Nadia El-Mabrouk est Présidente du Rassemblement pour la laïcité et Caroline Kilsdonk est Docteure en médecine vétérinaire et bioéthicienne
Nous nous réjouissons de constater qu’une discussion publique s’installe sur le sujet de l’abattage religieux. Toutefois, le texte de Daphnée B. Ménard et Sarah Berger Richardson publié dans La Presse [1] en réponse à notre article [2] « Mieux traités morts que vivants? Vraiment? » contient de l’information fausse et trompeuse.
L’abattage religieux (halal et cachère) n’est aucunement « exceptionnel » ou « une faible part de la production canadienne », comme l’affirment les autrices. Bien qu’aucune donnée officielle ne soit publiée pour permettre de connaître le nombre d’animaux abattus de manière religieuse – nous le déplorons – une demande d’accès à l’information nous apprend que 50% des abattoirs sous inspection provinciale sont autorisés à pratiquer ce type d’abattage.
Il suffit de consulter les étiquettes dans les supermarchés pour constater la grande quantité de viande étiquetée halal, sans compter qu’une part importante de la viande issue d’abattage rituel n’est pas étiquetée ainsi, comme nous l’ont confirmé les personnes consultées travaillant dans les abattoirs.
De plus, les programmes de financement fédéral et provincial substantiels visant à aider l'industrie de la viande rouge à s’adapter à ce mode d’abattage vont assurément l’accroître dans les prochaines années. Quand l’État finance l’adaptation d’infrastructures et le développement d’un marché, ce qui n’est déjà pas une exception risque de prendre une expansion soutenue.
Nous ne nions pas que certaines pratiques acceptées dans nos élevages causent de la souffrance animale. Les lois, règlements et pratiques doivent continuer à progresser. Cela n’empêche pas d’agir également pour dénoncer la pire des souffrances, celle de se faire trancher le cou à froid, et ce, pour des raisons purement religieuses. Tant que ce type d’abattage se poursuit, nous exigeons au moins un étiquetage obligatoire de la viande concernant le mode d’abattage afin d’offrir un réel choix au consommateur.
Nous nous étonnons du peu de cas que semblent faire les autrices, chercheuses spécialisées dans la réglementation de l’agriculture animale, de l’importance d’un tel étiquetage. Si les adeptes des deux religions concernées par l’abattage religieux ont droit à la transparence sur les produits qu’ils consomment, pourquoi les autres consommateurs n’auraient-ils pas droit à la même transparence et au même respect?
Les autrices semblent accorder un statut particulier aux « contraintes constitutionnelles liées à la liberté de religion ». En quoi ces contraintes justifieraient-elles que le contribuable paye, à son insu, pour des pratiques religieuses entrainant de la cruauté animale inutile? De plus, si aucun étiquetage n’est exigé, comment s’assurer, comme le réclament les autrices, que ce type d’abattage sans étourdissement « reste exceptionnel »?
L’article évoque des rapports de non-conformité dans les abattoirs. Nous sommes en contact avec des médecins vétérinaires qui émettent ce type de rapports. Ils sont la démonstration que l’insensibilisation est efficace et que, lorsqu’il y a des manquements, des actions sont posées.
D’ailleurs, le risque de mauvaise exécution est grandement accru quand l’animal peut sentir la douleur et se débattre. Le fait qu’il y ait parfois des manquements dans l’insensibilisation pour le mode d’abattage conventionnel justifierait-il, selon les autrices, de ne pas appliquer cette exigence pour l’abattage rituel? Voilà un raisonnement étonnant!
Quant aux accusations gratuites qui sont adressées à toutes les personnes préoccupées par cet enjeu, à savoir qu’elles seraient motivées par des sentiments négatifs vis-à-vis des minorités religieuses, elles ne feront pas avancer la cause du bien-être animal.
Nous sommes d’accord sur une chose, « l’abattage sans étourdissement est un enjeu réel pour le bien-être animal ». Alors, pourquoi ne pas saluer et soutenir la mobilisation populaire [3] et celle de nombreux médecins vétérinaires [4] face à cet enjeu?
La population a droit à la transparence dans ce dossier. Pour commencer, et afin de se baser sur des faits et non sur des impressions ou de la désinformation, la publication des données du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) et de l’Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) s’impose pour connaitre l’étendue de ce mode d’abattage et le volume de viande qu’il représente à l’étalage.
[3] https://www.noscommunes.ca/petitions/fr/Petition/Details?Petition=e-7108
[4] https://drive.google.com/file/d/1ZARXHpoMYH551co6braJUI_xG4ApDLyt/view

