L’auteur est syndicaliste

Maintenant que tous les partis politiques québécois ont élu leur chef et que nous ne sommes qu’à quelques mois de la tenue du scrutin général, nous pouvons dire que la campagne électorale est enclenchée. Le dernier sondage d’Ipsos-La Presse révèle que le Parti Québécois et le Parti Libéral se partagent la tête du classement avec chacun 30% des intentions de vote. Suivent derrière, la Coalition Avenir Québec avec 18%, le Parti Conservateur du Québec avec 13% et Québec Solidaire avec 8%.

Ces chiffres sont un peu trompeurs. Car, avec notre système électoral – à mon avis déficient – conçu pour faire un choix entre deux partis politiques et non cinq, il est fort possible, si rien ne change, que le PQ forme le prochain gouvernement en ayant recueilli autour de 30% de l’appui du peuple québécois. Bon, je ne jouerai pas au devin, l’avenir nous dira lequel des partis sera l’heureux élu pour gouverner le Québec.

La montée de la droite

L’offre politique devant nous n’est pas des plus rose. On est plutôt dans le gris foncé. D’abord à cause de la montée de la droite. On le constate un peu partout dans le monde, la droite et les discours populistes tranchants et diviseurs ont la cote.

Notre voisin du sud y est pour beaucoup et les Libéraux de Mark Carney ont embarqué dans la danse sans trop se faire prier. Disons que les menaces tous azimuts de Donald Trump servent souvent de prétexte pour un virage à droite, toute!

Au Québec, on n’y échappe pas. Lors de la campagne à la chefferie de la CAQ, Christine Fréchette et Bernard Drainville ont allègrement proposé des idées conservatrices. À preuve, Éric Duhaime n’a cessé de se plaindre de se faire voler ses idées et de clamer haut et fort que la vraie droite conservatrice au Québec, c’était lui! Toute cette montée de la droite n’augure rien de bon pour la classe ouvrière. L’histoire nous montre qu’avec la mise en place des politiques de droite vient l’effritement du filet social, l’augmentation de la pauvreté et des inégalités sociales.

Quelle est l’offre politique?

Le PQ de PSPP trône dans les intentions de vote depuis un bon moment, mais les quelques mois restants avant le début officiel de la campagne seront cruciaux pour son parti. Le PQ fait maintenant face à des partis politiques qui, ayant choisi leurs chefs, se trouvent mieux organisés que jamais. Le PQ fera face à des tirs groupés de leur part.

Plus le temps avance, plus la population portera attention aux discours politiques. Les prises de position deviendront déterminantes. PSPP n’aura pas droit à l’erreur.

Le chef du PLC, Charles Milliard, est en train de devenir le maître du discours vide et de la non-prise de position. On se souviendra de son « Je suis fédéraliste, nationaliste et régionaliste! » Et de son fameux « Si nécessaire, mais pas nécessairement », concernant l’utilisation de la clause dérogatoire dans sa future révision de loi adoptée en 2022 visant à protéger le français au Québec.

M. Milliard m’apparait attendre, beaucoup plus que les autres chefs, de profiter d’une bourde de ses adversaires plutôt que d’aller de l’avant avec des propositions concrètes. Je ne suis pas convaincu que ça peut tenir la route jusqu’au jour des élections.

Mme Fréchette, notre nouvelle première ministre, doit déployer des efforts considérables pour se démarquer de l’ère « Papa Legault » et ce n’est pas une mince affaire. Elle tente de reproduire ce que Marc Carney a fait avec les Libéraux de Justin Trudeau. Faire croire que la CAQ sous sa gouverne est une nouvelle CAQ et se présenter comme la meilleure alternative face aux grands défis économiques qui nous guettent.

Elle jouera sûrement la carte de la menace trumpiste beaucoup plus que la carte nationaliste de son prédécesseur « Papa » Legault. Cependant, le bilan désastreux de son parti politique après huit années de pouvoir sera un boulet très lourd à trainer durant la prochaine campagne.

Éric Duhaime du PCQ sait très bien qu’il ne formera pas le prochain gouvernement. Il va nous offrir les mêmes vieilles idées de droite que sont la privatisation des services publics et les baisses d’impôt. Des propositions que nous nous sommes fait servir à la fin des années 80 et durant les années 90, des idées qui, on le sait tous, ne profitent qu’aux plus nantis et laissent de côté la majorité de la population.

Éric Duhaime le sait très bien, mais n’en a rien à faire. Tout ce qui l’intéresse, c’est de parler à sa base électorale et de se faire élire avec quelques autres personnes. Ce sera suffisant pour lui permettre de crier victoire et de rester chef de sa formation politique pendant un autre quatre ans.

Bien que QS essaie, par tous les moyens, de se démarquer et de se présenter comme un parti politique qui peut gouverner, en nous présentant, entre autres, « une plateforme crédible » selon les dires de Mme Ghazal, rien ni fait. L’aiguille des sondages ne bouge pas et, si la tendance se maintient, QS pourrait se retrouver aux termes de la prochaine élection avec quatre députés et de grands défis pour rester en vie comme parti politique.

Spectateurs ou acteurs?

Et nous, dans tout ça, les électrices et électeurs, que doit-on faire? Être spectateurs des débats politiques entre les différents partis politiques ou être acteurs dans la prochaine campagne électorale afin de participer activement à créer le Québec que l’on souhaite et dont nous avons besoin.

Personnellement, je suis dans le camp de la deuxième option, être des acteurs. Je ne crois pas que nous devons laisser les partis politiques décider de l’agenda politique en nous présentant leur spectacle électoral.

Nous devons nous intéresser à la chose politique, écouter ce qui se dit, essayer de comprendre les conséquences qu’auraient pour nous les différentes options proposées par les partis politiques.

C’est à nous de définir ce que nous voulons comme société. De demander des solutions concrètes pour reconstruire tout ce qui a été démoli dans les dernières années en santé, en éducation et en infrastructures. Tout cela, à coups de baisses d’impôt et de chèques cadeaux à la population.

Nous devons demander des solutions pour combattre les inégalités sociales, la pauvreté, le manque de logement. Nous devons exiger qu’un État riche comme le Québec offre à sa population une société juste et équitable.