L’auteur est député du Bloc québécois

L’inflation et la crise du logement touchent particulièrement les aînés. Alors que les prix augmentent et que leurs revenus demeurent fixes, leur pouvoir d’achat s’érode. Il y a quelques semaines, Radio-Canada diffusait un reportage sur des retraités qui n’arrivaient plus à payer leur loyer en résidence.

« Depuis janvier 2025, le Tribunal administratif du logement (TAL) a ordonné l’expulsion d’au moins une trentaine de locataires en résidence privée pour aînés (RPA) dans la province pour loyers impayés. »

Lorsqu’on sait que 53 % des personnes de 65 ans et plus vivent avec moins de 35 000 $ par année et qu’un tiers dispose de moins de 25 000 $, on comprend que la capacité de payer une chambre sans services ni repas à 1 680 $ par mois est loin d’être acquise. Le reportage montre d’ailleurs que la situation est difficile même pour les mieux nantis : un logement de type trois et demi avec services peut atteindre 3 900 $ par mois.

Un problème de société majeur

Il s’agit d’un problème de société majeur. Un récent sondage Léger, réalisé pour le Journal de Montréal, révèle que la majorité des Québécois de 50 ans et plus craint de manquer d’argent à la retraite. L’article illustre cette réalité par l’exemple d’une femme ayant travaillé comme préposée aux bénéficiaires avant de devoir accompagner son père et son mari dans la maladie : « Aujourd’hui, à 69 ans, elle se retrouve elle-même en situation de grande précarité. »

En effet, avec l’explosion du coût des loyers et des aliments, les revenus tirés du Régime de rentes du Québec (RRQ), du Supplément de revenu garanti (SRG) et de la Pension de la sécurité de la vieillesse (PSV) ne suffisent plus.

Selon l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), la moitié des personnes de 60 ans et plus n’atteint pas le seuil de revenu viable tel qu’établi par l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).

Toujours selon le Journal de Montréal, « le quart (24 %) des ménages composés de personnes âgées de 65 ans et plus vivent dans un logement jugé inadéquat, c’est-à-dire qui ne respecte pas les trois normes de la SCHL en matière d’abordabilité, de taille et de qualité ».

Hausse de l’itinérance

Alors que l’itinérance est en forte progression partout au Québec et au Canada, celle des aînés est en émergence. L’Observatoire des inégalités rappelle qu’« à la suite du dénombrement réalisé dans la nuit du 11 au 12 octobre 2022, 6,5 % des personnes en situation d’itinérance visible étaient âgées de 65 ans et plus et 29 % avaient entre 50 et 64 ans ».

Selon l’OCDE, le Canada est l’un des pays industrialisés où la chute du pouvoir d’achat à la retraite est parmi les plus marquées. Le taux de remplacement net des pensions y est de 47,3 % du revenu de préretraite. Autrement dit, le passage à la retraite entraîne une baisse importante du niveau de vie moyen.

À titre de comparaison, la moyenne des pays de l’OCDE s’élève à 65,5 %. Sur 45 pays étudiés, le Canada se classe au 39e rang pour la couverture offerte par les régimes publics et privés obligatoires, loin derrière des pays comme les Pays-Bas (86,6 %), l’Espagne (80,6 %), le Portugal (73,8 %) ou l’Autriche (74,1 %). Le Canada se situe même derrière les États-Unis (50,5 %), où les inégalités sont pourtant très marquées.

Il est urgent d’agir. Les aînés ont besoin d’une meilleure protection de leur niveau de vie. Au Québec, près de quatre personnes sur dix âgées de 65 ans et plus doivent recourir au Supplément de revenu garanti pour subvenir à leurs besoins.

Historiquement, la pauvreté chez les aînés a diminué grâce aux transferts publics. Toutefois, depuis les années 2000, leur situation se détériore par rapport à celle des autres groupes d’âge.

Les pensions désindexées

Cette évolution s’explique notamment par la décision d’Ottawa de désindexer la Pension de la sécurité de la vieillesse (PSV) de la croissance des salaires. En 1971, la PSV représentait 20 % du salaire industriel moyen; aujourd’hui, elle n’en représente plus que 12 %.

Pour corriger cette iniquité, le Bloc québécois réclame depuis plusieurs années une bonification de cette prestation. En 2023, le gouvernement de Justin Trudeau a consenti à une augmentation, mais uniquement pour les personnes de 75 ans et plus, laissant de côté 1,1 million de Québécoises et Québécois âgés de 65 à 74 ans et créant ainsi deux catégories d’aînés.

Depuis, le Bloc demande que cette hausse soit étendue aux 65 à 74 ans. Avant la dernière élection, une motion en ce sens avait même été adoptée à la Chambre des communes dans un contexte de gouvernement minoritaire. Le gouvernement a toutefois refusé d’y donner suite.

Aujourd’hui, le Bloc Québécois revient à la charge. La députée Claude DeBellefeuille a déposé le projet de loi C‑261, qui vise à augmenter de 10 % la PSV pour les 65 à 74 ans, ainsi qu’à hausser de 1 500 $ l’exemption de revenu d’emploi dans le calcul du Supplément de revenu garanti. Ce projet reprend essentiellement celui qu’avait déposé la députée Andréanne Larouche lors de la législature précédente, et qui avait été appuyé majoritairement via une motion en Chambre.

Un test de crédibilité pour les libéraux

Le débat sur ce projet de loi débute à peine. La position des élus libéraux, désormais majoritaires, constituera un véritable test de crédibilité quant à leur engagement envers la dignité des aînés.

Évidemment, la réponse à l’inflation, à la pénurie de logements, en particulier de logements abordables, et à la perte de pouvoir d’achat des plus vulnérables dépasse ce seul projet de loi.

Pour l’instant, le gouvernement s’intéresse davantage à exonérer les multinationales qui utilisent les paradis fiscaux pour échapper à l’impôt, à soutenir l’industrie des hydrocarbures à coup de dizaines de milliards $ en subventions et à faire exploser ses dépenses militaires. Le président américain Donald Trump fait peur, mais ce n’est pas une raison pour se coucher devant lui et cela ne devrait pas servir de prétexte pour négliger les personnes les plus vulnérables, en particulier les aînés durement touchés par l’inflation.

Enfin, le Québec demeure dépendant des décisions prises à Ottawa, où la sensibilité aux inégalités sociales, à l’itinérance et à la précarité des aînés semble moins marquée. Dans un contexte de déséquilibre fiscal et de concentration des marges de manœuvre financières au fédéral, la capacité d’agir du Québec reste limitée et nous ne sommes vraiment pas maîtres chez nous.