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Dans son livre Basse-cour. Chronique d’une désillusion journalistique (Écosociété, 2026), la journaliste Héloïse Bargain raconte qu’à Radio-Canada, les journées d’été où il ne se passait pas grand-chose, on envoyait les journalistes faire des vox pop sur la température pour passer le temps.

Au Journal de Montréal, lorsque l’actualité fait défaut, on confie à un journaliste la tâche de pondre un article pour casser du sucre sur le dos du Syndicat des Cols bleus de la Ville de Montréal. Dans l’édition du 25 août, ce n’est pas un, mais deux journalistes, et pas n’importe lesquels, deux journalistes du Bureau d’enquête – rien de moins – qui se sont vu confier cette mission. Sans doute pour préparer l’opinion publique à la grève annoncée lors des Championnats du monde du cyclisme.

Ils posent, dans un titre qui couvre deux pages, la question existentielle : Les Cols bleus de Montréal sont-ils vraiment gras dur?, avec comme sous-titre : « Des experts analysent les conditions de travail des employés qui demandent de meilleurs salaires. »

Les experts s’avèrent être un seul : Patrice Jalette, professeur en relations industrielles.

On traite d’abord des salaires des 6200 cols bleus. Le salaire de base varie entre 54 000 $ et 81 000 $. Ce qui n’a rien d’extravagant, reconnait l’« expert ».

Mais, attention, le diable pourrait être dans les détails… de la convention collective.

Sur deux pages, le Journal a mis en page huit petits encadrés coiffés d’un titre, qui se veut choc, dans des renversés rouges. Examinons-les.

FONDS DE PENSION EN OR. Les cols bleus bénéficient d’un régime à prestations déterminées… comme c’est la norme dans le secteur public. De plus, le régime est moins généreux depuis 2013. Ça ressemble plutôt à « l’or des fous », la pyrite.

LE SYNDICAT GÈRE L’ASSURANCE COLLECTIVE. Et pourquoi pas? Vaudrait-il mieux qu’il le confie une société de gestion privée, qui prendrait sa cote?

HEURES SUPPLÉMENTAIRES À TEMPS DOUBLE LE WEEK-END. Pas exactement. Le temps double s’applique uniquement le dimanche pour les travailleurs affectés à un quart de semaine, et le mardi pour les travailleurs affectés aux quarts de fin de semaine. Certains en abusent-ils? L’expert Jalette rappelle que « l’employeur a tous les outils pour ce qui est de la gestion du temps supplémentaire ». On passe à un autre appel.

PRIME DÉSINFECTION. Des cols bleus préposés à la désinfection des arbres et des plantes reçoivent la mirobolante somme de 1,17$ de plus par heure lorsqu’ils doivent revêtir un uniforme spécial de protection. Payés trop cher alors que leur santé est en jeu?

LE FESTIVAL DES CONGÉS. Un total de 108 heures de congé, plus 5 congés personnels. Mais le festival se limite à seulement deux semaines de vacances payées au départ et jusqu’à six semaines selon l’ancienneté. En passant, en France, tout le monde a droit au départ à cinq semaines de vacances payées.

IMPOSSIBLE DE LOUER DES OUTILS. Les cols bleus sont obligés « d’utiliser tout son outillage, son matériel et son équipement avant d’en louer ». Où est le problème? Et le titre est trompeur. Il n’est pas impossible d’en louer si le besoin s’en fait sentir.

SÉCURITÉ D’EMPLOI BLINDÉE. Mais oui… et il y a toujours du travail pour les 6 200 cols bleus. Le plancher d’emplois de 4450 employés inscrit dans la convention collective n’a jamais été atteint. En fait, il manque plus ou moins 200 cols bleus, a reconnu la mairesse. Et quelque 2 000 employés non permanents ne bénéficient d’aucune sécurité d’emploi ni d’un nombre d’heures garanti.

Mais le Bureau d’enquête n’allait pas revenir les mains vides. Les journalistes ont déniché dans la convention collective des métiers comme « conducteurs de trains miniatures et d’embarcations à moteur, de palefreniers pour s’occuper des chevaux de la police, de cuisiniers pour les camps de jour ». Et puis? Ça démontre l’étendue des services que les cols bleus rendent à la population montréalaise.

Les Cols bleus de Montréal sont-ils vraiment gras dur? Les journalistes évitent de répondre. Manifestement, la réponse aurait été non.

Pour notre part, nous évitons de les nommer en présumant que cette affectation n’est pas de leur initiative. Aurait mieux valu les envoyer faire un vox pop sur la météo.