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Les Québécois sont parfaitement capables d'élire PSPP et Carney simultanément. Ils ont voté pour René Lévesque et Pierre Elliott Trudeau en même temps, tout comme pour Parizeau et Jean Chrétien.

Plus loin dans le temps, ils ont porté au pouvoir pendant des décennies les gouvernements libéraux fédéraux de Mackenzie King et Louis Saint-Laurent, tout en votant pour Duplessis à Québec. En fait, leurs choix fédéraux et provinciaux ne sont presque jamais convergents.

Pour les observateurs politiques, c'est une contradiction qui porte certains à s'arracher les cheveux. Pour le citoyen moyen, ce n'est pas un choix binaire. Un pôle représente la sécurité économique canadienne, l'autre pôle l'aspiration à une plus grande autonomie. Ils sont satisfaits de maintenir un équilibre entre les deux, et ils veulent éviter de choisir définitivement.

Les deux référendums sur la souveraineté sont les seuls événements qui les ont forcés à choisir, et ce fut si déchirant qu'ils ne voulaient plus en entendre parler depuis trente ans.

Le problème historique, c'est que, pour de nombreuses raisons, ce jeu d'équilibriste ne peut plus durer. Il faudra faire un choix définitif dans les prochaines années, sinon il nous sera imposé.

Ce jeu a été rentable aux yeux du Canada, puisque le Québec a maximisé son influence à la fois par la dépendance des libéraux fédéraux envers ses électeurs, et le fait qu'un gouvernement fort à Québec peut brandir l'épouvantail de la sécession.

L’Alberta l'a enfin compris, et tente la même tactique. Son poids démographique moins important est compensé par sa puissance économique et la concentration de la ressource pétrolière dans cette province.

Ce cumul des crises internes, auquel s'ajoute le défi de la relation toxique avec les États-Unis, est le plus grand problème pour un premier ministre canadien depuis longtemps.

S'il est élu, cela donnera à PSPP un grand avantage dès le départ. Quand l'Ontario et l'Alberta s’affrontent sur la conduite à tenir face aux USA, et que le Canada anglais a de la difficulté à être rationnel, le Québec peut émerger comme l'acteur responsable qui peut paradoxalement donner au Canada une plus grande stabilité.

Tout cela devra avoir un prix. Ce prix doit être une approche moins hystérique du Canada devant l'approche de la souveraineté du Québec, et le renoncement aux sornettes de Stéphane Dion, de la partition et de la Loi sur la clarté. Autrement, le soutien essentiel et incontournable du Québec à la stabilité du Canada devant les États-Unis ne sera plus garanti.

Le Canada n'est pas dans une position forte face au Québec à l'ère de l'agression américaine. Il a besoin de lui pour exister. Pour ce faire, il s’invente un nouveau rôle de protection de la langue française qu'en temps normal il méprise et combat.

Il s'invente le mythe de la réconciliation interne, car son estime de soi est fragile et le premier ministre de l'Ontario est en panique. Cela convient au Québec parce que ses intérêts économiques vont dans le même sens pour le moment, mais la menace américaine est pour lui moins existentielle.

Le Canada est confronté à deux menaces existentielles, Trump et le Québec. Il sera bien soulagé si le Québec fait une pause et lui offre son soutien, mais ce soutien doit être reconnu par un plus grand respect exprimé concrètement.