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L’auteur est porte-parole du Regroupement Vigilance Mines Abitibi-Témiscamingue (REVIMAT)
Si le projet minier Horne 5 de Rouyn-Noranda est autorisé, est-ce que le Centre régional de radio-oncologie et ses équipements pourront résister aux vibrations qui seront causées par les sautages journaliers ou encore à de possibles mouvements sismiques (tremblements de terre) provoqués par l’exploitation minière souterraine à grande profondeur?
Un flou inquiétant persiste malgré les communiqués du promoteur se voulant rassurant en indiquant qu’il est en contact avec le centre de santé. Dans les faits, la sécurité des patients peut-elle être compromise?
Le projet de Ressources Falco
Le gisement Horne 5 de Falco Ressources se trouve à environ un kilomètre du Centre régional de radio-oncologie et de l'hôpital de Rouyn-Noranda. Il se situe sous l'ancienne mine Horne et le secteur de la fonderie Horne de Glencore. Falco Resources a pour investisseur canadien Osisko Development Corporation (~16.7%) et comme investisseurs américains Wexford Capital LP (~5,4%) et Gabelli Gold Fund (GAMCO Investors) (~ 1,1%).
C’est un projet minier souterrain polymétallique qui prévoit exploiter les ressources de 600 à 2 600 mètres de profondeur et qui remettra en opération le puits Quemont no 2.
La mine sera exploitée principalement par des « chantiers longs trous ». C’est une méthode d'exploitation souterraine où l'on fore de longs trous parallèles pour y insérer des explosifs et abattre de grandes quantités de minerai par tranche. Après l’exploitation des galeries, l’entreprise prévoit les remblayer avec une pâte cimentée afin de stabiliser les structures, ce qui sécuriserait le site.
L’entreprise prévoit que la construction et la préproduction prendront environ deux à trois ans. L’exploitation aura une durée de vie d’environ 15 ans. On retrouvera des concentrés de cuivre et de zinc et on récupérera environ six millions d'onces d'or et d’argent par broyage fin, cyanuration et charbon activé.
Le BAPE
Lors des audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), à l’automne 2024, le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT) avait recommandé au ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) d’exiger des études approfondies sur les risques de sismicité entourant le projet Horne 5 concernant les activités du centre de radio-oncologie.
Le centre régional, ayant débuté ses activités à la mi-novembre 2022, n'a pas été conçu spécifiquement pour résister à des mouvements sismiques et des vibrations de sautages journaliers.
La population est toujours dans l’inconnu. L’inquiétude persiste [1]. Qu’est-ce qui peut arriver à un patient si un séisme se produit pendant son traitement? Est-ce que sa santé est en jeu? Si l’équipement radiologique est endommagé, que se passera-t-il pour les patients en attente de traitements?
Pour certaines tumeurs traitées à visée curative, une interruption non compensée peut-elle réduire le contrôle local et, selon le contexte, compromettre les chances de guérison? Combien de temps peut durer une panne majeure de l’équipement?
Une panne peut-elle devenir un problème de calendrier thérapeutique, de transport, d’hébergement, de transfert des données, de replanification et de capacité d’accueil? Ceci implique-t-il des coûts supplémentaires? Est-ce que c’est l’État qui devra en assumer les frais?
Deux catégories de dommages
On distingue deux catégories de dommages dépendant de la force des vibrations. Dans le pire scénario, il y aura des dommages structuraux au bâtiment. Dans les cas plus fréquents, il pourrait y avoir des atteintes fonctionnelles aux équipements.
Cette dernière situation comprend le déplacement mécanique, l’altération des ancrages, la perte d’alignement, la dérive dosimétrique ou géométrique et la perte de conformité métrologique.
Les valeurs réglementées des sautages journaliers exprimées en mm/s ne suffisent pas à répondre aux études d’impacts que peut subir le centre. Il faut aussi connaître les fréquences, l’accélération, le déplacement, la durée, le nombre de cycles, la direction des mouvements, la réponse de la dalle et les risques de résonance.
Il faut aussi des études approfondies sur la structure géologique et de ses faiblesses causées par les anciennes exploitations minières autour du projet.
Un contrôle quotidien ne remplacera pas une requalification après un événement sismique important. L’ordre logique est : contrôle, vérification ciblée, requalification, puis réétalonnage si une dérive est constatée ou si le fabricant l’exige.
L’activité sismique et les vibrations des sautages
Pourquoi s’inquiéter de l’activité sismique? Au-dessus de 1000 mètres de profondeur, les perturbations géologiques augmentent. La géologie, les failles, la rigidité du roc, les piliers, les vides et la séquence d'extraction augmentent les risques de sismicité.
Autrefois, les mines ne dépassaient pas 600 à 700 mètres de profondeur. Aujourd’hui, en Abitibi, comme les gisements dépassent souvent les 1000 mètres de profondeur et peuvent même atteindre les 3000 mètres, l’exploitation peut devenir un enjeu technique et de sécurité.
L’inquiétude des citoyens quant aux opérations du centre oncologique de Rouyn-Noranda est d’autant plus grande que des événements sismiques se sont déjà produits en Abitibi ces dernières années. Voici deux exemples :
Le projet Goldex à Val-d’Or a subi plusieurs événements sismiques, même si le puits principal ne dépasse pas 1,2 km. Le 20 septembre 2020, la population de Val-d’Or a pu ressentir un tremblement de terre. La compagnie Agnico Eagle a confirmé que l’événement avait une magnitude de 2,6 situé à environ un kilomètre de profondeur.
La zone principale de Goldex est décrite comme présentant un aléa sismique relativement élevé. On y enregistre plusieurs grands événements, dont un maximum de magnitude de 2,9 rapporté le 20 décembre 2020. [2]
Selon Agnico Eagle, « toute activité minière souterraine engendre des réajustements du massif rocheux. La grande majorité des événements associés à ce réajustement est de très faible intensité et n’est pas perceptible à la surface. Toutefois, il arrive à l’occasion que certains événements de plus grande magnitude soient générés. » [3]
Pour ce qui est du complexe minier LaRonde d'Agnico Eagle à Preissac, cette dernière a subi des sismicités induites en raison de sa grande profondeur (plus de 3 kilomètres) et de la rigidité de la roche, ce qui a parfois provoqué des secousses ressenties en surface et des évacuations préventives des travailleurs. Le 24 juin 2024, un mouvement sismique d’une magnitude de 4,5 a été enregistré et ressenti dans un rayon approximatif de 50 km à Val-d’Or, Amos et Rouyn-Noranda.
Un mouvement sismique à Rouyn-Noranda?
Les différents événements sismiques en région ne prouvent pas qu'Horne 5 produira un événement de magnitude comparable. Ça nous indique que la possibilité d’un phénomène important existe et qu'une exploitation profonde peut induire des conséquences opérationnelles majeures; d’où l’importance pour le gouvernement d’exiger des études poussées et de responsabiliser la minière, dans le cas où la santé de la population serait mise en péril, avant d’autoriser le projet.
[1] memoire_horne_5_v3-signature.pdf
[2] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1758553/seisme-secousse-val-dor-mine-goldex-agnico-eagle
[3] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1735715/evenement-sismique-mine-goldex-valdor

