Chaque printemps, la Journée nationale des Patriotes nous rappelle que l’histoire du Québec est celle d’un combat toujours vivant pour la liberté de tout un peuple. Derrière les cérémonies et les discours demeure une question essentielle : qu’avons-nous fait de l’héritage de nos Patriotes?

C’est avec cet état d’esprit que j’ai pris la parole lors du Gala des patriotes 2025 du Rassemblement pour un Pays Souverain (RPS). Car la mémoire des Patriotes ne nous invite pas seulement au souvenir, mais surtout à poursuivre leur combat.

Ce qui suit est une adaptation de cette allocution.

Le monde est à la croisée des chemins. Face aux forces de la mondialisation uniformisante se dressent des peuples enracinés dans leur histoire et fiers de leurs distinctions. Partout, de nombreux peuples se lèvent pour défendre leur existence, leur identité et leur avenir. Le Québec n’échappe pas à ce contexte, mais ce combat n’est pas nouveau pour nous : il s’inscrit dans une longue tradition de résistance et de résilience.

Après la conquête anglaise, tout indiquait que nous devions disparaître. Et pourtant, nous sommes toujours là. Le miracle se poursuit. Le combat continue. Car chaque jour où le Québec parle, pense, crée et aime en français est une victoire sur l’effacement.

Nous sommes toujours enfermés dans ce carcan canadien au sein duquel nous attend un long et douloureux déclin, sous la pression d’un régime qui nous impose un ordre politique, social et moral qui n’est pas le nôtre. Mais à cela s’ajoute maintenant un président américain mégalomane qui ne cache même plus ses ambitions impériales, ainsi qu’une pression culturelle américaine décuplée par les géants du web, et des multinationales qui tentent de nous réduire à un simple marché captif.

Le défi est de taille, mais nous avons tout pour réussir, car nous portons en nous l’expérience des luttes passées, et la mémoire des épreuves surmontées.

En ce sens, les Patriotes de 1837-1838 sont une inspiration. Nous célébrons aujourd’hui nos Patriotes et leur courage, oui, mais aussi leurs idéaux et les valeurs qu’ils nous ont légués.

Dans leur déclaration d’indépendance du Bas-Canada, les Patriotes revendiquaient :

● La Libération nationale : par l’indépendance du Bas-Canada.

● La Libération politique : par la rupture avec le régime monarchique britannique.

● La Libération économique : par la lutte contre les monopoles.

● La Libération morale : par le rejet de la domination cléricale.

● La Libération intellectuelle : par l’affranchissement face aux notables et à la domination idéologique.

● La Libération sociale : par la fin des fractures raciales imposées par l’Empire, et pour l’égalité entre francophones, anglophones, autochtones et immigrants. Bref, ils réclamaient une société plus universaliste.

Notre libération comme peuple passera par toutes ces formes de libération.

Prenons par exemple la libération économique :

Notre liberté économique prend racine dans cette volonté de se libérer des puissances coloniales et impériales. Les Patriotes, on s’en souvient, se sont opposés au protectionnisme britannique, aux monopoles seigneuriaux et ont appelé à l’achat local auprès des agriculteurs et des artisans québécois de l’époque.

Au fil du temps, les Québécois ont poursuivi ce combat, en s’opposant aux diktats canadiens provenant des sièges sociaux de Toronto et à l'appétit vorace des multinationales américaines. Encore aujourd’hui, nous combattons collectivement les GAFAM et leur oligopole sur plusieurs fronts.

Lorsqu’Amazon a fermé ses bureaux au Québec afin d’éviter la syndicalisation de ses employés, les Québécois ont réagi spontanément en appelant au boycottage d’Amazon. Ce n’était pas une mince tâche, Amazon représentait plus de 50% des achats en ligne au Québec.

Trois mois plus tard, nous apprenions que près des deux tiers des Québécois avaient réduit leurs achats chez Amazon. En crachant sur l’une de nos différences québécoises : le syndicalisme, sur les travailleurs d’ici et sur nos conditions de travail, Amazon a réveillé l’instinct de plusieurs d’entre-nous, qui n’hésitent pas à se tenir debout pour leurs principes, illustrant notre esprit patriote, toujours vivant.

Lorsque Meta a mis fin à l’accès aux nouvelles sur Facebook et Instagram, parce qu’elle refusait de payer sa juste part à nos médias locaux et nationaux, les Québécois ont réagi spontanément et plusieurs de nos institutions se sont lancées dans un boycottage marqué de Meta.

La différence québécoise était encore une fois évidente. Exception faite du Québec, aucune autre province n’a manifesté vouloir se joindre à ce boycottage. Le Manitoba s’est même dissocié de la Loi fédérale visant à forcer les géants du web à indemniser nos médias d'information.

En crachant sur notre volonté collective de préserver une information régionale de qualité, Meta a provoqué une réaction concertée de plusieurs de nos institutions, démontrant leur importance pour garantir nos droits collectifs ainsi que notre culture politique en faveur du bien commun héritée de nos Patriotes.

Lorsqu’au fil du temps, les entreprises canadiennes et les multinationales américaines ont poursuivi l’exploitation de nos ressources et de nos travailleurs sans considération pour notre monde, les Québécois se sont organisés pour développer un tout nouveau créneau économique, l’économie sociale, qui s'appuie sur le développement de la collectivité plutôt que sur la recherche de profit à tout prix.

