Entrevue réalisée le mercredi 10 juin, par Geraldo Vivanco avec Alex Carreras Pons, médecin cubain, spécialiste en médecine familiale. Dr Carreras travaille au ministère de la Santé publique à titre de responsable des relations internationales et de la collaboration bilatérale. Il était de passage à Montréal lors d’une tournée canadienne et au Québec à l’invitation du « Canadian Network on Cuba » et de la Table de concertation de solidarité Québec-Cuba.

Geraldo Vivanco : Parlez-nous de la collaboration internationale…

Alex Carreras Pons : Cuba a une longue histoire de solidarité et de coopération internationale, depuis plus de 60 ans. Cela a commencé tôt, avec le triomphe de la Révolution en 1959. L’année 1963 marque le début de la coopération de façon permanente avec la première brigade envoyée en Algérie; c’est le début de la coopération médicale cubaine, bien qu’il y ait eu quelques antécédents, comme en 1960, où un petit groupe avait été envoyé au Chili à la suite du grand tremblement de terre.

Durant toutes ces années, plus de 605 000 travailleurs de la santé cubains ont été présents dans 165 pays. Non seulement ont-ils aidé ces pays en leur prêtant assistance médicale à travers des brigades et des équipements médicaux cubains, mais aussi en contribuant à la formation des ressources humaines dont les pays avaient besoin.

On a formé plus de 50 000 médecins de 150 pays dans nos universités, incluant des étudiants de l’école latino-américaine de médecine et incluant aussi des étudiants issus des États-Unis! Des étudiants qui, s’ils n’avaient pas eu la possibilité d’étudier à Cuba, n’auraient pu rêver de devenir médecins aux États-Unis mêmes.

GV : Docteur Carreras, pour la mémoire collective, c’est important de savoir comment Cuba a développé la solidarité et la coopération internationale, mais comment arrive-t-on à des accords avec les pays qui reçoivent l’aide?

ACP : Toute collaboration se base sur des accords avec les pays bénéficiaires de l’aide. En fait, les pays demandent au gouvernement cubain une aide médicale dans le cadre d’accords de collaboration ou de mémoires d’ententes. On offre cette aide solidaire à plusieurs pays du monde.

Toutefois, les conditions actuelles du blocus des États-Unis contre Cuba et l’attaque contre les brigades cubaines exercent une pression sur plusieurs pays pour qu’ils cessent leur collaboration médicale avec Cuba. Il y a des pays, comme le Honduras, le Guatemala et la Jamaïque qui, malgré une longue histoire, ont décidé de ne pas poursuivre la collaboration médicale avec Cuba.

Mais il y a d’autres pays qui demandent l’aide de Cuba. Présentement, il y a plus de 20 000 travailleurs de la santé qui sont répartis dans environ 50 pays à travers le monde, comme au Moyen-Orient, où il y a plus de 1500 professionnels de la santé dans un hôpital au Qatar.

Nous offrons la coopération médicale cubaine dans des pays comme l'Italie, où nous avons envoyé les premières équipes médicales en raison de la pandémie de COVID-19. Après la période du COVID, la population a elle-même demandé le maintien de la présence de médecins cubains dans plusieurs régions italiennes, compte tenu des besoins en personnel médical et de la grande estime portée aux soins prodigués par la brigade médicale cubaine.

GV : Quelle est la réaction du peuple cubain face à la pression exercée par le renforcement du blocus imposé par les États-Unis depuis plus de 60 ans?

ACP : Le peuple cubain est un peuple combatif, prêt à défendre les acquis de la révolution. Aujourd'hui, Cuba est confronté à une grave menace : la menace d'une intervention militaire. Cependant, le peuple cubain a foi en la révolution et en son dirigeant.

Malgré tout, nous nous préparons. Le peuple continue de travailler sans relâche, donnant le meilleur de lui-même. Malgré la gravité de la menace, le peuple cubain ne souhaite pas la guerre. C'est un peuple qui a toujours défendu la paix. Nous continuons à vivre, malgré toutes les difficultés que nous rencontrons. Nous recherchons des solutions alternatives qui nous permettront de retrouver les indicateurs de santé que nous avions autrefois, lesquels ont été fortement affectés par le blocus.

GV : Quelle est la situation actuelle du peuple cubain?

ACP : Si le blocus américain était levé aujourd'hui, la vie des Cubains serait complètement transformée. Actuellement, les services essentiels de santé sont touchés. Le manque de carburant a des répercussions sur les services d'urgence, la disponibilité des ambulances et, de manière générale, sur tous les services hospitaliers. Le manque de transports en commun limite l’accès du peuple cubain aux services hospitaliers.

GV : Au Québec, un sentiment très particulier se manifeste envers Cuba, notamment à travers des organisations comme la Table de concertation et de solidarité Québec-Cuba et des organisations latino-américaines. Pourriez-vous leur adresser un message?

ACP : Nous remercions sincèrement tous les amis et sympathisants de Cuba. En ces temps difficiles, face aux pressions exercées par les États-Unis sur les pays qui soutiennent Cuba, je voudrais vous rappeler cette phrase de José Martí, le père de la révolution cubaine : « Celui qui se lève aujourd'hui pour Cuba se lève pour toujours. »

Ce qui se passe à Cuba aujourd'hui pourrait arriver à n'importe quel pays d'Amérique latine et du monde. Face à l'empire le plus puissant, nous devons rester fermes et ne pas céder. Ce que l'on cherche aujourd'hui à Cuba, c'est provoquer une explosion sociale en exploitant les pénuries et les difficultés engendrées par un blocus économique, énergétique et financier de plus en plus sévère. Mais face à cela, nous avons la force de notre peuple et la solidarité internationale pour poursuivre notre processus révolutionnaire.