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Nous sommes entrés dans une zone de fortes turbulences géopolitiques à l’échelle internationale, canadienne et québécoise. L’histoire nous apprend que, dans telles circonstances, peut s’ouvrir une fenêtre pour l’accession du Québec à l’indépendance. Les conditions gagnantes sont une concordance entre les conjonctures internationale et nationale. Examinons quelques exemples tirés de l’histoire récente.

1967

On ne peut imaginer situation intérieure et internationale plus favorable que lors du « Vive le Québec libre! » du Général de Gaulle. D’une part, le Canada vit sous un gouvernement libéral minoritaire dirigé par un premier ministre faible, Lester B. Pearson. Les États-Unis sont embourbés dans la guerre au Viêt Nam et font face à la contestation conjuguée du mouvement pacifiste et du mouvement des droits civiques des Noirs.

D’autre part, le Général de Gaulle, à cause de son opposition à l’impérialisme américain et à des institutions comme l’OTAN, jouit d’une popularité qui déborde largement le cadre de l’Hexagone. Elle englobe, bien entendu, les pays africains de la zone d’influence française, mais s’étend également aux pays d’Amérique latine où le Général a effectué une tournée triomphale l’année précédant son voyage au Québec.

Mais le Québec n’est pas prêt à répondre à l’appel du Général. L’idée de l’indépendance est encore nouvelle pour une grande partie de la population et le premier ministre Daniel Johnson, malade, repousse les projets de de Gaulle, avant de capituler piteusement devant Paul Desmarais et l’establishment financier de Montréal et Toronto.

1995

Lors du référendum de 1995, la situation est inversée. Avec l’échec de l’Accord du lac Meech et le travail préparatoire de la Commission Bélanger-Campeau, les astres se positionnent favorablement. Le Québec a un véritable leader, Jacques Parizeau, qui s’est préparé minutieusement. Avec son plan O, il s’est assuré que les principales institutions financières québécoises coordonneront leurs efforts pour contrer toute tentative de déstabilisation financière et il a regroupé dans Partenaires pour la souveraineté l’ensemble des organisations syndicales et progressistes.

Malheureusement, la situation internationale est moins favorable qu’en 1967. Avec l’écroulement de l’Union soviétique, les États-Unis sont en position dominante à la tête d’un monde unipolaire. Le président Clinton y va d’un plaidoyer pour l’unité canadienne et l’ambassadeur James Blanchard produit un plan de partition du territoire québécois en cas de victoire du Oui. Même le président français, Jacques Chirac, hésite à s’engager à reconnaître une éventuelle déclaration d’indépendance du Québec.

2026

Aujourd’hui, le déclin économique des États-Unis et la montée en puissance de la Chine bouleversent l’échiquier mondial. L’administration Trump est aux abois et cible le Canada avec ses tarifs et sa menace d’annexion. L’entente actuelle Carney-Fréchette ne doit pas nous illusionner. Le pays est déchiré par de profondes contradictions, attisées par les politiques américaines.

Le maître mot pour décrire la situation actuelle est « imprévisibilité ». Cela pourrait aussi signifier l’ouverture d’une fenêtre pour l’accession du Québec à l’indépendance. Cependant, le chemin pour y arriver pourrait être sinueux.

Il serait présomptueux et trompeur de s’attendre à ce que tout se règle en un tour de main avec une victoire du Oui à un référendum, suivi d’une rapide reconnaissance internationale.

Dans son article PSPP et Carney, André Binette écrit que, dans le tumulte actuel, « le Québec peut émerger comme l'acteur responsable qui peut paradoxalement donner au Canada une plus grande stabilité. »

Le bilinguisme de l’affiche de Doug Ford à la défense de l’appellation du Lac Ontario est un appel du pied au Québec. Déjà, en 1995, à l’approche du référendum, considérant la perspective d’une victoire du Oui, l’Ontario avait contacté, quelques jours avant le référendum, des gens de l’entourage de Jacques Parizeau avec une offre de négociations, révèle André Binette, qui était alors conseiller juridique de Jacques Parizeau, dans son introduction à Référendum 1995. Projets de Constitution initiale et de Traité économique avec le Canada. Documents inédits (ERQ, 2021). Le message ontarien faisait référence au réalisme économique et à la conscience du nombre d’emplois en Ontario qui dépendaient du marché québécois.

Qui sait? Un retour à l’Acte d’Union de 1840 avec le Bas et le Haut-Canada, mais avec une entente égalitaire entre deux États souverains, pourrait être une étape sur le long chemin vers l’indépendance.

Deux handicaps à surmonter

Toutefois, contrairement à 1995, il serait étonnant que PSPP ait dans sa besace un « plan O » avec les milieux d’affaires. Dans un célèbre discours, prononcé le 18 février 2008 (1), M. Parizeau avait constaté la disparition du Québec inc., symbolisé alors par la prise de contrôle de la Bourse de Montréal par la Bourse de Toronto.

Mais, aujourd’hui, devant un Carney vendu aux intérêts de l’Alberta et de l’Ontario au détriment du Québec, rien n’empêche la reconstitution éventuelle d’un Québec inc. souverainiste sous une forme ou une autre.

Une autre différence avec 1995 est l’absence des Partenaires pour la souveraineté. La situation s’apparente à celle qui prévalait au référendum de 1980. Le mouvement maoïste, dont on a la confirmation aujourd’hui qu’il était manipulé par la Chine (2), travaillait activement au sein des milieux syndicaux et populaires à paralyser les forces indépendantistes et à rallier la gauche, précédemment indépendantiste, dans le camp fédéraliste sous le couvert de l’annulation, lors du scrutin référendaire. (3)

Aujourd’hui, certaines organisations syndicales et communautaires sont sous l’influence de courants idéologiques qui sont le prolongement de ceux des années 1980. Au « Parti Québécois, parti bourgeois », slogan des maoïstes, qui clouait au pilori les nationalistes, tout en faisant la partie belle aux fédéralistes, correspondant aujourd’hui l’étiquette de « fascisme tranquille » accolée au courant nationaliste conservateur identitaire, en laissant dans l’ombre la militarisation de l’économie et, bientôt, de la société par le gouvernement Carney.

S’y ajoute le mal nommé « wokisme », issu des « French Theories » des universités américaines avec ses anathèmes, ses boycotts et ses appels à la censure. Dans ce contexte, la défense de la liberté d’expression et de la liberté de presse est fondamentale. Nous invitons les individus, les groupes et les organisations à s’inspirer de cette citation célèbre de Voltaire : « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ».

Pour sortir de sa marginalité, comme en témoigne la présente campagne électorale, et peser sur l’avenir du Québec, la gauche devra surmonter ses divergences, souvent puériles. Cela ne pourra se réaliser sans un large débat. Un débat auquel L’aut’journal entend bien participer.

(1) Le compte-rendu, approuvé par M. Parizeau, a été reproduit dans le carnet no. 1 de L’aut’journal.

(2) https://www.lautjournal.info/20230621/les-maoistes-prenaient-leurs-ordres-de-pekin

(3) Cf. Pierre Dubuc, L’autre histoire de l’indépendance. De Pierre Vallières à Charles Gagnon. De Claude Morin à Paul Desmarais. Éditions Trois-Pistoles, 2003.