Depuis, le Québec figure parmi les endroits au monde où l’économie sociale est la plus florissante. Lorsque, collectivement, on ose se tenir debout pour nos principes, lorsqu’on agit en patriote, on peut réaliser de grandes choses.

Et de grandes choses, nous en réaliserons. Un gouvernement du Parti Québécois poursuivra dans cette voie, en effectuant un recentrage de l’État québécois vers nos PME et en nous appuyant davantage sur nos initiatives d’économie sociale. La dilapidation de nos fonds publics en cadeaux aux entreprises canadiennes et aux multinationales américaines doit cesser. Nous devons sortir du modèle économique de main-d’œuvre bon marché pour effectuer un vrai virage vers l’automatisation et la robotisation.

Il est tant que le Québec s’assume, avec un vrai nationalisme économique. Il est temps de libérer le potentiel économique du Québec!

Je vous ai parlé de libération économique, mais j’aimerais aussi vous parler de libération morale, intellectuelle et sociale.

Au fil de notre histoire, nous avons hérité des Patriotes ce rejet du cléricalisme, ce rejet des divisions ethniques et du communautarisme, ainsi que ce rejet des idéologies victimaires et culpabilisantes.

Depuis nos Patriotes, nous menons collectivement la quête d’une société laïque. Nous avons réussi à sortir la religion de l’État. Nous avons réussi à sortir la religion de nos chambres à coucher. Et nous avons réussi à établir un espace public où les décisions se prennent au nom de la raison et de nos valeurs partagées, et non sur la base de dogmes religieux.

Ces acquis, nous les avons obtenus malgré les ingérences du régime fédéral, qui combat notre laïcité avec ses tribunaux, ses juges et sa constitution que nous n’avons jamais signée. Et ces acquis sont mis en danger par un entrisme religieux qui s’est établi sournoisement dans certaines de nos institutions. Nous devons donc poursuivre ce combat, pour protéger la liberté de conscience de tout un chacun, la liberté de croire, ou de ne pas croire.

Depuis plus de 40 ans, le Québec doit aussi combattre l’ingérence du régime fédéral qui tente d’imposer au Québec sa doctrine d’État, le multiculturalisme canadien, qui favorise les enclaves ethniques, linguistiques et religieuses.

Le Québec a plutôt fait le choix d’un modèle d’intégration plus universaliste, qui mise sur un socle commun, qui mise sur ce qui nous rassemble et non sur ce qui nous divise. Nous devons poursuivre ce combat, pour protéger notre langue commune, notre culture commune et nos valeurs communes, parce que nous avons une histoire en commun et un destin en commun.

Depuis quelques années, le Québec tente de résister au rouleau compresseur des idéologies identitaires du monde anglo-saxon, qui importent au Québec l'apologie du racialisme et qui imposent des approches incompatibles avec notre histoire et nos valeurs, comme l’EDI, qui agit comme le cheval de Troie du multiculturalisme canadien dans nos organisations.

Au cours des prochaines années, nous devrons collectivement combattre ces dominations : cette domination qui s’oppose à notre laïcité, cette domination qui nous impose le multiculturalisme canadien et cette domination qui nous impose ces idéologies identitaires anglo-saxonnes, car elles sont le plus grand frein à notre libération morale, intellectuelle et sociale.

Un gouvernement du Parti Québécois mènera ces combats avec vous. Face à ces dominations, notre réponse sera de défendre fermement notre laïcité, d’accueillir dignement, selon notre capacité à intégrer, et de bâtir ensemble le Québec de demain, selon notre conception universaliste de la citoyenneté et selon notre aspiration collective à vivre ensemble, à notre manière.

À travers son histoire, le Québec s’est toujours opposé à l’impérialisme, qu’il soit britannique, américain, canadien ou de toute autre forme. Pour honorer la mémoire des Patriotes, nous devons continuer de nous opposer à toute forme d’impérialisme moderne, que ce soit l’impérialisme économique américain ou l’impérialisme moralisateur et centralisateur canadien.

À tous les niveaux, les Patriotes ont été des précurseurs. À nous maintenant de poursuivre leur quête de justice, de vérité et de liberté, comme plusieurs générations de nos ancêtres l’ont fait avant nous, en agissant en patriotes à notre tour.

Quel est le sens de cette commémoration, si ce n’est pas de leur donner raison et de faire vivre leur combat dans nos gestes d’aujourd’hui, dans nos convictions, et dans nos choix de société?

Quel est le sens de cette commémoration, si ce n’est pas de célébrer toutes ces personnes qui nous ont précédés et qui nous ont appris à nous tenir debout?

Quel est le sens de cette commémoration, si ce n’est pas de raviver en nous le courage de résister, de parler vrai, et de choisir d’être vaillant plutôt que résigné?

Ce que nous commémorons aujourd’hui, ce n’est pas le « souvenir des malheurs » ni « l’irréussite » dont parle De Lorimier dans son Testament politique. Ce que nous commémorons aujourd’hui, c’est « le courage et les espérances » qu’il nous a légués.

Rendons donc hommage à la mémoire de ces gens-là, cette mémoire qui nous appelle et qui crie le mot INDÉPENDANCE.

La mémoire de ces hommes et de ces femmes qui ont été les premiers de notre nation à se lever et à dire tout haut :

Vive la liberté, vive l’indépendance!