent les marchés. Le dollar américain comme valeur refuge est de plus en plus remis en question.

Ironiquement, la Chine gagne à ce jeu de tarifs. Plusieurs pays cherchent à substituer le yuan au dollar américain comme valeur refuge.

Une entente tarifaire entre les USA et la Chine a été signée, mais les Américains restent vulnérables devant une coupure de ses approvisionnements provenant de la Chine, qui domine toujours sur le plan minier.

[1] Sources des données de cet article : https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/01/mineraux-critiques-geopolitique/