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L’auteur est président du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ)

L’échec des récentes négociations avec les États-Unis accentue l’incertitude pour les entreprises québécoises, menace des emplois et fragilise des collectivités entières. Ce choc nous rappelle une évidence : lorsque l’économie vacille, le Québec doit pouvoir compter sur un État solide, compétent et capable d’agir rapidement.

Une telle capacité ne s’improvise pas au moment où la crise éclate. Elle se construit dans la durée, grâce à des institutions publiques fortes et au personnel qui possède la connaissance des secteurs économiques, des territoires, des programmes et des leviers dont dispose le Québec.

Comme pendant la pandémie, le personnel professionnel de l’État répond présent. Leur travail est rarement visible, mais il est indispensable. Sans leur expertise, les annonces demeurent des intentions et les décisions risquent d’être prises à courte vue.

À l’approche des élections québécoises, tous les partis proposeront leurs priorités. Le SPGQ leur pose la même question : comment entendent-ils donner à l’État les moyens d’agir, non seulement pendant la présente crise, mais aussi devant les bouleversements économiques, technologiques, sociaux et climatiques qui marqueront les prochaines années?

Nous demandons un engagement de fond : consolider la capacité d’action de l’État québécois et reconnaître que son personnel professionnel constitue une infrastructure stratégique pour le Québec.

Cela exige d’abord de rompre avec une vision à courte vue selon laquelle la réduction générale des effectifs serait automatiquement synonyme d’efficacité. Un poste laissé vacant ne représente pas toujours une économie. Il peut aussi signifier une expertise perdue, un programme retardé, une surveillance affaiblie ou un service moins accessible.

Le prochain gouvernement devra donc s’engager à faire de la capacité de servir la population le premier critère de ses décisions budgétaires touchant les effectifs. Les services publics doivent bénéficier d’un financement durable, soutenu par un régime fiscal équitable et par une lutte plus ambitieuse contre l’évitement fiscal. On ne peut pas demander à l’État d’en faire davantage tout en réduisant continuellement les ressources qui lui permettent d’accomplir sa mission.

Le Québec doit également reprendre le contrôle de son expertise. Les leçons des dernières années sont claires : lorsqu’il devient trop dépendant de firmes externes, l’État perd progressivement sa capacité de planifier, de superviser les projets et de prendre des décisions éclairées. La sous-traitance doit redevenir l’exception à justifier, et non un réflexe de gestion.

La guerre tarifaire rend cet impératif encore plus pressant. Pour diversifier nos marchés, sécuriser nos chaînes d’approvisionnement, accompagner les entreprises et protéger nos secteurs stratégiques, le Québec a besoin d’une expertise publique permanente. Cela suppose d’attirer, de retenir et de développer des spécialistes en économie, en technologies de l’information, en données, en cybersécurité, en intelligence artificielle et dans les nombreuses autres disciplines essentielles à l’action gouvernementale.

L’État doit se comporter comme un employeur capable d’attirer ces compétences. L’organisation du travail ne peut pas être dictée par des slogans ou par une volonté de revenir aux pratiques d’hier. Elle doit être fondée sur les besoins des services, la nature du travail, les résultats attendus et la réalité du personnel. Une politique de télétravail moderne, élaborée avec les personnes concernées, peut contribuer à l’attractivité de l’État, à la vitalité des régions, à la mobilité durable et à une meilleure équité.

Le même principe doit guider l’intégration de l’intelligence artificielle. Ces outils peuvent soutenir le personnel et améliorer certains services, mais ils ne doivent ni servir de prétexte à des réductions aveugles d’effectifs ni soustraire les décisions publiques à la responsabilité humaine. Le personnel doit participer à leur conception et à leur déploiement.

La situation économique ne doit pas faire oublier la violence faite aux femmes, qui est aussi tristement d’actualité. Les partis devraient s’engager à protéger les victimes de violence conjugale, notamment en accordant une protection de dix jours d’absence rémunérés.

Ces engagements concernent la capacité du Québec à se gouverner efficacement, à protéger sa population et à défendre ses intérêts dans un environnement devenu plus instable. Tous les partis doivent dire clairement comment ils comptent financer les services publics, renforcer l’expertise interne et faire du gouvernement du Québec un employeur capable d’attirer et de retenir les compétences dont la population a besoin.

La guerre tarifaire nous place devant un choix. Nous pouvons continuer à gérer l’État comme un coût à réduire, quitte à constater son affaiblissement à chaque nouvelle crise. Ou nous pouvons reconnaître qu’un État compétent constitue l’un de nos meilleurs remparts contre l’incertitude.

Le Québec n’a pas besoin d’un État qui réagit trop tard et dépend des autres pour savoir quoi faire. Il a besoin d’un État qui comprend, qui anticipe et qui agit. Un État qui voit plus loin et qui reconnaît enfin la valeur de celles et ceux qui lui permettent de le faire.