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Auteur de Chili : le coup divin, Éditions du Jour, 1974.
Lorsque j’écris ces lignes, deux profondes émotions de révolte remontent en moi.
La première est toute récente. C’est celle que je ressentais, hier, lorsque je vois le président Donald Trump, dont les mains coulent toujours du sang de plus de 73 000 Palestiniens et Palestiniennes, majoritairement des civils et un nombre immense d’enfants et de bébés, commémorer le 11 septembre de 2001 en affirmant que la guerre qu’il a déclenchée avec Israël il y a six mois en Iran représente une grande lutte héroïque contre le terrorisme. Celle que je ressentais, il y a quelques jours, en visionnant la vidéo que publiait sur son Truth Social Donald Trump où on le voit, vêtu en costume de hockey, en train de frapper violemment avec un bâton de hockey notre premier ministre canadien, Mark Carney, lui aussi en tenue de hockey.
« Debout, gouverneur! », lui crie Trump.
Et dès que Carney tente de se relever, Trump le frappe à nouveau, lui lançant le même ordre, on ne peut plus dégoûtant.
La deuxième émotion qui remonte en moi n’est pas du tout récente. C’est celle que je ressentais à Santiago, le 11 septembre 1973, lorsque les militaires chiliens renversaient brutalement le gouvernement démocratiquement élu de Salvador Allende : plus de 3 200 exécutés et disparus, plus de 40 000 torturés, camps de concentration, censure totale, exil massif de Chiliens et Chiliennes cherchant à échapper à la terreur (c’est ainsi que notre mairesse actuelle, la Chilienne Soraya Martínez Ferrada, est aboutie à Montréal, à l’âge de sept ans); des centaines de milliers de travailleurs et travailleuses dont le rêve d'un monde meilleur, plus égalitaire et plus juste est soudainement et violemment anéanti ; dont la plus grande centrale syndicale, la CUT, est carrément bannie ; dont le « don » pour la reconstruction est simplement déduit, contre leur gré, de leur chèque de paie ; dont on arrache les ongles, dont les parties du corps subissent des brûlures de cigarettes, dont le pénis ou vagin subit des chocs électriques, dont le corps est immergé dans de l'eau très chaude puis glacée; dont leur fils ou leur fille sera torturé s'il ou elle ne parle pas ; des femmes qui, complètement terrifiées et impuissantes, voient un militaire s’amuser à introduire une souris vivante dans son vagin...
Lorsque la victoire de Salvador Allende semble probable, le secrétaire américain d’État de l’époque, Henry Kissinger, déclare, le 27 juin 1970 :
« Je ne vois pas pourquoi nous devrions rester les bras croisés et regarder un pays basculer dans le communisme à cause de l’irresponsabilité de son propre peuple ».
Et le président américain Richard Nixon, en apprenant qu’Allende vient de remporter les élections le 4 septembre 1970, se met dans une colère noire, et s’écrie, en frappant du poing dans la paume de sa main :
« Ce fils de pute, ce fils de pute! » [1]
Quelques mois plus tard, ce même Nixon s’exclame, dès qu’il apprend qu’Allende a nationalisé les grandes entreprises minières américaines de cuivre opérant au Chili :
« Il est temps de botter le Chili dans le cul! » [2].
Certes, il y a une énorme différence entre Donald Trump qui frappe Mark Carney avec un bâton de hockey dans une vidéo produite avec l’intelligence artificielle et l’ex-président américain Richard Nixon, qui appuie carrément les militaires chiliens qui renversent brutalement Salvador Allende, torturent massivement et instaurent une dictature qui va durer 17 ans, ou Trump, qui appuie le génocide que perpétue présentement Israël à Gaza.
Cependant, on trouve, ici et là, le même réflexe impérialiste si caractéristique du gouvernement américain : écraser un pays, chercher à le rendre un simple vassal, exploiter à ses propres fins ses ressources naturelles.
[1] Thomas Powers, The Man Who Kept the Secrets: Richard Helms and the CIA, New York: Knopf, 1979, p. 230. Cité dans Nathaniel Davis, The Last Two Years of Allende, Ithaca: Cornell University Press, 1985, p. 7.
[2] Cette déclaration figure dans des documents américains qui n’ont été déclassifiés qu’en 2014. Elle a été publiée dans le quotidien chilien El Mostrador le 24 mai 2014. http://www.elmostrador.cl/pais/2014/05/24/richard-nixon-y-su-indignacion-por-la-nacionalizacion-del-cobre-es-hora-de-pegarle-a-chile-en-el-culo/, consulté le 5 juin 2014.

