Temps de lecture estimé : 4 min 6 s
Le duo Carney-Fréchette l’a échappé belle. Si Doug Ford, affolé par la perspective de la disparition de l’industrie automobile ontarienne, n’avait pas sommé Mark Carney de mettre fin aux négociations, comme l’a révélé le New York Times, nous aurions devant les yeux la longue liste des concessions consenties par Carney à l’administration Trump et Christine Fréchette n’aurait eu d’autre choix que de remettre les alcools américains sur les tablettes des magasins de la SAQ.
Mais, à la onzième heure, les tables ont tourné et le duo Carney-Fréchette s’est hâté de se proclamer les plus farouches défenseurs de la souveraineté économique, politique et culturelle du Canada.
Les profondes contradictions de la société canadienne, exacerbées par les interventions américaines, vont apparaître au grand jour. Trump ne se cache pas de vouloir rapatrier l’industrie automobile ontarienne aux États-Unis et il encourage le développement de l’exploitation du pétrole et du gaz naturel albertains.
Le front commun des provinces se lézarde. Ford plaide pour qu’on utilise les hydrocarbures et la potasse comme moyens de pression. Mme Smith de l’Alberta et M. Moe de la Saskatchewan refusent catégoriquement.
Le Québec, la province la plus touchée par les tarifs, s’en remet, si l’on en croit les sondages, les yeux fermés à Christine Fréchette et à son idylle avec Mark Carney.
La « stratégie du choc » de Carney
« Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise ». Carney connaît bien l’adage, attribué à Churchill, et entend bien profiter de la situation pour aller de l’avant avec son projet centralisateur « Bâtir le Canada ».
Dans son discours du 22 août, mettant fin aux négociations avec l’administration Trump, il a rappelé que son gouvernement avait déjà « soumis 27 initiatives d’intérêt national au Bureau des grands projets – des ports, des mines et des corridors énergétiques aux quatre coins du pays – qui représentent 500 milliards de dollars en nouveaux investissements du secteur privé ».
Des initiatives qui, en vertu de la loi « Bâtir le Canada », rappelons-le, ont le feu vert pour contourner, entre autres, les lois environnementales et syndicales.
Le gouvernement Carney ressuscite le projet de Stephen Harper de faire du Canada « une superpuissance énergétique, que ce soit dans les domaines du nucléaire, du GNL, des énergies renouvelables ou encore du pétrole et du gaz ».
C’est dans ce cadre que le gouvernement Carney s’est invité, avec un investissement de 10 milliards $, dans le projet de Churchill Falls. Une première. Jamais auparavant le gouvernement du Québec n’avait autorisé le fédéral à s’immiscer dans les activités d’Hydro-Québec. Plutôt que de dénoncer cette ingérence, le gouvernement Fréchette et les grands médias ont applaudi.
S’y ajoute, entre autres, le projet de gaz naturel liquéfié (GNL) à Baie-Comeau, nommé Kino Aski GNL, un mégaprojet de 30 milliards de dollars qui prévoit l'exportation de gaz fossile de l'Alberta vers l'Europe en passant par l'estuaire du Saint-Laurent.
Tout cela s’inscrit dans la transformation de l’économie canadienne et québécoise en économie de guerre avec des milliards de dollars en investissements dans la défense pour atteindre l’objectif de l’OTAN, dicté par Trump, de consacrer 5% du PIB aux dépenses militaires, ce qui va se faire au détriment des programmes sociaux.
Le programme Carney est fidèle à la tradition canadienne de mettre à profit les guerres pour centraliser les pouvoirs à Ottawa au détriment des intérêts fondamentaux du Québec.
L’heure des choix
Nous sommes entrés dans une période de fortes turbulences sur la scène internationale, nord-américaine et canadienne. Le Canada, tel que nous l’avons connu, est chose du passé. Au cours des prochaines années, le Québec sera placé devant le choix suivant : abdiquer son autonomie ou profiter des fenêtres qui vont s’ouvrir pour accéder à l’indépendance.
La présente campagne électorale est un premier rendez-vous. Le choix s’offre entre voter pour la soumission au Canada centralisateur des partis fédéralistes ou de garder le cap sur l’indépendance en votant pour les partis indépendantistes.
Sans surprise, lors de la récente crise, nous avons vu nos grands médias traditionnels se rallier derrière le tandem Carney-Fréchette. Leur objectif de campagne est clair : discréditer l’option souverainiste et les partis qui la représentent.
Devenus extrêmement dépendants du financement gouvernemental, ils ne mordront pas la main qui les nourrit.
L’aut’journal est, depuis sa création, il y a 42 ans, résolument indépendantiste. Nous continuerons, au cours de la campagne électorale, et par la suite, à chercher à démêler les fils des relations complexes qui s’entrelacent sur les scènes internationale, canadienne et québécoise pour en faire ressortir les intérêts du Québec. En un mot, nous garderons le cap sur l’indépendance.
Une indépendance politique que nous permet notre indépendance financière. L’aut’journal ne touche aucune subvention gouvernementale et son financement repose sur le soutien de son lectorat.
Cependant, notre situation financière est extrêmement fragile. Nous avons grand besoin de votre soutien financier.
Faites un don! Abonnez-vous! Achetez nos publications ou, encore mieux : adhérer aux AmiEs de L’aut’journal!

